Approbation du glyphosate : les parties concernées se disputent la vérité scientifique

Actuellement, l’utilisation du glyphosate est très répandue dans l’UE, la substance représentant un tiers du volume des herbicides vendus en Europe en 2017 selon une étude publiée en 2020. EPA-EFE/SASCHA STEINBACH [SASCHA STEINBACH/EPA-EFE]

Alors que l’UE envisage de renouveler l’autorisation du glyphosate, un herbicide controversé, l’industrie défend la procédure d’évaluation, tandis que les défenseurs de l’environnement la dénoncent car elle ne repose pas sur des « données scientifiques solides ».

Si le glyphosate en tant que substance active dans les produits phytopharmaceutiques est actuellement autorisé dans l’UE, l’approbation doit expirer en décembre 2022. Fin 2019, un processus de renouvellement a été lancé pour décider si l’approbation doit être prolongée.

Actuellement, l’utilisation du glyphosate est très répandue dans l’UE, la substance représentant un tiers du volume des herbicides vendus en Europe en 2017 selon une étude publiée en 2020.

La question du renouvellement reste très controversée, car les avis divergent quant à l’impact du glyphosate sur la santé et l’environnement.

Dans une évaluation de 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui fait partie de l’Organisation mondiale de la santé, a conclu que la substance était « probablement cancérogène » pour l’Homme.

Au cours de la précédente procédure d’approbation de l’UE, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont toutefois conclu qu’« il n’y a pas de preuve d’un lien entre le glyphosate et le cancer chez l’Homme, sur la base des informations disponibles ».

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a également approuvé la substance comme « peu susceptible de présenter un risque cancérogène pour l’Homme en cas d’exposition par voie alimentaire ».

L’EFSA et l’ECHA sont actuellememnt en train d’évaluer le renouvellement de leur approbation et ont conclu des consultations publiques parallèles sur la question le 22 novembre avec un total de 416 soumissions recueillies.

Les commentaires et les données soumis vont maintenant être examinés par le groupe d’évaluation ainsi que par le comité d’évaluation des risques de l’ECHA, a déclaré un porte-parole de l’EFSA à EURACTIV.

Une fois que le comité aura rendu son avis sur les risques sanitaires du glyphosate, celui-ci « sera utilisé par l’EFSA et les représentants des autorités compétentes des États membres de l’UE pour finaliser l’examen par les pairs de l’évaluation des risques des pesticides », ont-ils ajouté, précisant que cet examen devrait avoir lieu au cours du second semestre 2022.

Associations françaises et européennes demandent à la France de clarifier sa position sur le glyphosate

La Ligue contre le Cancer, l’Alliance européenne pour la Santé et l’Environnement et l’Association des Ligues européennes contre le Cancer demandent au gouvernement de préciser la position française par rapport aux risques du glyphosate pour la santé.

Réévaluation des risques pour la santé

L’industrie phytosanitaire souligne que de nombreuses données scientifiques ont été collectées et évaluées au fil des ans par les autorités de santé européennes, concluant à l’innocuité de l’herbicide.

« La communauté scientifique et le monde universitaire ont continué à faire des études pour examiner de nouveaux aspects qui n’étaient pas couverts dans les évaluations précédentes », a déclaré Viriginie Ducrot du Glyphosate Renewal Group (GRG).

Les défenseurs de la santé et de l’environnement ont toutefois critiqué la procédure d’évaluation. Le 13 octobre, dans une lettre ouverte envoyée à la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, 41 ONG ont exprimé « des inquiétudes (…) en particulier sur la crédibilité des études qui ont été fournies par l’industrie » pour justifier le renouvellement.

« Nous avons vu par le passé qu’il y avait beaucoup d’évaluations et de preuves scientifiques basées sur les données de l’industrie, alors que les résultats de cet examen n’étaient pas disponibles au public », a déclaré à EURACTIV Marco Contiero, responsable Agriculture chez Greenpeace, l’un des signataires de la lettre.

Du point de vue de M. Contiero, le processus d’évaluation ne prend pas non plus suffisamment en compte les éventuelles menaces pour la santé qui pourraient découler d’une exposition à long terme à de petites quantités de glyphosate, qui est « beaucoup plus complexe à évaluer » que la toxicité aiguë à court terme.

Dans sa réponse à la lettre de l’ONG, Mme Kyriakides a défendu le processus dans la mesure où toutes les informations disponibles sont prises en compte pour garantir une évaluation rigoureuse et scientifiquement fondée.

La Commission souligne que toutes les études sont prises en compte lors du processus de renouvellement, qu’elles soient anciennes ou nouvelles, invitant les ONG à faire part de leurs préoccupations dans le cadre du processus d’examen par les pairs.

Dans des circonstances exceptionnelles de graves controverses ou de résultats contradictoires, l’exécutif européen peut demander à l’EFSA de commander des études scientifiques dans le but de vérifier les preuves utilisées dans sa procédure d’évaluation des risques.

Mais étant donné que le processus d’examen par les pairs du glyphosate n’a commencé que récemment, « il semble prématuré de conclure à ce stade qu’il y a un besoin pour de telles études de vérification », lit-on dans la réponse de Mme Kyriakides.

Débat sur l’impact environnemental

Outre la question des risques pour la santé, l’impact — positif ou négatif — du glyphosate sur l’environnement et la biodiversité fait également l’objet de vifs débats.

Les partisans du renouvellement soutiennent que le glyphosate est essentiel pour la pratique de l’agriculture dite de conservation, une approche agricole censée protéger la biodiversité et la santé des sols en évitant le travail du sol.

« C’est important car la vie dans le sol forme généralement des couches stratifiées », a déclaré Simon Jeffery, professeur en écologie des sols à l’université Harper Adams, lors d’un récent débat EURACTIV. « Lorsque nous retournons ce sol par le biais du travail du sol, nous détruisons l’habitat de cette vie », a-t-il ajouté.

Selon lui, le glyphosate est « un outil clé dans la boîte à outils de l’agriculture de conservation. »

Glyphosate : 99 % des études scientifiques ont été exclues de l’expertise européenne, selon un rapport de Générations Futures

Dans un rapport publié ce mardi (16 novembre), l’association de défense de l’environnement soutient que le travail de réévaluation du glyphosate en vue de la ré-autorisation du pesticide au niveau européen l’année prochaine a été « gravement biaisé ».

Pour M. Contiero de Greenpeace, cependant, le glyphosate et les autres herbicides ne sont en aucun cas des outils efficaces pour une agriculture respectueuse de la biodiversité, ajoutant que la procédure d’évaluation en cours devrait accorder plus d’attention aux risques environnementaux du glyphosate.

Eric Gall, directeur adjoint du lobby de l’agriculture biologique IFOAM, a déclaré que des études avaient montré un impact plus important sur le climat des pratiques d’agriculture biologique, qui évitent les pesticides de synthèse.

« L’agriculture biologique est la preuve que vous pouvez effectivement produire des aliments de qualité sans pesticides de synthèse. Vous n’avez pas besoin de glyphosate pour atteindre un niveau plus élevé de carbone dans les sols », a-t-il conclu.

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