Augmenter la production alimentaire de l’UE, une mesure de prudence selon le commissaire à l’Agriculture

Il est « simplement prudent de soutenir nos agriculteurs pour qu’ils produisent davantage de nourriture tant qu’ils le peuvent », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. [EPA-EFE]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Comment la guerre en Ukraine transforme la PAC.

Augmenter la production alimentaire en Europe est une priorité à la lumière de la guerre en Ukraine, selon le commissaire européen à l’Agriculture, qui a expliqué comment la Commission européenne encourage les États membres à atteindre cet objectif par le biais de la Politique agricole commune (PAC).

Dans son discours devant la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI), lundi 4 avril, le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski est resté fermement convaincu que l’Union européenne doit augmenter sa production alimentaire. Il a également rassuré les eurodéputés sur le fait que l’UE n’est pas confrontée à une menace pour sa sécurité alimentaire actuellement.

« Nous devons agir avec ces mesures à court terme pour répondre aux préoccupations de sécurité alimentaire et d’accessibilité financière dès maintenant », a-t-il déclaré, soulignant que « nous ne pouvons pas prédire comment les choses vont évoluer au cours de l’année ou dans un avenir proche ».

Il est « simplement prudent de soutenir nos agriculteurs pour qu’ils produisent davantage de nourriture tant qu’ils le peuvent », a-t-il ajouté.

La Commission réaffirme son engagement envers les objectifs écologiques de l’UE lors d’une réunion sur la sécurité alimentaire

La Commission européenne a réaffirmé sa volonté de poursuivre les objectifs de l’UE en matière d’alimentation durable en dépit des inquiétudes croissantes liées aux pénuries alimentaires provoquées par la guerre en Ukraine.

Pour aider les États membres à atteindre cet objectif, le commissaire a donné des précisions sur les actions envisagées par l’exécutif européen.

M. Wojciechowski a notamment appelé les États membres à tenir compte de leurs « nouveaux contextes géopolitiques » dans leurs plans stratégiques nationaux (PSN) élaborés dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). (Voir ci-dessous pour plus de détails sur ce sujet.)

La semaine dernière, la Commission a envoyé des lettres de recommandation aux 19 États membres qui ont soumis leurs plans dans les délais. Cette lettre met l’accent sur les forces et les faiblesses de chaque plan, suggérant des pistes d’amélioration.

Ces lettres encouragent également les États membres à réviser leurs plans afin de renforcer les éléments permettant de consolider la résilience et l’autonomie du secteur dans le contexte de la guerre en Ukraine.

« Ces plans étaient des plans [réalisés en] temps de paix. Et maintenant, c’est […] la guerre », a-t-il expliqué.

En tant que tels, ces plans devraient être adaptés pour mettre davantage l’accent sur la résilience des secteurs agricoles, a-t-il précisé.

« Nous attendons maintenant que les 19 États membres répondent à ces observations et soumettent une version révisée de leurs plans », a expliqué le commissaire.

Toutefois, ce que cela signifie en pratique est ouvert à l’interprétation des États membres, bien que la Commission ait précédemment avancé plusieurs suggestions, notamment l’augmentation de la production de biogaz.

PAC : les plans stratégiques nationaux ne seraient pas à la hauteur des ambitions environnementales de la Commission européenne

Les plans stratégiques nationaux laissent à désirer, estime le commissaire européen à l’Agriculture, qui a déclaré que la majorité d’entre eux ne sont pas à la hauteur des ambitions environnementales de l’exécutif européen.

L’exécutif européen espère également augmenter la production en assouplissant les règles relatives à plusieurs mesures environnementales comme, par exemple, en donnant une dérogation permettant aux agriculteurs de planter des cultures dans des zones d’intérêt écologique.

Selon le commissaire, il s’agit d’une « dérogation exceptionnelle et temporaire permettant la production de n’importe quelle culture sur des terres en jachère cette année, tout en maintenant intégralement les paiements directs verts pour les agriculteurs », a affirmé le commissaire.

Selon les dernières prévisions de la Commission en matière de commerce, ces nouvelles mesures devraient augmenter les terres utilisables pour la culture des céréales, ce qui aura un effet positif sur la production de cultures arables de l’UE.

Dans le même temps, certains États membres utilisent d’autres flexibilités pour modifier les exigences d’importation existantes relatives aux pesticides pour l’alimentation animale.

Cependant, certains eurodéputés ont exprimé leurs inquiétudes quant à ces projets, qui ont également suscité l’inquiétude des groupes de défense de l’environnement.

« Nous envisageons de mettre en jachère quatre millions d’hectares l’année prochaine. Est-ce vraiment quelque chose que nous devons faire ? », s’est interrogée l’eurodéputée de Christine Schneider (PPE), tandis que Luke Flanagan (la Gauche) a demandé une étude d’impact sur les effets d’une telle dérogation.

Répondant aux préoccupations, le commissaire européen a concédé que, en se projetant dans l’avenir, cela « pourrait ne pas être une solution ponctuelle uniquement applicable cette année » mais a souligné que la mesure est « évidemment nécessaire ».

« Je vais insister sur le fait qu’il s’agit d’une mesure extrêmement importante pour la sécurité », a-t-il maintenu, ajoutant que l’exécutif européen « gardera un œil sur la situation [et] qu’il pourrait y avoir de nouveaux besoins ».

Entre-temps, la Commission a déclenché pour la première fois son fonds de réserve pour la crise, en adoptant des mesures de soutien exceptionnelles d’un montant de 500 millions d’euros pour aider directement les agriculteurs les plus touchés par la hausse du coût des intrants et la fermeture des marchés d’exportation.

Les États membres peuvent, à titre exceptionnel, choisir de compléter cette aide communautaire jusqu’à 200 % par des fonds nationaux.

La Commission autorisera également les États membres à verser à l’avance des paiements directs plus importants au titre de la PAC afin de faire face aux problèmes de liquidités auxquels les agriculteurs sont confrontés.

Pour faire avancer les choses, M. Wojciechowski a exhorté les députés en charge de l’Agriculture à encourager leurs collègues de la commission des budgets du Parlement européen (BUDG) à approuver l’activation dès que possible afin que les États membres puissent commencer à bénéficier des mesures de soutien exceptionnelles.

Il a ajouté que l’exécutif européen « devra envisager de nouvelles approches » si la crise devait se prolonger.

Les plans stratégiques nationaux (PSN) sont l’une des principales nouveautés de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) qui couvrira la période 2023-2027.

Grâce à ces plans, les États membres de l’UE exposent en détail la manière dont ils comptent atteindre les neuf objectifs communautaires de la PAC réformée tout en répondant aux besoins des agriculteurs et des communautés rurales.

En d’autres termes : la Commission européenne définira l’orientation générale de la future PAC, mais la manière dont les objectifs seront atteints relèvera cette fois des gouvernements nationaux.

Les États membres avaient jusqu’à la fin de 2021 pour soumettre leurs PSN à l’approbation de la Commission, un processus qui est actuellement en cours, plusieurs États membres ayant rendu leurs PSN en retard.

Pour plus d’informations sur la réforme de la PAC, consultez les articles d’EURACTIV sur le sujet.

Subscribe to our newsletters

Subscribe