Bayer et Monsanto en passe de finaliser leur fusion

Après le feu vert du ministère américain de la Justice, Bayer est sur le point d’achever sa méga-fusion avec Monsanto, malgré les inquiétudes des observateurs et actionnaires.

Le ministère américain de la justice (DoJ) a approuvé le 29 mai la fusion de deux des plus grands conglomérats mondiaux de semences et de pesticides, Bayer AG et Monsanto, à condition de vendre certains de actifs à l’allemand BASF, une décision que l’entreprise a déjà annoncée.

Le même jour, la Commission européenne a approuvé BASF en tant qu’acheteur d’un large éventail d’activités, que Bayer s’est engagée à céder. La vente de ce paquet de 7,5 milliards d’euros à un acquéreur approprié était une condition préalable au feu vert de la Commission pour l’acquisition de Monsanto par Bayer le 21 mars.

L’éventail d’activité cédé à titre de mesure corrective comprend deux parties : la première comprend les activités de Bayer dans les domaines des semences, de certains pesticides et de l’agriculture numérique ; la seconde comprend les activités de Bayer dans le domaine des semences potagères. Bayer a proposé BASF comme acheteur des deux secteurs.

« La Commission a coopéré très étroitement avec un certain nombre d’autorités de la concurrence dans cette affaire, y compris avec le ministère américain de la justice », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.

Risques financiers

Cette décision montre que Bayer se rapproche de la ligne d’arrivée dans la course pour finaliser la fusion.

Outre la Commission européenne et le ministère américain de la Justice, le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud ont également donné leur feu vert. Le Canada et le Mexique n’ont pas encore approuvé – ni rejeté – la fusion, les annonces étant attendues pour le 14 juin.

Les marchés financiers ont accueilli favorablement la nouvelle. Des investisseurs institutionnels comme la Deutsche Bank a donné une recommandation d’achat à l’action Bayer à la suite de la décision du ministère américain de la Justice.

Pourtant, lors de l’assemblée des actionnaires de la société le 25 mai à Bonn, des actionnaires ont exprimé leurs préoccupations, soulignant les risques financiers liés à la transaction. Ils craignent surtout que la mauvaise réputation de Monsanto n’affecte l’entreprise allemande.

Ils ont également posé des questions sur les milliers de plaintes en cours contre Monsanto devant les tribunaux des États américains. Le nombre total de plaignants est estimé à environ 4 000. Le premier procès dans le litige Roundup est prévu pour le 18 juin 2018 devant la Cour supérieure du comté de San Francisco.

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Critiques en Allemagne et aux États-Unis

La décision du ministère américain de la justice a également suscité des critiques de la part des parties prenantes en Allemagne et aux États-Unis.

Ils ont fait valoir que la fusion augmenterait les niveaux déjà élevés de concentration sur les marchés des semences et des pesticides, à la suite des récentes unions de Dow et de DuPont (DowDuPont) et de l’acquisition par ChemChina du géant suisse Syngenta.

Cette concentration accrue signifierait davantage de brevets sur le vivant, une augmentation du prix des semences et une perte massive de variétés de semences.

« Cette terrible fusion aurait dû être rejetée », estime Andrew Kimbrell, directeur exécutif du Center for Food Safety, aux États-Unis. « Pour les agriculteurs, cela signifiera de nouvelles augmentations des prix des semences déjà en hausse vertigineuse et moins de semences a prix raisonnable, et pour le reste de la population, plus de pollution par les pesticides. »

« La fusion combine la plus grande entreprise de semences du monde, Monsanto, et le deuxième fournisseur de pesticides, Bayer. Les cessions ne feront pas grand-chose pour limiter la puissance de ce monstre, elles ne feront que créer un nouveau conglomérat de semences et de pesticides, BASF », renchérit-il.

« La fusion encouragera l’intensification de l’utilisation des pesticides de deux façons », explique pour sa part Bill Freese, analyste des politiques scientifiques au Center for Food Safety. « Nous assisterons probablement à une commercialisation accélérée d’OGM très résistants aux herbicides, ce qui favorisera l’utilisation accrue d’herbicides, l’évolution rapide des mauvaises herbes résistantes et des niveaux plus élevés de résidus d’herbicides dans les aliments. »

« La dérive des produits herbicides, qui endommage les cultures voisines constitue un autre danger », indique-t-il, notant que la dérive liée au système de culture Xtend de Monsanto, résistant au dicamba, a déjà causé des dommages sans précédent sur des millions d’hectares de soja et d’autres cultures l’an dernier.

« L’entreprise fusionnée élargirait probablement l’utilisation des traitements dangereux des semences à un plus grand nombre de cultures, ce qui augmenterait les dommages causés aux pollinisateurs et donnerait aux agriculteurs encore moins de choix de semences non traitées qu’à l’heure actuelle », dénonce-t-il.

Les observateurs allemands ne sont pas en reste. Bernd Schmitz, producteur laitier et agricole de Hennef et président régional du groupe de travail agriculteurs et agriculture du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, regrette l’approbation de la fusion.

« Bayer dépense des centaines de milliers d’euros pour des campagnes de marketing très médiatisées, grâce auxquelles le groupe veut nous tromper en assurant être du côté des agriculteurs et des apiculteurs. Le modèle d’affaires de Bayer contredit fondamentalement ce principe », martèle-t-il.

« Bayer et Monsanto génèrent des milliards de profits avec les néonicotinoïdes, le glyphosate et le génie génétique. Nous, agriculteurs et apiculteurs, nous comptons sur des semences qui ne passent pas par les multinationales et sur une agriculture plus verte à l’échelle nationale. Cela ne peut pas être fait avec Bayer-Monsanto », conclut le producteur.

Pour Annemarie Volling, du Réseau européen des scientifiques pour la responsabilité sociale et environnementale, Werner Baumann, PDG de Bayer, « essaye de rendre les nouvelles méthodes de génie génétique telles que CRISPR/Cas attractives pour la population et la politique en les présentant comme une ‘nouvelle’ solution miracle, alors qu’elle se base sur de vieilles conclusions ».

« Par-dessus tout, Bayer veut que les nouvelles technologies ne soient pas classées et réglementées comme du génie génétique. En échappant aux procédures d’approbation et d’étiquetage, les plantes à risque vont atterrir n’importe comment dans l’environnement et dans nos aliments. Il s’agit en réalité d’ingénierie génétique détournée, nous exigeons donc le renforcement du principe de précaution et de la liberté de choix pour les éleveurs, les agriculteurs et les consommateurs », insiste-t-elle dans un communiqué.

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