L’agroécologie pourrait nourrir l’Europe sans pesticide en 2050

En mettant l’accent sur les céréales, les fruits et les légumes, l’agriculture européenne peut sortir des pesticide et réduire son impact sur le changement climatique. Une solution qui garantirait la sécurité alimentaire et protègerait la santé des Européens.

« Nous présentons un scénario alternatif qui peut mener à une transformation à grande échelle du secteur agricole via une transition agroécologique », a déclaré Pierre-Marie Aubert durant  l’AgroParisTech.

Pierre-Marie Aubert et Xavier Poux sont chercheurs à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).

Les deux chercheurs ont présenté un scénario sur dix ans qu’ils appellent le Tyfa, ou Ten years for agroecology in Europe (en français, Réussir la transition agro-écologique en Europe).

Ils se sont demandé comment nourrir l’Europe tout en préservant l’environnement et le climat dans un contexte de déclin de la production actuellement observé dans l’agriculture biologique.

« L’actuel débat sur l’avenir de l’agriculture est dans l’impasse à cause de l’impossibilité de combiner la hausse de la production agricole avec la réduction de l’impact sur le climat et la biodiversité », explique Pierre-Marie Aubert.

« Pour dépasser ce paradoxe apparent, nous avons choisi de renverser la question et de nous demander quels étaient les besoins des Européens pour une alimentation saine et durable et quels étaient les modèles agricoles pour y parvenir ? »

Voilà pourquoi le point de départ du rapport est l’impact des habitudes alimentaires des Européens sur leur santé.

« En termes de santé, le taux de maladies liées à l’alimentation augmente à un rythme alarmant (diabètes, obésité, maladies cardiovasculaires) », indique l’étude.

« Même si nous produisons beaucoup en Europe, nous mangeons trop et nos régimes ne sont pas équilibrés par rapport aux recommandations nutritionnelles de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) », poursuit-elle.

Des eurodéputés saisissent la justice pour réformer l’EFSA

Des eurodéputés Verts ont saisi la justice européenne pour obtenir l’accès aux études utilisés par l’EFSA pour évaluer le glyphosate. Les élus espèrent faire changer les règles de l’agence pour renforcer la transparence des évaluations.

Pourtant, la demande pour des produits biologiques est croissante dans toute l’Europe, ce qui montre que les Européens sont de plus en plus inquiets de la relation entre leur santé et les aliments qu’ils consomment, observe Pierre-Marie Aubert.

Dans leur scénario, les deux chercheurs commencent donc par rééquilibrer l’alimentation des Européens : plus de céréales, de fruits et de légumes, plus de protéagineux et moins de viande, d’œufs, de poisson et de produits laitiers.

« À partir de là, notre étude montre qu’une Europe agroécologique serait capable de nourrir les Européens en 2050, de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % et de retrouver la biodiversité », affirme Pierre-Marie Aubert.

Cela passe par la suppression des pesticides et d’autres intrants agricoles et par l’adoption de pratiques agricoles plus écologiques comme la rotation des cultures, l’utilisation de fumier pour fertiliser les sols ainsi que par des infrastructures écologiques comme des haies, des mares, des arbres ou des murets.

Kofi Annan veut une agriculture qui produit plus avec moins de ressources

L’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, appelle à investir dans les pays en développement afin de « produire plus de nourriture avec moins de ressources », tout en rendant l’agriculture plus durable.

Chute de la production de 10 à 50 %

Ce scénario mène à une baisse de la productivité dépendant des cultures de 10 à 50 %, conclut l’étude. « Donc oui, cela signifie moins de bénéfices pour les agriculteurs, mais ces pertes peuvent être compensées par l’argent économisé en achetant beaucoup moins d’intrants agricoles », explique le chercheur.

Il souligne par ailleurs que le scénario agroécologique ne permet pas seulement au secteur agricole européen de nourrir les consommateurs du continent, mais aussi de préserver ses capacités d’exportation pour les céréales, les produits laitiers et le vin. Cela réduira fortement sa dépendance envers les importations de biens agricoles.

« Aujourd’hui, l’Union européenne importe l’équivalent de 35 millions d’hectares de terres cultivables, principalement du soja d’Amérique du Sud utilisé pour nourrir le bétail », souligne l’expert.

Contexte

L’Iddri se définit comme un institut de recherche politique indépendant et une plateforme de dialogue multipartite dont l’objectif est d’identifier les conditions et de proposer des outils pour placer le développement durable au cœur des relations internationales et des politiques publiques et privées.

Ces dernières années, la DG Agri de la Commission européenne a chargé l’Iddri de mener plusieurs projets de recherche sur l’agriculture durable, sans compter celui publié le 13 septembre dernier.

L’institut a été créé en 2001 par l’une des architectes de l’Accord de Paris, Laurence Tubiana, PDG de la Fondation européenne pour le climat. À partir de 2014, Teresa Ribera Rodríguez a dirigé l’institut avant de rejoindre le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez en tant que ministre de la transition écologique en juin 2018.

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