Pour le commissaire à la santé, le dossier glyphosate est clos

Vytenis Andriukaitis [European Parliament/Flickr]

Vivement critiqué par les socialistes européens sur la réautorisation du glyphosate, Vytenis Andriukaitis estime que les opinions politiques ne peuvent pas l’emporter sur le quasi-consensus scientifique.

Le 14 mai, la Commission européenne a décidé de rouvrir le débat sur le renouvèlement de l’autorisation de vente du glyphosate avec les États membres, en proposant un renouvèlement de dix ans.

La question des glyphosate n’est pas un « dossier de routine », a indiqué Anca Paduraru, porte-parole de l’exécutif sur les questions de santé, et cette proposition constitue donc un « point de départ » pour les discussions. La question de la durée du renouvèlement, par exemple, repose en réalité entre les mains du Conseil.

La proposition n’a pas tardé à déclencher des réactions des eurodéputés socialistes, qui trouvent que la Commission n’agit pas de manière transparente.

La nouvelle procédure d'autorisation du glyphosate démarre

Selon les eurodéputés socialistes français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella, la Commission européenne s’apprêterait à proposer au mois de juin un renouvellement d’autorisation du principe actif controversé du Roundup. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a conclu que les preuves scientifiques existantes ne permettaient pas de conclura au caractère cancérigène, mutagène ou dangereux pour la reproduction du pesticide. L’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, était déjà parvenue à la même conclusion.

Les instances de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont quant à elles divisées. En 2016, l’OMS a jugé que le glyphosate ne « posait probablement pas de risque cancérigène pour les humains exposés via leur nourriture », alors que son Centre international de recherche sur le cancer  (IARC) avait évalué la substance comme « probablement cancérigène » l’année précédente.

Transparence des recherches

Le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) du Parlement européen a publié un communiqué très critique sur la décision de la Commission, condamnant la réautorisation de vente du glyphosate pour dix ans. Son communiqué de presse dénonce le manque de transparence flagrant du processus de classification des produits chimiques.

Monsanto accusé de corruption scientifique pour sauver le glyphosate

Pour éviter l’interdiction du gyphosate en Europe, ses producteurs auraient financé la publication de fausses preuves scientifiques, dénonce un rapport.

« La classification du glyphosate, substance herbicide active la plus utilisée au monde, est largement fondée sur des preuves scientifiques non publiées, fournies par l’industrie ou par des revues supposément indépendantes, mais financées par l’industrie », soulignent les socialistes.

Eric Andrieu, porte-parole du groupe sur les questions agricoles, estime que la Commission doit revoir le dossier. « Si nous devons tenir compte des intérêts de l’agriculture, les révélations apportées par le scandale Monsanto et les contentieux en cours aux États-Unis changent la situation en ce qui concerne le glyphosate. Or, il faut éclaircir tout ceci avant qu’il puisse être question d’un renouvellement de l’autorisation de ce produit potentiellement carcinogène, susceptible d’affecter plus de 500 millions d’Européens », insiste-t-il.

Une opinion partagée par l’eurodéputé Verts Bart Staes, qui estime que l’EFSA doit absolument rendre ses recherches publiques, afin qu’elles puissent être examinées par tous.

« 182 études ont été utilisées pour convaincre le public que le glyphosate ne cause pas de cancer », explique-t-il. « Mais 82 de ces études ne sont pas disponibles au public et sont protégées par des entreprises et l’EFSA. Il s’agit de recherches menées par l’industrie elle-même sur la base de tests en laboratoires. »

Les Verts montent au front pour consulter les études sur le glyphosate

L’Organisation mondiale de la santé et l’Agence européenne de sécurité des aliments ont abouti à des conclusions différentes sur le glyphosate. Pour l’eurodéputé belge Bart Staes, l’agence européenne doit absolument publier ses recherches. Un article d’Euractiv Allemagne.

Étant donné des conclusions scientifiques contradictoires sur le sujet, Eric Andrieu indique que le groupe S&D n’approuve pas la décision de la Commission, qui « témoigne d’un manque total de respect des initiatives citoyennes européennes », instrument pourtant instauré pour renforcer la confiance des Européens dans leurs institutions. Une initiative citoyenne exigeant l’interdiction du glyphosate a en effet récolté par moins de 750 000 signatures.

Le S&D compte donc tenter de convaincre l’exécutif européen d’organiser une évaluation plus transparente. « Si la Commission européenne ne nous donne pas une réponse satisfaisante, les Socialistes & Démocrates demanderont la création d’une commission d’enquête parlementaire ou d’une commission spéciale », a annoncé Kathleen Van Brempt.

Où s’arrête la science et commence la politique ?

Contacté par Euractiv, Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, a souligné que la politique ne devrait pas dépasser la science. « Je dois être humble, je ne suis pas un spécialiste scientifique, mais il me semble que les opinions politiques ne peuvent pas peser plus lourdement que les opinions scientifiques largement partagées» , a-t-il déclaré.

L'interdiction du glyphosate, une décision légitime, mais non scientifique ?

Le débat sur la toxicité des pesticides est légitime, mais dépasse le domaine de la science, selon Bernhard Url, le directeur de l’agence européenne EFSA.

« En tant que docteur, je m’appuie sur la science. Je continuerai donc à fonder mes décisions sur la science et l’État de droit », a-t-il conclu.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a déclaré en novembre 2015 qu'il était peu probable que le glyphosate provoque le cancer chez les hommes et a proposé d'élever les plafonds du pesticide.

L’EFSA conseille les décideurs politiques européens, et ses conclusions étaient censées ouvrir la voie à un renouvèlement de l'autorisation du glyphosate par les 28 États membres. La molécule est entrée sur le marché en 1974. Elle est rapidement devenue le numéro 1 des ventes, notamment avec le Round Up du géant agrochimique américain Monsanto.

Les groupes environnementaux appellent à une interdiction de la substance depuis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l'OMS, a affirmé en mars 2015 que le glyphosate était un « cancérogène probable pour les humains ».

Selon un groupe d'action, 1,4 million de personnes ont signé une pétition appelant l'Union européenne à suspendre l'autorisation du glyphosate en attendant d'autres évaluations.

L’EFSA assure avoir mené une analyse approfondie et tenu compte des recherches du CIRC. L’agence a néanmoins conclu qu’il n’existait pas de risque cancérigène lié au glyphosate. Greenpeace parle pour sa part de mascarade.

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