Bien-être animal: transport en mer, voyage en enfer

Le transport des animaux en mer, un enfer selon les ONG de protection des animaux. [Animal Welfare Fundation/CIWF France]

Plusieurs millions d’ovins et de bovins sont embarqués chaque année sur des navires, dans des conditions de salubrité, de confort et de sécurité qui contreviennent à la réglementation européenne et au bien-être animal minimal. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

De France, d’Irlande, du Portugal, d’Espagne ou de Roumanie, ils sont quelque 3 millions à quitter l’Europe chaque année pour être tués ou engraissés en Turquie, au Moyen-Orient ou en Afrique du nord. Des régions que ces ovins et bovins n’atteignent qu’au prix d’un voyage souvent éprouvant, que deux ONG, Suisse Animal Welfare Foundation et Tierschutzbund Zürich, ont documenté à l’issue d’une enquête qui aura duré deux ans. Diffusées en France par Compassion In World Farming (CIWF), ces pratiques contreviennent tout à la fois aux besoins physiologiques, psychologiques des animaux qu’aux obligations règlementaires imposées par les textes européens et internationaux. «L’exportation d’animaux vivants est un commerce en forte croissance et pourtant peu réglementé et à peine contrôlé. Le tout au détriment des animaux et de l’environnement», dénonce l’ONG.

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Pas de vétérinaire à bord

Aucune statistique n’existe sur les animaux qui tombent malades ou périssent pendant les traversées. Les carcasses finissent à l’eau, tout signe d’identification arraché et la panse éventrée pour couler sans coup férir. Et les enquêteurs qui ont embarqué sur 9 navires bétaillères n’y ont jamais croisé de vétérinaire à bord. Pourtant, les conditions de traversée peuvent être incompatibles avec la bonne santé des bêtes: stress thermique (chaleur et froid), niveaux élevés d’ammoniac, stress, bruit et promiscuité pathogène sont le lot commun de ces traversées qui durent entre 5 et 8 jours. La conjonctivite infectieuse (maladie des yeux roses) est monnaie courante sur les navires, car les animaux sont dans l’incapacité à échapper à la ventilation élevée, qui soulève la poussière de leur nourriture.

Navires agréés sans ciller

En moyenne, les animaux sont transportés dans d’anciens ferries reconvertis en bétaillères, «de mauvaise conception et mal entretenus et présentent de nombreux risques pour la sécurité et le bien-être des animaux». Rampes de chargement et déchargement trop pentues, angles droits, éclairage inadéquat, ventilation et systèmes d’abreuvement défaillants, litière insuffisante ou de mauvaise qualité, enclos surchargés et manquant parfois de hauteur pour que les animaux puissent tenir leur tête droite… les exemples relevés sont légion, mais les interdictions inexistantes même en cas de violation manifeste.

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Qui contrôle l’état de santé des animaux avant l’embarquement, alors qu’ils ont souvent effectués un long périple par la route, comme le dénonce le collectif #StopTheTrucks? Qui inspecte les navires avant chargement? Ces interventions extérieures sont rares, et en tous cas insuffisantes, jugent les ONG. «Les horaires de travail des autorités compétentes et le manque de personnel vétérinaire dans les ports en sont responsables. Le manque d’organisation et de coordination entre les autorités compétentes et les exportateurs sont à déplorer.» Un état de fait toléré par les États membres, au mépris du règlement de 2005 relatif au bien-être des animaux pendant le transport. Sans compter les disparités d’un État à l’autre: «Il est ridicule que dans certains pays membres la procédure d’autorisation dure quelques heures et coûte 7€ alors que dans d’autres elle dure trois jours et coûte des milliers d’euros.»

Imposer un plan en cas d’urgence à bord

CIWF a interpellé Stéphane Travert, pour lui demander assurer le respect de la règlementation européenne en matière de temps de transport, d’agréments des navires, d’opérations de chargement et de déchargement. Elle demande également que soit transposé dans la législation française le document de réseau sur les navires de transport de bétail, et que soit garantie l’existence de plans pour les situations d’urgence (pannes mécaniques des navires, retards pendant le chargement ou le déchargement, conditions météorologiques difficiles, animaux malades ou blessés, abattages d’urgence ou euthanasie des animaux dans les ports et l’évacuation des carcasses, etc.). Elle souhaite également que l’État exige que les maladies, les blessures, les naissances et décès à bord des navires soient déclarés, comme le fait la règlementation irlandaise et que des systèmes de contrôles soient mis en place pour assurer le respect de la protection des animaux jusqu’au lieu de destination dans les pays hors de l’Union.

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