Agriloops cultive crevettes et légumes à la mode durable

Au sein de leur ferme pilote, les fondateurs d'Agriloops ont expérimenté un système d'aquaponie en eau salée, où sont élevés conjointement gambas et légumes. [Bastien Jorigné]

Premiers en Europe à avoir développé l’aquaponie en eau salée, deux jeunes ingénieurs agronomes ont lancé leur start-up pour produire des crevettes « made in France ».

Agriloops a tout de la start-up branchée : un nom aux sonorités américaines ; un site web épuré et design ; à sa tête, deux vingtenaires, fraîchement diplômés d’une grande école d’agronomie qui s’affichent sur leur site, cheveux légèrement en bataille et barbes naissantes, arborant un sweat-shirt orné du logo de leur firme.

Un peu clichée, Agriloops et son business model n’en sont pas moins novateurs. La start-up développe l’aquaponie en eau salée : un système circulaire, où l’élevage de poissons – ici de gambas- se fait conjointement à la culture de légumes. Les déchets des crustacés y sont transformés en fertilisants pour des plantes – mesclun, tomates cerises, herbes aromatiques – cultivées dans un mode de culture hors sol et moins gourmand en eau.

À l’origine de ce concept, on trouve deux jeunes ingénieurs agronomes. Romain Vandame et Jérémie Cognard ont intégré la même école d’agronomie à Rennes, Agrocampus Ouest. « Nous nous sommes dirigés vers des spécialisations différentes. Romain a opté pour l’aquaculture et les produits de la mer, moi pour la production et la protection des plantes », précise Jérémie Cognard, lors d’un entretien pour Euractiv France. De ces enseignements différents a germé une idée : « L’aquaponie est développée depuis des années, mais pas à des fins de production. Pour être rentable, il nous fallait trouver une espèce à haute valeur ajoutée, marine de préférence. Et donc développer un système en eau salée. »

Des crevettes fraîches et locales

La gambas s’est vite imposée. Selon une étude 2017 de FranceAgriMer, les Français consomment près de 120 000 tonnes de crevettes par an. De quoi assurer la rentabilité de leur entreprise, mais aussi sa durabilité. La majorité des crevettes consommées en France sont importées. En 2015, 36 % provenaient d’Équateur, suivi de l’Inde et de Madagascar.

L’élevage intensif de la crevette dans les régions tropicales est responsable de la destruction de zones de mangroves, des écosystèmes essentiels à la vie marine dans lesquels les poissons viennent frayer. « Agriloops propose au consommateur une alternative plus respectueuse de l’environnement », soutient le startupeur. « Des gambas françaises, élevées sans antibiotiques et jamais congelées.»

Bientôt 20 tonnes de crustacés par an

Pour mener à bien leur projet, les ingénieurs agronomes ont lancé une ferme pilote au sein de leur école, « pour expérimenter notre modèle et apprendre à bien maîtriser le procédé ». Après trois ans d’analyse au sein de cette ferme, ils souhaitent désormais lancer leur propre exploitation, au nom digne d’une firme de la Silicon Valley, « Mangrove 1 ». Cette ferme devrait voir le jour en 2021 avec une production ambitieuse : « 20 tonnes de gambas et 40 tonnes de légumes par an, pour une pleine productivité en 2022 », annonce l’ingénieur, enthousiaste. Si la gambas reste leur produit phare, Jérémie Cognard n’exclue pas de « diversifier l’outil de production » et d’élever par la suite d’autres espèces marines.

Comme de nombreuses entreprises, le COVID-19 et le confinement ont freiné leur projet : « On devait monter la ferme en 2020, finalement, ça sera pour 2021 », regrette celui qui se présente comme CEO et co-founder d’Agriloops. Qu’importe, la success story est lancée. À l’heure où le bio le vent en poupe, les deux ingénieurs songent désormais à obtenir un label en agriculture durable, avec « pourquoi pas la certification Haute valeur environnementale (HVE) ou le label d’aquaculture durable ASC ».

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