« L’accord avec l’UE est une aubaine pour le secteur agroalimentaire ukrainien»

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L’accord d’association UE-Ukraine est un « défi » pour Kiev, mais aussi une « belle opportunité » d’améliorer la compétitivité du secteur agricole à long terme, assure un diplomate.

Nazar Bobitski dirige la section affaires commerciales et économique de la mission ukrainienne auprès de l’Union européenne.

Le drapeau de l’Ukraine symbolise « le ciel bleu sur un champ de blé jaune ». Comment le pays peut-il redynamiser son  secteur agricoalimentaire ?

En réalité, le secteur agroalimentaire ukrainien a eu un rôle de plus en plus important dans l’économie à partir des années 2000. La part du secteur dans l’économie nationale était passée de 6,6 % en 2007 à 8,3 % en 2011, puis 11 % en 2013. Les produits  agricoles du pays représentaient 27,3 % de l’ensemble des exportations en 2013, et cela a augmenté jusqu’à atteindre près de 37 % les dix premiers mois de 2015.

Ces chiffres croissants sont la conséquence de plusieurs facteurs favorables. Premièrement, en ce qui concerne l’agriculture, l’Ukraine est bénie par la géographie et le climat. La surface cultivée dans le pays – et je parle ici de terres riches en humus – est égale à la superficie du Royaume-Uni.

Ensuite, Ces dix dernières années, un mélange de facteurs économiques favorables a encouragé l’investissement et la croissance : le prix relativement bas de la main d’œuvre et des terres dans la structure des coûts générale, la proximité de grands marchés agricoles internationaux et de longues périodes de prix relativement haut au niveau mondial, du moins jusque maintenant.

L’occupation russe de la Crimée et la guerre hybride menée par la Russie dans le Donbass a frappé de plein fouet la production d’acier ukrainien, qui constituait une grande source d’exportations. La contraction de la production et des exportations d’acier ont donc souligné le rôle et le potentiel du secteur agroalimentaire dans l’économie et le commerce ukrainien.

Nous ne pouvons cependant pas nous reposer sur nos lauriers. Nous sommes face à une instabilité et une incertitude au niveau mondial, qui se traduisent par de longues périodes de prix bas pour les produits agroalimentaires. Dans le cas de l’Ukraine, l’environnement externe compliqué est exacerbé par le conflit dans le Donbass et la guerre commerciale de la Russie contre les exportations ukrainiennes.

Dans ces circonstances, le modèle ukrainien actuel, avec une valeur ajoutée relativement basse, devient très vulnérable face aux chocs extérieurs. Les réformes inévitables du secteur et l’application de nouvelles normes, notamment liées à la sécurité alimentaire, conformément à l’accord d’association UE-Ukraine forceront l’agroalimentaire ukrainien à devenir plus résistant et agile et ouvriront la voie à une croissance future plus durable.

Quels sont les points forts de l’agriculture ukrainienne qui pourraient attirer de l’investissement étranger ?

À l’heure actuelle, nos points forts sont les secteurs des graines et légumes oléagineux (tournesol, colza), des céréales (maïs, blé), et celui des transports et de la logistique, qui comprennent les terminaux céréaliers des ports maritimes, les élévateurs à grain, le rail, etc.

Pourtant, le vrai potentiel n’est pas là. Les produits d’origine animale à grande valeur ajoutée représentent une part bien trop modeste des exportations ukrainiennes. En 2013, la part des produits agricoles végétaux n’était que de 15 % en France, par exemple, alors que les produits d’origine animale représentaient 29,8 %. En Ukraine, c’est quasiment l’inverse : 50,8 % et 6,43 %. La volaille, les œufs, le bœuf, le poisson et les autres produits de la mer ainsi que les produits alimentaires industriels sont des secteurs qui présentent un fort potentiel pour conquérir le marché intérieur aussi bien que le marché européen, de plus en plus accessible grâce à l’accord de libre-échange (ALE)  approfondi et complet.

L’accord d’association avec l’UE peut-il permettre un renouveau du secteur agro-alimentaire ?

Pour l’Ukraine, l’ALE approfondi et complet inclus dans l’accord d’association représente à la fois un défi et une chance rare. Les producteurs ukrainiens vont devoir faire face à des coûts de production supplémentaires pour se conformer aux critères SPS [mesures sanitaires et phytosanitaires] de l’UE et penser une réforme du système de sécurité sanitaire alimentaire et de protection des consommateurs tournée vers l’UE. De même, le gouvernement doit prévoir une charge administrative et un budget plus importants.

Se conformer aux normes européennes ouvre l’accès aux marchés européens. L’Ukraine remplit progressivement ces objectifs. Ainsi, elle pourra bénéficier de la démocratisation grandissante des normes agro-alimentaires dans le monde entier. Actuellement, les œufs et la volaille ukrainiens sont déjà présents sur le marché au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans le Pacifique grâce à la conformité aux règles européennes. A titre d’exemple, les exportations 2015 de l’Ukraine en Asie représentent 3,7 milliards d’euros, devant les exportations vers l’UE (2 milliards d’euros) et vers l’Afrique (1,1 milliard d’euros). Nous nous attendons à un renforcement de cette tendance avec la mise en place d’autres réglementations conformes aux normes de l’UE.

Étant donné les relations politiques délicates avec Moscou, ne faut-il pas privilégier la stabilité politique et économique ? Comment allez-vous convaincre les investisseurs étrangers de s’intéresser à l’agriculture ukrainienne ?

En effet, les confrontations de Moscou avec l’Ukraine, comme avec les autres pays limitrophes de la Russie, plonge toute la région dans l’incertitude. Cependant, je reste optimiste quant aux perspectives sur le long terme.

Pourquoi ?

Pour que l’Ukraine se redresse, la mise en place de mesures macro-économiques prudentes et de réformes structurelles du système d’imposition et de régulation des entreprises ainsi que la refonte du système judiciaire et législatif sont plus déterminants.

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