Au Parlement européen, les Verts demandent un impôt sur les bénéfices exceptionnels pour soutenir les agriculteurs

Face à la vague de protestations d’agriculteurs en Europe et à l’approche des élections européennes, les Verts sont le dernier parti en date à se rapprocher du secteur agricole et à s’engager à défendre ses intérêts. [Shutterstock/Bilanol]

Les Verts/ALE ont exhorté la Commission européenne à prendre des mesures dans le secteur de l’agriculture, devenant ainsi le dernier parti en date à tenter de rallier le soutien des agriculteurs avant les élections européennes de juin. Parallèlement à cela, une nouvelle étude semble confirmer la montée des partis eurosceptiques dans les zones rurales.

Lundi (5 février), les Verts ont envoyé une lettre à la Commission européenne dans laquelle ils exposent leur vision et leurs exigences pour l’agriculture européenne. Un rapport du Comité des régions publié le même jour a confirmé la tendance des citoyens des zones rurales de l’UE à voter pour des partis eurosceptiques.

Face à la vague de protestations d’agriculteurs en Europe et à l’approche des élections européennes, plusieurs partis ont tenté d’attirer les votes des agriculteurs pour grossir leurs électorats. Les Verts sont le dernier parti en date à œuvrer en ce sens et à s’engager à défendre leurs intérêts.

En Europe, les agriculteurs s’invitent sur la scène politique et font pression sur les gouvernements

Un vent de protestation souffle parmi les agriculteurs d’Europe, qui descendent dans les rues de France, de Pologne ou encore d’Allemagne. Les gouvernements craignent que cette colère grandissante ne fasse l’objet d’une récupération politique de la part de l’extrême droite.

Depuis la victoire du Mouvement agriculteur-citoyen (BBB) aux élections locales néerlandaises de mars 2023, le Parti populaire européen (PPE) conservateur — le plus grand groupe politique du Parlement européen — s’est peu à peu présenté comme « le parti des agriculteurs ». Il a souvent pointé du doigt les politiques environnementales de l’UE, les accusant d’être à l’origine du mécontentement des agriculteurs.

Le parti a fait campagne contre des initiatives environnementales telles que la loi sur la restauration de la nature et l’objectif de réduction de moitié de l’utilisation des pesticides d’ici 2030, estimant qu’elles imposeraient une charge économique et administrative excessive aux agriculteurs.

D’autres partis politiques ont suivi la même voie au niveau national.

En France par exemple, le nouveau Premier ministre Gabriel Attal a rencontré des agriculteurs lors de l’une de ses premières réunions officielles avec les acteurs du secteur.

Dans leur lettre, les Verts ont également déclaré que l’assouplissement des règles environnementales n’était pas la voie à suivre et ont réaffirmé leur engagement à lutter contre le changement climatique et à protéger la biodiversité.

La FNSEA donne un mois au Premier ministre pour prendre des mesures au niveau européen

Alors que les manifestations d’agriculteurs prennent de l’ampleur en France, les représentants des syndicats agricoles ont demandé lundi soir (22 janvier) au Premier ministre de faire « bouger les lignes » à Bruxelles avant le Salon International de l’Agriculture qui aura lieu dans un mois.

Les propositions des Verts

« Le fond du problème est clair : la majorité des agriculteurs ne peuvent tout simplement pas vivre de leur travail », peut-on lire dans la lettre adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, aux vice-présidents Maroš Šefčovič et Margrethe Vestager, ainsi qu’au commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski.

Les écologistes demandent à l’exécutif de l’UE de prendre plusieurs mesures pour remédier aux déséquilibres de la chaîne alimentaire, comme l’introduction d’un impôt sur les bénéfices exceptionnels pour les produits agroalimentaires.

Parmi les autres mesures proposées, on retrouve le renforcement de la directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales, afin d’interdire la revente à perte et d’enquêter sur les oligopoles agroalimentaires.

Les Verts demandent également à l’exécutif européen d’interrompre les négociations sur l’accord de libre-échange UE-Mercosur, auquel les agriculteurs s’opposent depuis longtemps en affirmant qu’il les désavantagerait sur le plan de la concurrence.

« Egalim européen » : Emmanuel Macron veut s'attaquer aux centrales d'achats européennes

Le président de la République a annoncé à Bruxelles jeudi (1er février) qu’il voulait étendre la loi française visant à protéger les revenus des agriculteurs à l’ensemble de l’UE pour éviter les contournements par les centrales d’achats européennes. Reste toutefois à convaincre les autres États membres, en particulier l’Allemagne.

Les zones rurales négligées

Le rapport du Comité des régions confirme les craintes de voir les agriculteurs devenir un réservoir de voix important pour les partis d’extrême droite lors des prochaines élections, les résultats de celui-ci suggérant que le discours anti-européen bénéficie d’un soutien plus important dans les zones rurales.

Selon les auteurs de l’étude, cette tendance est plus marquée dans les États membres qui sont plus eurosceptiques dans l’ensemble, notamment la Hongrie, la Pologne et l’Italie. Toutefois, des tendances similaires ont été observées dans de nombreux autres pays de l’UE, tels que la France, l’Allemagne, la Slovaquie, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède.

« Certaines politiques de l’UE ont inévitablement un impact disproportionné sur les zones rurales », indique l’étude, ajoutant que cela donne aux autorités nationales l’occasion de rejeter la faute sur l’UE.

Ces conclusions ont été discutées lors d’une réunion de la commission des ressources naturelles (NAT) du Comité, lundi.

Isilda Gomes, présidente de la commission NAT, a appelé à une réforme de la politique de cohésion et de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE — les deux postes les plus importants du budget de l’Union — afin de remédier à « l’absence de services publics suffisants dans les zones rurales et isolées ».

Le rapport met en garde contre « les répercussions pour l’UE de la négligence des zones rurales », ajoutant que le vote eurosceptique aux niveaux local et régional peut bénéficier d’un soutien plus large.

Nicola Caputo, ministre de l’Agriculture de la région italienne de Campanie et rapporteur du Comité des régions pour un avis sur la gestion des risques dans l’agriculture adopté la semaine dernière, a déclaré à Euractiv que la perception de l’éloignement des zones rurales augmentait « le sentiment de l’inutilité [du] modèle de l’UE ».

« S’il n’est pas pris en compte, [ce sentiment] peut faire disparaître en un rien de temps la construction laborieuse du rêve d’une maison commune », a-t-il ajouté.

Manifestations d’agriculteurs : la colère agricole s’invite dans les discussions des dirigeants de l’UE

Après des semaines de mobilisation dans toute l’Europe, les protestations du secteur agricole se sont glissées jusque dans les conclusions du sommet du Conseil européen de jeudi (1er février), les dirigeants reconnaissant les « préoccupations exprimées par les agriculteurs ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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