Bilan européen en demi-teinte sur les nitrates

Les algues vertes, une invasion liée à l'agriculture intensive. [Yann Mousseaux/Flickr]

Alors que l’Europe publie son rapport sur l’évolution de la protection des eaux contre la pollution causée par les nitrates agricoles, les Côtes d’Armor continuent de batailler contre les algues vertes. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

9,2 kilotonnes de fumier animal azoté ont été épandues entre 2012 et 2014 dans les champs européens. Avec quels effets sur les masses d’eau européennes ? C’est l’objet du rapport publié par la Commission, qui décrit l’évolution entre 2012 et 2015 de la protection des eaux contre la pollution causée par les nitrates issus de sources agricoles.

En dépit «des efforts inégaux» déployés dans la surveillance de l’eau par les États membres, ainsi qu’un nombre «élevé» de nouvelles stations peu ou pas suivies à travers l’Union, la situation s’est légèrement améliorée. 34 901 stations d’eau souterraine font l’objet d’un suivi, un chiffre stable, quand le nombre de stations d’eau de surface bondit (+23%), avec 33 042 points.

Le bio sonnera-t-elle le glas des algues vertes de la Lieue de Grève, où sont ramassés chaque année entre 19 000 et 24 000 m3 d’algues vertes pour une facture pouvant aller jusqu’à 700 000 €? Alors que les taux de nitrates dans les cinq cours d’eau du Trégor sont passés de 30 à 23 mg/l d’eau, les autorités espèrent passer sous la barre des 20 mg/l avant la fin de l’année. Au menu du 2ème plan de lutte signé fin avril entre les agriculteurs, l’État et l’agglomération Lannion Trégor, le passage de 12 à 20 du nombre d’exploitations en bio.

Améliorations légères

13,2% des stations d’eaux souterraines (contre 14,4% pour la période précédente) dépassaient 50 mg de nitrates par litre et 5,7% (contre 5,9%) étaient entre 40 et 50 mg / l. Une «légère amélioration» concède donc la Commission, mais très disparate, avec par exemple l’Irlande, la Finlande et la Suède qui ne comptent aucune station en dépassement, quand Malte, l’Allemagne et l’Espagne sont dans le rouge dans respectivement 71%, 28% et 21,5% des cas.

Pour les eaux de surface, 64,3% étaient en dessous de 10 mg de nitrate par litre, tandis que 2% présentaient des concentrations comprises entre 40 et 50 mg par litre et 1,8% dépassaient 50 mg par litre, sur la base des moyennes annuelles de toutes les stations de surveillance signalées. «C’est une amélioration» -très légère toutefois- a également commenté la Commission.

Nitrates: les bonnes intentions de la France ont convaincu Bruxelles

Le nouveau programme d’action national contre la pollution par les nitrates a obtenu le feu vert de la Commission européenne, ce qui ouvre la sortie du contentieux européen. Sans garantir pour autant une baisse des concentrations dans les eaux de surface et souterraines. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Plus de zones sensibles

La superficie des zones désignées comme vulnérables aux nitrates a sensiblement augmenté, passant de 1 951 898 km2 en 2012 à 2 175 861 km2 en 2015 (et des lacunes existent encore, pointe la Commission), ce qui signifie qu’environ 61% de la surface agricole européenne est soumise à des obligations d’atteinte d’une fertilisation équilibrée.

Le commissaire européen à l’environnement a d’ailleurs enfoncé le clou, en déclarant que les agriculteurs devaient «trouver les moyens pour gérer le cycle des nutriments de manière plus durable».

Le contexte semble favorable, puisque la pression de l’élevage a tendance à décroître par rapport à 2010, avec une baisse de 3,6% du nombre de bêtes à l’échelle européenne (avec toutefois de grandes disparités d’un État à l’autre).

Plans d’action ciblés

La plupart des États membres ont maintenant adopté ou révisé leur programme d’action; certains sont même allés plus loin en définissant les montants autorisés pour les applications de phosphore, qui peuvent être extrêmement importantes pour surmonter et prévenir l’eutrophisation.

«La définition des normes d’application d’engrais qui assure une fertilisation équilibrée reste l’une des mesures les plus importantes et les plus difficiles», souligne la Commission. Des actions ciblées en fonction des territoires et de la pression qui s’y exerce, sont par ailleurs plus efficaces qu’une application sans nuance au plan national.

Manque de données

«Aucune conclusion ne peut être tirée concernant évolution de l’état trophique en raison du manque de données et des différences de méthodologies d’évaluation de l’eutrophisation appliquées par les États membres», déplore la Commission, qui considère que l’utilisation d’une méthodologie commune pour évaluer l’eutrophisation est nécessaire pour une application plus harmonisée de la législation sur l’eau.

D’autres défis attendent le monde agricole: la prise en compte correcte de tous les apports d’éléments nutritifs, y compris ceux provenant d’autres sources que les engrais minéraux et le fumier tels que les engrais, la récupération d’eau de pluie, l’irrigation, le digestat et les nutriments déjà disponibles dans le sol.

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