Alors que l’UE s’apprête à prolonger la libéralisation du commerce avec l’Ukraine, Budapest a annoncé jeudi (11 avril) qu’elle renforcerait les contrôles sur l’importation des produits agricoles — quelle que soit leur origine — pour lesquels elle a unilatéralement interdit les importations en provenance d’Ukraine en 2023.
Budapest a annoncé qu’elle établirait une obligation de déclaration pour les entreprises hongroises qui importent des produits agricoles. En effet, les importations de ces produits en provenance de Kiev ont été interdites en 2023, notamment certaines céréales, graines oléagineuses, œufs et volailles.
Le ministre de l’Agriculture, István Nagy, a présenté cette mesure lors d’une conférence de presse jeudi.
Cette disposition fait partie d’un paquet gouvernemental en cinq points visant à répondre aux préoccupations des agriculteurs, qui comprend également une augmentation des subventions au diesel agricole.
La décision intervient alors que le Parlement européen et le Conseil de l’UE sont parvenus avec difficulté à un accord prolongeant les avantages commerciaux de l’Ukraine jusqu’en juin 2025.
« Bruxelles et la Commission européenne ont trahi les agriculteurs européens et soutiennent au contraire les oligarques ukrainiens », a déclaré M. Nagy, cité par les médias hongrois.
La Hongrie, la Pologne et la Slovaquie ont introduit des interdictions unilatérales sur les importations agricoles ukrainiennes en septembre 2023 afin d’endiguer une hausse des importations depuis Kiev après que l’UE a levé les restrictions commerciales suite à l’invasion russe.
Selon M. Nagy, l’octroi d’avantages commerciaux à l’Ukraine a entraîné « une offre excédentaire importante et des prix considérablement bas » sur le marché agroalimentaire de l’UE.
Les mesures unilatérales sont toujours en vigueur dans les trois États membres, voisins du pays en guerre, et ont été contestées à plusieurs reprises par la Commission européenne, qui a dénoncé une violation des règles commerciales de l’UE.
Un désaccord de longue date
Jeudi, M. Nagy a annoncé que les entreprises opérant en Hongrie et traitant des importations interdites devraient notifier l’Agence hongroise nationale de Sécurité de la Chaîne alimentaire (NEBIH) afin de prouver que leurs produits ne proviennent pas d’Ukraine.
Le ministre a précisé que la notification devait être effectuée par voie électronique par l’entité qui vend le produit ou organise le transport.
Le gouvernement hongrois, dont les relations étroites avec le Kremlin sont depuis longtemps source d’inquiétude à Bruxelles, a été l’un des opposants les plus virulents à la libéralisation du commerce avec Kiev.
Bien que l’exécutif de l’UE n’ait pas pris de mesures juridiques à ce jour pour forcer les trois États membres à lever leurs interdictions unilatérales sur certaines importations ukrainiennes, M. Nagy a indiqué que Budapest s’y attendait, mais ne ferait pas marche arrière.
Craintes de contournement
La démarche de la Hongrie intervient après que des agriculteurs polonais ont pris des mesures à la frontière avec la Lituanie le mois dernier pour s’assurer que les importations ukrainiennes n’atteignent pas leur territoire via le pays balte.
Les manifestants ont soutenu que les céréales ukrainiennes étaient envoyées en Lituanie, puis transportées en Pologne en tant que produits européens, et ils ont bloqué la frontière pendant près d’une semaine le 23 février.
Les agriculteurs polonais ont été au premier plan du conflit sur les importations ukrainiennes, et les tensions entre Varsovie et Kiev ont augmenté en février lorsque les manifestants polonais ont organisé des barrages et déversé des céréales ukrainiennes à leur frontière commune.



