L’Allemagne s’agace d’une PAC qui continue de détruire l’environnement

La PAC doit jongler avec des considérations écologiques, économiques et sociétales. [Maleo/Shutterstock]

La politique agricole commune reste un sujet hautement controversé en Allemagne. Les décideurs politiques ne parviennent également pas à se mettre d’accord sur la manière de calculer l’impact des mesures sur l’environnement. Un article d’Euractiv Allemagne.

Il y a souvent un écart conséquent entre les engagements de l’UE sur une agriculture écologique et durable et la transposition de ces valeurs au niveau des États. Les observateurs s’accordent cependant généralement sur une chose : la Politique agricole commune (PAC) doit subir une réforme de fond pour pouvoir faire face aux défis du changement climatique, de la protection de l’eau, de la perte de biodiversité et sur le bien-être animal.

Les défenseurs de l’environnement réclament une nouvelle PAC

La plus grande alliance d’ONG environnementales européennes appelle à une évaluation minutieuse de la PAC. Et met en cause à la fois sa structure, son application et son impact.

Chaque année, 10,8 millions d’agriculteurs qui exploitent 174 millions d’hectares reçoivent environ 60 milliards de subventions européennes. Ces paiements sont pensés pour soutenir une politique agricole écologiquement responsable et durable, qui complèteraient les objectifs de développement durable de l’ONU (ODD), tout en garantissant la sécurité alimentaire de l’Europe.  Tout cela ne devrait également pas nuire aux ressources ou aux pratiques durables dans les pays tiers.

Pourtant, la perte de biodiversité s’accélère, la pollution au nitrate dans les nappes phréatiques augmente et la qualité des sols se détériore. Dans cette situation, l’UE est sous pression pour réformer son système de paiement direct universel et mal ciblé.

Réformes durables

« Nous nous approchons du prochain cycle de réformes des politiques agricoles. L’UE dépense à ce jour environ 40 % de son budget à un système qui n’est pas durable », constate Konstantin Kreiser, de l’ONG allemande de protection de la nature NABU Allemagne.

« Les subventions actuelles, largement fondées sur les surfaces des exploitations, soutiennent un système où la quantité prime sur la qualité, alors qu’il devrait consolider la transition écologique du secteur agricole », ajoute-t-il.

NABU milite pour l’instauration d’un fonds d’investissement qui aiderait les agriculteurs à rendre leurs exploitations plus écologiques. L’ONG espère que cela encouragera la demande pour des produits plus respectueux et permettra une hausse du commerce équitable.

Les ONG écologistes ne sont cependant pas les seuls acteurs militants pour une PAC plus orientée vers l’environnement. « Je ne pense pas que nous parviendrons à nourrir le monde juste avec l’agriculture de précision », estime Ulrike Müller, eurodéputée allemande (ALDE) et rapporteure sur l’action européenne pour la durabilité de la commission parlementaire sur l’agriculture.

« Le plus important est d’assurer que les trois piliers – écologie, économie et société, sont équilibrés. Nous avons encore beaucoup à faire dans ce domaine », ajoute-t-elle.

La réussite de la PAC ne devrait pas être mesurée uniquement sur la croissance des revenus, mais aussi sur des critères sociaux et, avant tout, sur son effet de protection de l’environnement.

Greenpeace : la PAC doit s'interroger sur la production et la consommation d'animaux

Les différents piliers de la PAC sont souvent accusés de se neutraliser l’un l’autre, notamment en ce qui concerne les progrès environnementaux. Pour Marco Contiero, de Greenpeace, la solution serait d’abandonner l’agriculture industrielle.

L’approche allemande

La part des émissions allemandes issues de l’agriculture est en hausse depuis 2009. En 2014, les services scientifiques du parlement l’évaluaient à 7,33 % des émissions totales, et elles continuent à augmenter.

Tous les grands partis politiques ont promis de s’attaquer à cette tendance et à ses conséquences négatives lors de leur campagne électorale. Ils se concentrent en priorité sur le système de subventions et à son adaptation aux besoins des exploitants allemands.

Le CDU/CSU a promis de « continuer les paiements directs » et estime que « la grande priorité » dans l’agriculture devrait être de « fournir de la nourriture ».

Le SPD s’est ainsi déclaré en faveur d’une « suppression progressive des financements universaux d’ici 2026 ». Les Verts appellent à une réallocation du budget agricole, alors que Die Linke (gauche) propose de coupler les paiements au nombre d’emplois fournis par les exploitations.

Les libéraux du FDP restent pour leur part vagues, indiquant considérer les paiements des organes publics « d’un œil critique ». L’AfD s’est quant à elle limitée à une promesse de renforcement de « l’agriculture rurale ».

L'agriculture bio progresse vaille que vaille

En plein essor en France où le nombre d’agriculteurs bio a bondi de 9 % cette année, le bio n’aura plus droit aux aides au maintien dès 2018. Un choix qui risque de fragiliser la filière française, comme cela a été le cas au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.