21 ministres de l’Agriculture réclament de l’argent frais face à l’embargo russe

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Lors du Conseil agriculture du 10 novembre, les ministres de l’Agriculture de 21 États membres ont réclamé des fonds supplémentaires pour faire face à l’embargo russe. Les fonds débloqués sont aujourd’hui prélevés sur la PAC, ce que les agriculteurs dénoncent.

Les mesures de soutien aux produits laitiers et maraîchers mis en place par la Commission européenne après le début de l’embargo russe ne passent pas auprès d’une majorité d’États membres.

À l’occasion du Conseil Agriculture, les ministres des 28 États membres ont discuté de l’utilisation de la réserve crise de la Politique agricole commune (PAC), actuellement affectée aux mesures de soutien aux agriculteurs dans le cadre de l’embargo russe.

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Cette réserve, introduite lors de la dernière réforme de la PAC devait à l’origine permettre à l’UE de disposer d’un fonds d’urgence pour répondre aux crises du marché agricole en Europe, en cas d’effondrement des cours de certaines productions ou de surproduction par exemple.

Réserve d’urgence touchée

Sur les 433 millions d’euros prévus en 2015 dans cette réserve d’urgence, la Commission européenne en a déjà affecté 344 au financement des mesures d’urgence suite à l’embargo russe sur les importations de denrées alimentaires.

Une décision condamnée par une majorité de pays, France en tête.  « La France, soutenue par 20 États membres, s’oppose à la réduction des crédits de la PAC proposée par la Commission et qui rendrait nécessaire l’utilisation de la réserve de crise » a indiqué le ministère de l’Agriculture français à l’issue de la réunion.

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Dans une déclaration commune transmise à la présidence italienne du Conseil, les 21 ministres *  insistent sur la nécessité de « préserver la réserve de crise agricole »

« La réserve de crise agricole doit être préservée, afin de maintenir notre capacité de réaction pendant l’année 2015 en cas d’approfondissement des difficultés rencontrées par les filières ou de nouvelles crises » ont-ils indiqué.

Un embargo durable

Depuis le 6 août, la Russie a mis en place un embargo d’un an sur un certain nombre de produits agricoles, de matières premières et de denrées alimentaires en provenance des États-Unis, de pays de l’Union européenne, du Canada, de l’Australie et du Royaume de Norvège. Une décision motivée par les sanctions que ces pays ont imposées à Moscou en raison de la situation en Ukraine. En réponse, la Commission européenne a mis en place des mesures de soutien notamment en faveur des produits laitiers et des fruits et légumes.

>>Lire : La France agricole s’inquiète des conséquences de l’embargo russe

Au total, la réserve d’urgence ne disposerait plus que de   88 millions d’euros  au cours de l’année 2015 pour poursuivre la politique de soutien.

La décision de la Commission européenne a également provoqué des réactions du secteur agricole en France notamment.  « La Commission européenne utilise la PAC comme une variable d’ajustement pour le budget européen » s’est indigné Xavier Beulin, président de la FNSEA dans un courrier au président de la commission des budgets du Parlement européen, Jean Arthuis.

« Le danger, c’est qu’ensuite cette pioche au financement aille plus loin que les fonds d’urgence et qu’ensuite la PAC soit encore mise directement à contribution » s’inquiète Guy Vasseur, président des Chambres d’agriculture.

Discussion à la Commission                                                        

 « J’ai pris connaissance des préoccupations des États membres sur l’utilisation de la réserve de crise qui réduit déjà les paiements aux agriculteurs en 2015, ce qui vient s’ajouter aux chutes de prix » a déclaré Phil Hogan, le commissaire en charge de l’agriculture, qui s’est engagée à soumettre ce point lors de la prochaine réunion hebdomadaire de la Commission européenne, mercredi 12 novembre.

« Il est évident que nous ne sommes pas vraiment dans une situation idéale pour réagir comme le souhaiteraient les Etats membres en raison des contraintes budgétaires » a toutefois rappelé  le commissaire, faisant référence aux impayés accumulés par l’UE, qui laissent peu de marge de manœuvre.

>>Lire : Jean Arthuis : La dette de l’UE est contraire aux traités

* Pays signataires :  la France, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie.

Contexte

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen

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