Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission

La position de l'Allemagne sera déterminante. [European Parliament/Flickr]

Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire.

La réautorisation de vente du glyphosate a fait l’objet de discussions entre les États membres et la Commission ces 5 et 6 octobre, dans le cadre du comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, sans progrès tangibles.

Des sources au sein de la Commission ont indiqué que certains États avaient exprimé leur soutien vis-à-vis de la proposition de réautorisation avant ou pendant la rencontre, d’autres ne sont pas encore décidés. Quelques États membres, dont la France, entendent cependant s’y opposer.

La réautorisation de cet herbicide controversé, le plus courant dans le monde, ne se fera néanmoins pas sans la majorité qualifiée, a rappelé l’exécutif. L’autorisation actuelle expire fin 2017.

« Ca suffit. Se cacher derrière la Commission, nous montrer du doigt, dire que c’est notre faute, ça suffit », a déclaré Vytenis Andriukaitis à Euractiv lors du forum Gastein sur la santé, en Autriche, qui souligne que ce n’est pas la Commission qui prendra la décision, mais bien les États.

Une nouvelle réunion du comité permanent est prévu pour le 23 novembre, mais la Commission a laissé la porte ouverte à un vote jusqu’à la fin de l’année.

« Nous continuerons à nous rencontrer et nous verrons où en sont les discussions avec les États membres. Un vote en novembre est possible, un vote est possible jusque fin décembre », a confirmé le commissaire.

La Commission tente de rassembler sur le glyphosate

La Commission européenne tente de rassembler les États sur la réautorisation du glyphosate, l’herbicide le plus répandu dans le monde. Et ce malgré l’opposition de la France.

Décision scientifique

« La science a décidé, les conclusions sont là », a assuré Vytenis Andriukaitis, qui répète n’avoir aucun doute dans les conclusions des agences européennes. En effet, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont toutes deux rendu un avis positif.

En France, une enquête parlementaire va toutefois être lancée sur l’indépendance de ces agences.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont toutes deux donné le feu vert à l’herbicide,  jugeant « peu probable » qu’il constitue un risque cancérigène pour les êtres humains exposés via l’alimentation.

Pourtant, le Centre international de recherche sur le cancer  (CIRC), un centre affilié à l’OMS, a de son côté estimé que le glyphosate était « probablement cancérigène pour les humains ». Une position que l’ECHA assure avoir pris en compte.

Greenpeace a dénoncé comme peu fiables les rapports des agences européennes. Une pétition appelant à l’interdiction de la substance, également dénoncée par les défenseurs de l’environnement, a récolté 1,4 million de signatures en Europe.

Monsanto accusé de corruption scientifique pour sauver le glyphosate

Pour éviter l’interdiction du gyphosate en Europe, ses producteurs auraient financé la publication de fausses preuves scientifiques, dénonce un rapport.

Pour Vytenis Andriukaitis, il est « étrange » de voir les citoyens s’opposer au glyphosate sur la seule opinion du CIRC. « Le CIRC est la première étape du système de l’OMS et nous avons commencé par lire leur monographie », assure-t-il, ajoutant qu’il avait personnellement organisé des rencontres entre membre du CIRC et de l’EFSA pour qu’ils évaluent la situation.

« L’OMS et la FAO ont également étudié cet ouvrage et décidé que le glyphosate n’est probablement pas cancérigène », souligne-t-il, regrettant que certains médias « ne le mentionnent pas et disent que la Commission n’a pas tenu compte de l’avis du CIRC, ce qui n’est pas vrai ».

Aujourd’hui, partout dans le monde, au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande, au Canada, aux États-Unis, les organisations présentent les mêmes conclusions : le glyphosate n’est probablement pas cancérigène », conclut-il.

Le poids de l’Allemagne

Selon les règles européennes, une minorité de blocage doit être constituée de plus de 45 % des États membres ou d’un groupe d’au moins quatre pays représentant au moins 35 % de la population de l’UE.

La France, ouvertement opposée à la réautorisation du glyphosate, doit donc gagner le soutien d’un autre grand pays et de plusieurs petits si elle veut obtenir gain de cause. Le choix de l’Allemagne est donc devenu décisif.

Paris tâte le terrain en vue du prochain vote sur le glyphosate

La France a envoyé des emails à plusieurs services diplomatiques à Bruxelles pour tenter de savoir quelle position ils adopteraient lors du prochain vote sur la prolongation de l’autorisation du glyphosate.

Suite aux récentes élections, les partis allemands tentent actuellement de former un gouvernement de coalition. La formation prévue, alliant CDU, libéraux et Verts ne facilitera certainement pas le dossier du glyphosate.

C’est pourquoi, selon les informations obtenues par Euractiv, l’industrie espère qu’une décision sera prise avant la signature d’un accord de coalition. Monsanto et d’autres producteurs de pesticides au glyphosate sont à l’œuvre et ont déjà envoyé une lettre à la Commission, lui rappelant que l’échéance approche.

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Le refus de Monsanto de venir répondre aux questions des eurodéputés lui a couté son droit d’entrée au Parlement européen.

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