40 000 agriculteurs bloquent les rues de Berlin

EFE/OMER MESSINGER [EPA-EFE/OMER MESSINGER]

Des milliers d’agriculteurs sont descendus dans les rues de Berlin pour manifester contre la politique agricole. Ils s’opposent au durcissement des exigences environnementales et à la baisse des prix de vente, deux éléments qui pénalisent leurs revenus.

Pas moins de 40 000 manifestants des quatre coins de l’Allemagne se sont réunis à Berlin le 26 novembre. À bord de quelque 8 600 tracteurs, ils ont formé un convoi de 10 kilomètres de long, selon les estimations de la police allemande.

Les manifestations qui ont eu lieu dans la capitale étaient l’œuvre de l’alliance « Land schafft Verbindung » (= la terre tisse des liens), qui regroupe les agriculteurs non membres d’organisations professionnelles agricoles. Les manifestants s’opposaient essentiellement au paquet de mesures agricoles adopté par le cabinet ministériel début septembre. Le plan d’action présenté, qui met en exergue une meilleure protection des insectes et davantage de restrictions sur les pesticides et herbicides, est inacceptable aux yeux des protestataires. Ces dispositions ont notamment été adoptées pour répondre à la deuxième procédure d’infraction lancée par l’exécutif européen à l’encontre de l’Allemagne, l’enjoignant à réduire ses niveaux trop élevés de nitrates dans ses eaux souterraines.

« Cette manifestation signifie surtout que la coupe est pleine. Nous devons nous adapter sans cesse à de nouvelles contraintes, mais l’argent ne suit pas », explique Benjamin Meise, à la tête d’une exploitation agricole traditionnelle dans la région de Märkisch-Oderland. Selon lui, le problème ne vient pas tant de la nouvelle PAC, mais plutôt de l’aggravation de la situation économique du secteur ces dernières années.

L’élevage de bétail n’est plus rentable. Il en va de même pour la culture du colza, des betteraves et du blé dont les productions sont en chute libre. Pourquoi ? La sécheresse et les restrictions accrues des fertilisants ont drastiquement réduit le volume des récoltes. Par ailleurs, le prix du lait est également bien trop bas pour que les agriculteurs puissent espérer joindre les deux bouts, estime Benjamin Meise. De plus, nombreux sont ceux qui craignent une féroce concurrence des prix en raison du Mercosur, l’accord commercial conclu avec l’Amérique du Sud qui abroge les barrières tarifaires des produits agricoles.

Dans son discours face aux manifestants, la ministre de l’Agriculture Julia Klöckner (CDU) a déclaré vouloir associer plus étroitement les agriculteurs dans les processus décisionnels du gouvernement. Elle a annoncé qu’une réunion, entre la chancelière allemande Angela Merkel et quarante représentants d’associations environnementales et agricoles, serait organisée le 2 décembre. En outre, un forum national de dialogue devrait bientôt être mis en place et les agriculteurs sont vivement encouragés à y participer.

Aux yeux de Mme Klöckner, l’agriculture doit parvenir à se distancer de l’image d’ennemi climatique qu’elle renvoie : « Je m’engage à vous faire sortir du banc des accusés. Le bashing envers l’agriculture doit cesser ». Afin de venir en aide aux agriculteurs, davantage de soutiens financiers sont nécessaires. S’adressant à Rundfunk Berlin-Brandenburg, elle a énoncé plusieurs programmes de financement, « sur lesquels nous devons nous entretenir aujourd’hui (26 novembre) au Bundestag ».

Elle rejette toutefois les critiques relatives au durcissement des réglementations en matière de fertilisants, arguant que « l’Allemagne a été traduite en justice et a perdu. Il n’y a pas de marge de manœuvre possible face à la Commission européenne ». La ministre de l’Environnement, Svenja Schluze s’est également exprimée devant des manifestants.

Benjamin Meise est, pour sa part, satisfait des déclarations de Julia Klöckner, mais comprend aussi la colère des agriculteurs : « Mme Klöckner n’est pas responsable de cette situation. Mais celui qui se trouve dos au mur n’en a que faire ».

Le consortium des agriculteurs-éleveurs traditionnels (AbL) a exprimé son soutien aux protestataires : « Pendant des dizaines d’années, les politiques, les scientifiques et les associations nous ont répété que nous étions sur la bonne voie lorsque nous cherchions à devenir les leaders du marché international en pratiquant des prix imbattables et que nous prenions des mesures pour augmenter la production et la croissance », a-t-il indiqué.

« Ce modèle agricole de rationalisation se heurte encore et toujours à des barrières économiques, écologiques, sociétales et politiques », a expliqué Georg Janßen, directeur général pour le Bundestag. Il est désormais temps que le gouvernement travaille main dans la main avec les agriculteurs, les consommateurs et les écologistes afin de présenter ensemble des mesures pour l’agriculture, à l’élevage et à l’utilisation des terres.

Les Verts ont de leur côté exprimé de vives critiques à l’égard des manifestants. Le chef du groupe des Verts au Bundestag, Anton Hofreiter, a déclaré que les mesures environnementales étaient inévitables : « moins protéger l’environnement et augmenter les fertilisants ne sont pas des solutions envisageables. »

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