Faut-il crier au loup en Europe?

shutterstock_658146256 [Shutterstock]

Les loups ont fait leur grand retour en Europe grâce à des années de stricte protection. Tout le monde n’est cependant pas content et les politiques luttent pour trouver le bon équilibre entre la protection de la nature et l’aide aux éleveurs.

Le loup gris (Canis Lupus) était l’espèce la plus largement répandue dans l’hémisphère nord, du Canada à la Russie, et de la Suède à l’Arabie saoudite. Néanmoins, dans les années 1990, ce mammifère a quasiment disparu en Europe à cause de la chasse et de la disparition de leur habitat.

En 1992, la directive habitat de l’UE classait le loup en tant qu’espèce ayant besoin d’un niveau de protection élevé. Au bord de l’extinction en Europe, les loups gris ont réapparu grâce à une interdiction de chasser (sauf en cas d’attaque ou dans le cadre d’un système de quota très strict).

Depuis 2008, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estime que la population de loups gris est stable au niveau mondial. L’UICN publiera une nouvelle évaluation en mars de l’année prochaine, montrant encore une augmentation du nombre de loups en Europe.

Dans certaines régions d’Europe cependant (la Scandinavie, les Alpes françaises et italiennes, et les forêts entre la Pologne et l’Allemagne), l’espèce est encore vulnérable, assure Luigi Boitani, biologiste à l’université Sapienza de Rome et spécialiste des loups à l’IUCN.

Pour lui, le nombre importe peu. « Ce qui importe, c’est le conflit entre eux et les humains et les dégâts que cela cause. C’est la brebis que peut perdre un agriculteur. C’est politique. »

Politique des loups

Le 6 décembre, l’Italie a rejeté une stratégie nationale de gestion des loups, qui incluait des mesures préventives comme la présence de chiens de berger, l’installation de clôtures électriques ou d’abris pour la nuit pour les brebis.

La première version, qui comprenait une proposition controversée des régions alpines d’éliminer 5 % des loups en Italie, avait été suspendue pendant deux ans puis rejetée. Preuve de la division du pays en matière de politique des loups.

Le nombre de loups est estimé à 2 000 en Italie et le pays dépense chaque année environ 1,5 million d’euros de dédommagement.

En France, où 360 loups ont tué 10 000 brebis en 2016, selon l’Office national de la faune sauvage, 3,2 millions d’euros ont été dépensés en compensation. Mais dans le pays, l’abattage réglementé des loups est autorisé.

Quel avenir pour le loup en France en 2025-2030 ?

Alors que plus de 100 loups ont été abattu depuis leur retour en France, l’État s’essaie à la prospective sur l’avenir du carnivore à l’horizon 2025-2030. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Le plan de gestion français, élaboré par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, autorise l’élimination de 40 loups en 2018. Il propose aussi de verser des compensations à condition que les éleveurs adoptent des mesures préventives : chiens de berger, clôtures et bergers supplémentaires. Le gouvernement couvre les frais à hauteur de 80 %, les agriculteurs le reste.

Pour eux, ce n’est pas suffisant : « nous ne pouvons pas accepter de conditionner les dédommagements à ces mesures, car nous ne pouvons pas les mettre en œuvre partout. Cela signifie que l’on succombe au loup, et que l’on renonce à élever des bêtes dans des régions montagneuses, où c’est la seule activité possible », regrette Christine Valentin, de la chambre d’agriculture.

Les bergers français demandent l’autorisation de tirer sur les loups – pas seulement en cas d’attaques, mais sur des meutes de loups entières. « Ce sont des espèces protégées, il faut en avoir un certain nombre, mais elles n’ont pas besoin d’être partout », assure Christine Valentin.

Une balle dans le pied

Pourtant, tuer des loups peut s’avérer tout à fait contreproductif. Une étude publiée en 2014 aux États-Unis révèle qu’abattre des loups peut accroître le risque d’attaques futures du bétail.

L’auteur de l’étude pense que cela est dû à un changement dans la structure de la meute : les loups sont dirigés par un male et une femelle dominantes. Si l’un ou les deux sont tués, la meute se divise en plusieurs couples reproducteurs, ce qui débouche sur une population totale plus élevée.

Eugène Reinberger, de l’ONG Ferus, affirme que c’est ce qu’il se passe en France : le nombre d’abattages augmente, la taille des meutes diminue, mais la prédation se multiplie.

Commentant les résultats de cette étude, un porte-parole de la Commission a déclaré : « il est important de rappeler que les conflits associés à la protection des loups dans nos paysages européens dominés par l’homme ne peuvent pas être résolus seulement par l’abattage. »

L’exécutif rappelle toutefois que l’abattage reste une option « tant que ce n’est pas fait au détriment de la protection de l’espèce et seulement s’il n’y a pas d’alternative satisfaisante pour protéger la sécurité du public ou du bétail ».

La France veut relancer la chasse au loup

Année noire pour le loup : le plafond de 36 individus pouvant être abattus en 2015-16 est sur le point d’être franchi. Alors que le ministère de l’écologie envisage de le relever, les associations de défense du loup se rassemblent pour exprimer leur colère. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Ne pas crier au loup

Alors que la population de loup continue de croître et que les éleveurs redécouvrent cet ennemi primitif, les groupes de défense de l’environnement se rangent du côté des loups.

L’Alliance européenne pour la protection des loups, un groupe d’ONG espagnoles, françaises, portugaises et belges, s’est rendue à Bruxelles le 4 décembre pour convaincre la Commission de la nécessité de maintenir de hauts niveaux de protection pour ce prédateur, qui selon eux est blâmé et tué sans raison.

Au Royaume-Uni, où le loup a depuis longtemps disparu, 20 000 brebis et agneaux sont tués chaque année par des chiens errants – et c’est ce qui pourrait survenir dans d’autres pays, où la faute serait rejetée sur les loups.

En Espagne, où l’abattage est autorisé si les attaques sont récurrentes, la police environnementale a levé le voile en 2016 sur une fraude : avec la complicité des forestiers, des éleveurs ont indument réclamé 200 000 euros de compensation pour de fausses attaques de loups.

« Ils autorisent l’abattage de loups alors que le nombre d’attaques est faux, ce genre de situation ne devrait pas avoir lieu », commente Juan Luis García, responsable de l’opération de police. « Dans ce cas, le loup n’était pas coupable. Pas totalement innocent non plus, mais il semblerait que les statistiques en Espagne, comme dans le reste de l’Europe, ne sont pas tout à fait claires. »

Subscribe to our newsletters

Subscribe