La réforme de la PAC, « une nouvelle chance » pour les petites et moyennes exploitations agricoles

Janus Wojciechowski est commissaire européen chargé de l'agriculture.  [EC/CENTONZE]

Alors que les négociateurs du Parlement, du Conseil et de la Commission donnent le coup d’envoi du super trilogue de cette semaine pour tenter de sceller un accord sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) post-2020, EURACTIV s’est entretenu avec le commissaire à l’agriculture Janusz Wojciechowski sur ses attentes pour la semaine à venir.

Janus Wojciechowski est commissaire européen chargé de l’agriculture. 

Le super trilogue (25-26 mai) devrait être le dernier acte de la PAC. L’actuelle présidence tournante de l’UE, assurée par le Portugal, a été critiquée pour avoir joué un rôle très défensif en vue d’un accord de dernière minute. Êtes-vous d’accord avec cette critique ?

Je suis optimiste quant à la réussite de ce trilogue et je pense que nous sommes proches du compromis final. La présidence portugaise est très active pour y parvenir. Bien sûr, ce n’est pas facile pour elle, car elle représente les 27 États membres de l’UE. Leur mandat est limité et je comprends la position de la présidence portugaise. Mais nous allons dans la bonne direction et il n’y a pas de controverses très sérieuses.

L’une des questions les plus épineuses qui subsistent dans les négociations sur la réforme de la PAC est la conditionnalité sociale, qui n’était pas à l’origine une proposition de la Commission. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

En tant que représentant de la Commission européenne, j’ai déclaré mon soutien à l’idée de la conditionnalité sociale. Il est important de prendre en compte non seulement les normes en matière d’environnement, de climat ou de bien-être animal, mais aussi la manière dont les bénéficiaires de la PAC respectent les droits des travailleurs.

Le problème est de savoir comment inclure cette conditionnalité dans la PAC en raison des différents systèmes de contrôle et des institutions d’inspection du travail. Mais nous discutons de ces aspects techniques et je suis également optimiste quant à la possibilité d’inclure la conditionnalité sociale dans la PAC.

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En ce qui concerne les éco-régimes, il semble qu’en fin de compte, le Parlement et le Conseil se rencontrent à mi-chemin. La dernière proposition portugaise est-elle satisfaisante pour la Commission ?

En ce qui concerne le compromis final sur les éco-régimes, la position de la Commission est la suivante : le plus haut possible. Je ne peux pas parler du pourcentage maintenant [avec les négociations en cours], mais un compromis sera probablement nécessaire entre la position du Conseil qui préconise 20 % [des paiements directs destinés aux éco-régimes] et celle du Parlement qui préconise 30 %. Ce dernier pourcentage est également celui soutenu par la Commission, car les éco-régimes constituent sont des éléments très importants de l’architecture verte de la nouvelle PAC.

Que répondez-vous à ceux qui font allusion au fait que les éco-régimes ne sont pas compatibles avec les règles de l’OMC ?

Le 19 mai, j’ai rencontré la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, et nous avons discuté du « Green Deal » dans l’agriculture et des éco-régimes également. Je lui ai expliqué que les éco-régimes ne devaient pas être considérés comme un soutien à la production des agriculteurs, mais plutôt comme un soutien aux agriculteurs dans leurs actions en faveur du climat, de l’environnement et du bien-être des animaux. Cela ne devrait pas poser de problème avec les normes de l’OMC, car il s’agit d’un soutien aux agriculteurs qui paient des coûts supplémentaires pour des normes environnementales et climatiques plus élevées.

Lors des précédentes réunions du trilogue, vous étiez souvent accompagné du vice-président Frans Timmermans et, au départ, vous aviez tous deux des points de vue différents – par exemple, il a menacé de retirer la proposition relative à la PAC. Comment avez-vous surmonté les frictions initiales, et vous êtes-vous réconciliés ?

J’entretiens de bonnes relations avec Frans Timmermans, qui est responsable du Green Deal européen. L’agriculture fait partie de ce projet général. Nous allons dans la même direction : mon intention est de rendre l’agriculture européenne plus respectueuse de l’environnement et du climat et, parallèlement, de rendre la PAC plus favorable aux agriculteurs.

De mon point de vue, il n’y a pas de controverse entre ces valeurs. Une agriculture plus respectueuse de l’environnement est bonne pour les agriculteurs, surtout pour les petites et moyennes exploitations familiales.

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Pourtant, il y a eu quelques chevauchements entre la DG AGRI et la DG ENVI de la Commission et il semble parfois qu’elles aient des intérêts différents. Comment faire face à ce dualisme potentiel à l’avenir ?

Ce n’est pas un problème grave, de mon point de vue. Par exemple, les éco-régimes ont suscité beaucoup d’inquiétudes, car certains pensaient qu’ils seraient très coûteux pour les agriculteurs. Mais lorsque nous avons présenté notre vision des éco-régimes il y a quelques mois, nous avons reçu très peu d’inquiétudes de la part des agriculteurs.

En l’état actuel des choses, pensez-vous que cette réforme de la PAC offre un soutien suffisant aux petits agriculteurs ?

Le renforcement du soutien aux petites et moyennes exploitations a été l’une de mes priorités, en tant que commissaire. Cependant ces exploitations subissent de plus en plus la pression de l’agriculture intensive avec laquelle elles ne sont pas en mesure de rivaliser.

C’est une nouvelle chance pour les petites et moyennes exploitations. Grâce au soutien des instruments du Green Deal, elles [les petites et moyennes exploitations] ont une chance d’être compétitives en tant qu’agriculteurs biologiques, en tant qu’agriculteurs participant au circuit court, etc.

