Agriculture et énergies renouvelables : vers une filière des « énergiculteurs » ?

Les exploitants agricoles participent aujourd'hui à la production de 20 % de l'énergie renouvelable en France, fournissant notamment 96 % de la production nationale de biocarburants, mais aussi de l'énergie éolienne et solaire. [Jenson/Shutterstock]

Dans une proposition de résolution, les sénateurs Jean-François Longeot et Jean-Pierre Moga appellent au développement de l’agrivoltaïsme en France pour allier la production alimentaire et la transition énergétique.

L’heure est aux transitions. D’une part, une transition agroécologique qui doit permettre de nourrir mieux tout en garantissant la sécurité alimentaire de la France, alors même que le pays a perdu un quart de sa surface agricole en 50 ans et continue de perdre des dizaines de milliers d’hectares à l’urbanisation chaque année. D’autre part, la transition énergétique qui, en vue des objectifs européens de neutralité carbone à l’horizon 2050, impose la diversification et la décarbonation du mix énergétique de la France.

« Le secteur agricole est assurément un acteur majeur de ces deux défis », estiment les sénateurs Jean-François Longeot et Jean-Pierre Moga (Union centriste). Raison pour laquelle ils viennent de déposer une proposition de résolution « tendant au développement de l’agrivoltaïsme en France ».

Les auteurs de la proposition rappellent tout d’abord que « près de 50000 exploitations agricoles (parmi les 437000 que compte la France) participent d’ores et déjà à la production de 20 % de notre énergie renouvelable », soit 3,5 % de la production nationale d’énergie. Ces exploitants contribueraient à 96 % de la production nationale de biocarburants, 83 % d’éolien, 26 % de biogaz, 13 % d’énergie solaire et 8 % de biomasse chaleur. Cette production devrait être multipliée par trois d’ici 2050.

Les sénateurs avertissent toutefois que « l’essor des énergies renouvelables, d’une part, et le maintien de la vocation agricole des terres, d’autre part, pourraient paraître inconciliables » et conduire à un conflit d’usage pour les mêmes terres. Face à ce dilemme, la solution pourrait se trouver dans le développement de l’agrivoltaïsme, estiment MM. Longeot et Moga.

Pour une synergie au service de la transition énergétique – et des agriculteurs

Ce terme, expliquent les sénateurs, désigne les installations « permettant de coupler une production photovoltaïque secondaire à une production agricole principale » – le tout en créant une synergie entre les deux. Tout en précisant qu’au-delà de la production d’énergie renouvelable, cette synergie devrait d’abord et avant tout permettre de valoriser la production agricole : les auteurs de la proposition se disent ainsi « convaincus des vertus agroéconomiques de ces installations », soulignant leur fonction de régulation agroclimatique.

Des installations innovantes – comme par exemple des ombrières mobiles, des serres multi-chapelles, des panneaux verticaux bifaciaux – et le recours à l’intelligence artificielle pourraient notamment apporter des services écologiques à l’agriculture en valorisant des terres en friche et en préservant la biodiversité, selon MM. Longeot et Moga.

Elles ont par ailleurs la capacité d’offrir une meilleure protection contre les épisodes météorologiques et des services agroéconomiques : les installations agrivoltaïques peuvent par exemple protéger les cultures du gel, aider à réduire le stress hydrique à travers l’ombre qu’ils offrent ou en intégrant des systèmes de récupération des eaux de pluie, ou encore permettre une meilleure photosynthèse en adaptant des persiennes pour un ensoleillement optimal, rappellent les auteurs de la proposition.

L’installation de panneaux pourrait, enfin, contribuer à adapter l’agriculture au changement climatique par le complément de revenu que cela apporte aux agriculteurs, arguent les deux sénateurs : complément qui leur permettrait non seulement d’opérer des transitions dans leur production, mais également de reconquérir des terres agricoles.

Lever les freins à l’essor de l’agrivoltaïsme

Or, si le développement de l’agrivoltaïsme – et l’émergence de ce que les auteurs de la proposition appellent les « énergiculteurs » – apparaît important au vu de ces bénéfices, plusieurs freins subsistent à son essor en France.

Tout d’abord, le manque de définition du terme « handicape les porteurs de projets », regrettent MM. Longeot et Moga, qui en appellent donc au gouvernement d’inscrire une définition de l’agrivoltaïsme au code de l’énergie.

Il faudrait également sortir les projets agrivoltaïques des appels d’offre « solaire innovant » de la CRE et créer une famille d’appels d’offres dédiée pour mieux inciter les exploitants agricoles à se lancer dans des projets agrivoltaïques innovants, estiment les deux sénateurs.

Enfin, ces projets ne sont aujourd’hui pas éligibles aux aides européennes de la Politique agricole commune (PAC). Or, « eu égard à ses nombreux avantages agricoles, à la création de valeur dans les territoires ruraux, ainsi que par sa participation dans la production d’énergie renouvelable, [l’agrovoltaïque] est pleinement légitime à en bénéficier », soutiennent les auteurs de la proposition qui invitent donc le gouvernement « à permettre aux exploitants agricoles d’accéder aux aides européennes de la PAC ».

Il faudrait en outre créer un cadre réglementaire uniforme pour favoriser la compensation agricole, arguent MM. Longeot et Moga. Le fléchage d’une partie des revenus générés par la production d’énergie photovoltaïque serait une condition importante pour permettre aux agriculteurs de reconquérir des terres agricoles et de reconstituer du potentiel économique pour le monde agricole – et donc de lui permettre de répondre aux défis des transitions en cours.

Déposée le 6 octobre, la proposition de résolution doit désormais être examinée au Sénat. Dossier à suivre.

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