L’alignement des mesures phytosanitaires entre l’UE et le Royaume-Uni doit être une « priorité absolue »

Près de cinq ans après le vote du Brexit, les législateurs européens ont approuvé cette semaine l’accord de commerce et de coopération (ACC) qui régit désormais les relations économiques entre le Royaume-Uni et le bloc, tandis que les ministres de l’UE ont arrêté jeudi (29 avril) leur position sur une réserve d’ajustement au Brexit de quatre ans. [SHUTTERSTOCK]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’avenir du secteur agroalimentaire à la suite du Brexit.

L’UE et le Royaume-Uni ont certes enfin ratifié leur accord commercial, mais des points d’interrogation subsistent sur la manière dont les deux partenaires vont aligner leur réglementation phytosanitaire : un casse-tête considérable pour le secteur agroalimentaire.

Près de cinq ans après le vote du Brexit, les législateurs européens ont approuvé cette semaine l’accord de commerce et de coopération (ACC) qui régit désormais les relations économiques entre le Royaume-Uni et le bloc, tandis que les ministres de l’UE ont arrêté jeudi (29 avril) leur position sur une réserve d’ajustement au Brexit de quatre ans.

Si la ratification de l’accord commercial est un soulagement, la question des contrôles phytosanitaires reste un sujet épineux.

Selon son rapport annuel sur les exportations récemment publié, la Fédération britannique de l’alimentation et des boissons (FDF) a conclu que les règles et les processus post-transition continuent de causer un casse-tête pour les exportations du secteur vers l’UE.

En réalité, les exportations de produits alimentaires et de boissons ont été parmi les plus touchées par les nouvelles règles, avec une baisse de 40 % en février par rapport à l’année précédente.

Dans le même temps, un comité de députés multipartites du ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA) a publié un rapport jeudi (29 avril), qui souligne que des « frictions commerciales considérables » sont apparues pour la filière, en particulier pour les entreprises exportant des fruits de mer et de la viande. Il ajoute que les entreprises sont confrontées à de nouveaux coûts « substantiels et permanents ».

Ces dernières semaines, les deux parties ont mené des discussions sur la question, sans grand succès.

Des sources européennes ont laissé entendre qu’en alignant ses normes sanitaires et phytosanitaires (SPS) pour les produits agroalimentaires et végétaux sur celles de l’Union, le Royaume-Uni pourrait réduire considérablement sa charge administrative.

Toutefois, le gouvernement britannique continue de rejeter cette idée, qu’il juge politiquement inacceptable pour le Royaume-Uni, selon le Times.

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A contrario, il continue d’insister sur un modèle « Nouvelle-Zélande-plus » dans lequel les contrôles effectués sur les aliments entrants seraient proportionnels aux risques identifiés.

Mettant en garde contre les vastes ramifications de ce décalage, le secteur agroalimentaire exhorte l’UE et le Royaume-Uni à adopter une « approche pragmatique » sur ce sujet.

« Nous devons parvenir à un ensemble de solutions réalisables, qui protègent l’intégrité de l’Europe, mais en même temps mettre en place des solutions pragmatiques, qui ne sapent aucune des deux juridictions », a déclaré Michael Bell, directeur de l’association Northern Ireland Food and Drink (NIFDA).

Une approche fondée sur le risque mêlée à la politique

Soulignant que le Brexit a perturbé de manière disproportionnée l’équilibre prudent de l’« écosystème alimentaire » développé au cours des 40 dernières années, M. Bell a fait remarquer que le Royaume-Uni n’est pas une entité homogène.

Au contraire, l’Irlande du Nord risque d’être l’un des pays les plus fortement touchés, car elle exporte 75 % de ses produits agroalimentaires et le secteur représente la plus grande industrie du pays.

« Nous avons besoin d’un commerce sans friction pour l’Irlande du Nord. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous avons obtenu, bien qu’on nous l’ait promis », a-t-il soutenu.

Appuyant qu’une approche fondée sur le risque se soit « mêlée à la politique », M. Bell a indiqué que les gouvernements de l’UE et du Royaume-Uni devaient « réfléchir très attentivement aux conséquences de l’augmentation du prix des denrées alimentaires, de la réduction du choix des consommateurs et de l’augmentation du gaspillage alimentaire ».

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Pas de temps à perdre

« Chaque mois, les problèmes se multiplient. Et ce ne sont pas de petits problèmes », a fait valoir M. Bell, avertissant qu’à moins que les politiciens ne soient prêts à établir une certaine flexibilité, il ne prévoit pas de solution stable.

« Nous avons besoin que le protocole soit abordable, stable, simple et clair. Malheureusement, nous n’avons rien de tout cela à l’heure actuelle. »

Étant donné que la période de grâce pour les arrangements actuels se termine en octobre, le temps est compte, d’après M. Bell.

« Politiquement, ils jouent avec le feu », estime-t-il.

Paul Kelly, directeur de Food Drink Ireland, a déclaré à Euractiv que les entreprises du secteur de l’alimentation et des boissons sont confrontées à des « barrières non tarifaires considérables » pour le commerce entre l’Irlande et les autres États membres et la Grande-Bretagne.

Les exigences douanières et phytosanitaires engendrent des « coûts permanents substantiels qui devront être absorbés non seulement par la chaîne d’approvisionnement alimentaire, mais aussi par les consommateurs », a-t-il mis en exergue.

« Parvenir à un accord sur des mesures visant à assouplir et à faciliter les exigences douanières et phytosanitaires devrait maintenant être une priorité pour les deux parties », a souligné M. Kelly, ajoutant que le comité spécialisé de l’ACC sur les mesures sanitaires et phytosanitaires devrait « être opérationnel aussi rapidement que possible ».

« S’engager de manière proactive sur ces questions est le seul moyen de réduire les frictions commerciales dues aux mesures SPS et de limiter les coûts sur la chaîne alimentaire et le consommateur. »

Contacté par Euractiv, un fonctionnaire de la Commission européenne a déclaré que la législation d’application SPS de l’UE est constamment adaptée pour prendre en compte les derniers développements.

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