La majorité des agriculteurs ont une chance supplémentaire grâce à l’architecture verte de cette PAC. Peut-être que les agriculteurs industriels ne seront pas satisfaits, mais comme le modèle agricole européen est basé sur les exploitations familiales, je pense que cela devrait être rentable pour eux.

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Les défauts de la précédente PAC que vous critiquiez ont-ils été corrigés ?

De manière générale, la PAC est une réussite. Grâce à 60 ans de cette politique, nous avons maintenu la sécurité alimentaire dans l’UE, même pendant la pandémie. Néanmoins, il y a un problème de concentration des terres. Aujourd’hui, 52 % des terres appartiennent aux seuls 3 % de propriétaires libres. Nous avons perdu quatre millions de petites exploitations en une décennie.

La précédente PAC comportait certaines erreurs, par exemple le système d’investissement dans le développement des grands élevages, comme l’élevage de porcs. Dans mon pays, la Pologne, il y a 15 ans, il y avait 800 000 exploitations porcines. Aujourd’hui, il y en a dix fois moins.

Le processus suit tout le temps une seule direction : des exploitations moins nombreuses et plus grandes. Nous devons mieux le contrôler et donner la chance aux petits agriculteurs d’exister. C’est également le cas dans la production animale, car une trop grande concentration des élevages présente de nombreux aspects négatifs et constitue un problème pour la sécurité alimentaire.

Nous avons besoin d’un développement plus durable de notre agriculture et de nos dépenses politiques. Les fonds du deuxième pilier devraient être mieux ciblés sur les petites et moyennes exploitations, car elles ont souvent été exclues du soutien financier et les grandes exploitations ont bénéficié d’un traitement préférentiel.

Vous vous exprimez beaucoup sur Twitter. Pourquoi utilisez-vous autant cette plateforme ? Cela a parfois donné lieu à des controverses. Ces critiques vous ont-elles amené à repenser votre utilisation de cette plateforme ?

Twitter est une plateforme très utile pour les discussions avec les agriculteurs, surtout maintenant que nous avons des possibilités limitées pour les réunions de forum avec les agriculteurs. C’était, et c’est toujours, ma priorité d’avoir un contact intensif avec les agriculteurs.

Ce contact est inestimable pour les deux parties ; pour moi, il permet de comprendre les attentes des agriculteurs, ce qu’ils veulent, ce qu’ils pensent de nos propositions, mais c’est aussi l’occasion de mieux expliquer nos intentions pour les agriculteurs.

En temps normal, lors des réunions physiques, cette discussion avec les agriculteurs n’est pas non plus facile. C’est la même chose sur Twitter, mais je vais continuer ce dialogue avec les agriculteurs en utilisant cette plateforme.

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Après un échange houleux sur Twitter, le président du Copa-Cogeca a récemment déclaré que les agriculteurs européens ne se sentaient plus représentés par vous. Dans votre esprit, comment voyez-vous le rôle du commissaire européen à l’agriculture ? Qui considérez-vous représenter ?

Après cet échange, j’ai eu une réunion avec le Copa-Cogeca et je pense que tous nos problèmes ont été bien expliqués. Bien sûr, la première obligation est de s’occuper des agriculteurs, mais peut-être avec une vision plus large des problèmes.

En tant que commissaire, le problème est peut-être que mon obligation est de représenter tous les agriculteurs de l’UE. Parfois, je peux observer la tendance à préférer les gros agriculteurs, à représenter leurs intérêts, mais mon obligation est de représenter tous les agriculteurs européens.

Nous devons également avoir une approche pour tous les citoyens européens : ils ont besoin de l’agriculture, ils ont besoin de la sécurité alimentaire, ils veulent avoir une agriculture respectueuse de l’environnement.

Maintenant que nous approchons de la ligne d’arrivée, pensez-vous que cette PAC a le potentiel d’être en ligne avec le Green Deal ?

Oui, nous allons nous aligner sur le Green Deal pendant les négociations. Les principaux éléments de l’architecture verte seront inclus dans la réforme de la PAC. Bien sûr, pas à 100 % [d’entre eux]. Le Green Deal est un projet très ambitieux, mais je pense que nous allons dans la bonne direction.

Ce qui est très important, c’est que tout ne sera pas décidé au niveau de la législation – la partie importante de cette réforme sera les plans stratégiques nationaux. Je sais que la discussion sera difficile avec les États membres, car l’un des problèmes les plus graves est que nous avons des points de départ différents d’un État membre à l’autre, par exemple en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre.

Le problème sera de trouver une approche équitable pour nos exigences envers les États membres. Je m’attends à ce que les États membres ayant des niveaux élevés d’émissions, d’utilisation de pesticides, d’engrais, etc., soient plus ambitieux et prennent davantage de mesures.

Que pensez-vous du fait que certaines régions du Royaume-Uni ont décidé de supprimer les paiements directs et de se concentrer sur le développement rural et le paiement des services écosystémiques ? Voyez-vous une orientation similaire pour l’avenir de la PAC ?

Nous devons soutenir nos agriculteurs, nous devons maintenir le système des paiements directs, car il s’agit d’un système très important pour ce faire. Par exemple, un problème clé dans l’UE est le renouvellement des générations – il est très difficile d’encourager les jeunes à devenir agriculteurs, car c’est un travail très difficile et à haut risque. Sans soutien, nous n’aurons pas d’agriculteurs dans l’UE. Ce n’est pas un choix, nous devons soutenir nos agriculteurs.

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