« Le vaccin contre la faim, c’est la nourriture »

Jusqu’à présent, l’exécutif européen n’a pas satisfait à ses obligations en tant que médiateur entre le Conseil de l’UE et le Parlement. A contrario, il a entravé le trilogue en abordant des éléments non approuvés à sa seule prérogative, d’après Mme Klöckner. [BMEL/photothek.de]

Lors de la conférence internationale des ministres de l’Agriculture organisée vendredi (22 janvier) à Berlin, les autorités présentes se sont entretenues afin de trouver des solutions face à la pandémie de Covid-19 et la catastrophe humanitaire entraînée. Il convient de redoubler d’efforts à l’échelle internationale pour lutter contre le changement climatique et la propagation de maladies animales. Un article d’Euractiv Allemagne.

76 ministres de l’Agriculture du monde entier ainsi que les représentants de 13 organisations internationales sont virtuellement rencontrés à Berlin lors de la conférence internationale des ministres de l’Agriculture organisée dans le cadre du Forum mondial pour l’alimentation et l’agriculture (GFFA). Le slogan de cette année : « Pandémies et Changement climatique : comment nourrir le monde ? ».

En qualité d’hôte, la ministre allemande de l’Agriculture Julia Klöckner (CDU) a annoncé les points clés de la conférence et en a également présenté les déclarations finales. Parmi celles-ci figurent en premier plan la pandémie et ses retombées sur le secteur agroalimentaire. Dans le monde, 130 millions de personnes supplémentaires souffrent de la faim en raison du nouveau coronavirus, a estimé la ministre. « Parallèlement, la Covid-19 nous permet de savoir où nous devons agir afin d’endiguer la faim dans le monde ». La disponibilité et l’accessibilité des denrées alimentaires doivent être garanties selon Mme Klöckner pour réduire le nombre de personnes souffrant de la faim.

Un partenariat UE-Afrique est nécessaire pour amorcer la transformation des systèmes alimentaires

Dans le sillage de la pandémie du nouveau coronavirus, la nécessité d’une coopération UE-Afrique est plus importante que jamais pour renforcer et transformer les systèmes alimentaires, mais il faut veiller à son équité, ont souligné les experts.

La pandémie de Covid-19 et l’approvisionnement alimentaire

« Le vaccin contre la faim, c’est la nourriture », a déclaré le directeur général du Programme alimentaire mondial des Nations Unies David Beasly, établissant un lien de corrélation entre la faim dans le monde, la raréfaction des ressources à l’échelle régionale et la pandémie de Covid-19. Ces propos reflètent ainsi le manque d’accès à la nourriture dans les régions du sud du globe.

Au début de la pandémie, alors que le monde tournait au ralenti, les inquiétudes liées à la pénurie alimentaire dans certaines parties du monde étaient grandes. En tout, 40 pays ne sont actuellement pas en mesure de garantir une production alimentaire suffisante pour leur population en raison du manque de surfaces agricoles sur leur territoire. C’est la raison pour laquelle le transport de marchandises est essentiel afin de lutter contre la faim dans le monde.

D’après Tobias Reichert, chargé de la politique agroalimentaire et du commerce mondial au sein du groupe de réflexion berlinois Germanwatch, les retombées de la pandémie sur les chaînes d’approvisionnement transfrontalières seront moins grandes que prévu. L’approvisionnement en nourriture risque d’être d’autant plus touché par la crise économique que traversent certains pays et l’impact sur les revenus des populations concernées. Dans un entretien avec Euractiv Allemagne, M. Reichert a appuyé que le transport de céréales par bateau pouvait continuer de façon ordinaire, empêchant ainsi toute situation critique.

Éviter les prochaines pandémies

Lors de la conférence, les ministres n’ont pas seulement abordé la pandémie actuelle, mais ils se sont également entretenus sur des mesures de prévention à prendre dans le but d’éviter qu’un tel phénomène ne se reproduise. Le ministère allemand de l’Environnement a indiqué que 70 % des agents infectieux de ces 30 dernières années étaient d’origine animale.

Les participants à la conférence se sont alors entendus sur une « One Health Approach » dans le cadre des déclarations finales. Il s’agit d’une stratégie multilatérale visant à améliorer la santé des humaines, des animaux, des végétaux et de l’environnement d’une manière générale. Voilà qui permettra de réduire le risque de zoonoses – des maladies animales transmises à l’homme – à l’avenir.

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Le changement climatique accroît la faim dans le monde

Le thème le plus important de la conférence était néanmoins le changement climatique anthropique et ses répercussions sur la production alimentaire mondiale. À cet effet, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a déclaré que le changement climatique constituait le défi le plus important dans la lutte contre la famine dans le monde. Il a donc annoncé la tenue d’un sommet des Nations Unies sur l’alimentation cette année, afin de décider de mesures concrètes.

Le commissaire européen chargé de l’Agriculture Janusz Wojciechowski a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts sur le plan agroalimentaire. « Il s’agit de problèmes à l’échelle mondiale, nous avons donc besoin de solutions à l’échelle mondiale », a indiqué le représentant polonais au fil de la conférence, exhortant ses homologues à lancer davantage d’actions en matière de durabilité. Les distances de transport pour les denrées doivent être réduites, de même qu’il est essentiel de mettre l’accent sur la production locale et la diversification alimentaire, afin d’endiguer les émissions de gaz à effet de serre de la filière agroalimentaire.

Parallèlement à la numérisation de l’agriculture, aux solutions innovantes et à la lutte contre le dépérissement des forêts, les déclarations finales de la conférence mettent en exergue l’agroforesterie comme méthode efficace pour réduire les émissions polluantes. Tobias Reichert a confirmé le potentiel de cette forme d’agriculture : « Dans beaucoup de pays méridionaux, l’agroforesterie est une pratique déjà bien plus répandue qu’en Europe ».

Les recommandations politiques ne mènent pas à des mesures concrètes

M. Reichert salue donc les objectifs fixés et les déclarations finales de la conférence. Toutefois, d’après lui, les recommandations politiques formulées au cours de ce type de sommet ne mènent généralement pas à des mesures concrètes sur le plan agroalimentaire. L’importance du climat et de la durabilité est fortement mise en avant, explique le membre de Germanwatch, mais dès que l’on analyse les stratégies de plus près, le constat reste toujours le même : « Il ne faut pas s’attendre à ce que beaucoup de changements s’opèrent ».

Cependant, l’annonce du sommet « 2021 UN Food Systems Summit » par António Guterres semble porteuse d’espoirs. Dans le cadre de telles réunions, les parties ont un niveau de pouvoir décisionnel très élevé.

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