La noix de cajou, une garantie pour l’avenir en Tanzanie

La pome de cajou pourrait être réutilisée après l'extraction de l'amande. [ANEK SANGKAMANEE/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’agriculture au cœur de l’émergence africaine.

Les noix de cajou sont censées rendre heureux et renforcer le cœur. Cela explique leur succès auprès des Européens, qui ignorent cependant souvent d’où vient ce « superaliment ». Un article d’Euractiv Allemagne.

La demande en noix de cajou, « superaliment » à la mode, est en train d’augmenter de manière spectaculaire. À tel point que ce que produit l’Inde, premier producteur mondial, ne suffit plus. De nombreux pays, notamment en Afrique, se sont donc lancés dans la course au cajou, dans l’espoir de s’assurer une bonne position sur le marché mondial.

C’est le cas de la Tanzanie, où Yusuf explique que son grand-père parvenait à nourrir sa propre famille et celle de son frère grâce à la récolte annuelle de noix de cajou à Tandahimba, dans la région de Mtwara, à la frontière sud du pays avec le Mozambique.

C’était les années 1970, une époque où la Tanzanie était le premier exportateur mondial de la précieuse noix. Depuis, tout a changé.

Aujourd’hui, la Tanzanie connait l’une des croissances économiques les plus vives du continent africain et du monde. Le PIB a plus que triplé depuis 2010. Un taux de croissance dont les agriculteurs comme Yusuf ne peuvent que rêver.

Depuis l’âge d’or des années 1970, le manque d’accès aux marchés, à la formation, aux financements et à l’innovation a continuellement aggravé la situation des cultivateurs de cajou. La désertification et le changement climatique s’ajoutent à présent à leurs difficultés. La plus grande partie du kilo de noix de cajou que consomme en moyenne chaque Européen provient donc actuellement d’Inde.

Après la récolte, les amandes, la partie comestible du fruit, sont séparées de leur coque et exposées au soleil plusieurs jours pour les faire sécher.

Il y a cinq ans, Yusuf a cependant décidé de se remettre au cajou. Il a repris les terres et les arbres de son grand-père et a appris tout ce qu’il devait savoir sur la culture des anacardiers. Si les noix de cajou sont chères, c’est notamment parce qu’on ne récolte qu’une amande par pomme de cajou et que la récolte et le traitement des fruits sont fastidieux.

« Il faut jusqu’à cinq ans pour qu’un anacardier se mette à produire des pommes », explique Yusuf. « Pour une qualité maximale, les arbres doivent être taillés régulièrement. »

Selon les normes européennes, les noix produites à Tandahimba sont parmi les meilleures de Tanzanie. Le district produit pas moins de 70 000 tonnes de noix par an et est devenu la capitale tanzanienne du cajou.

Quand les amandes ont séché, il faut rompre et enlever leur peau, qui contient une huile toxique. C’est en les grillant que l’on permet cette séparation.

Selon les statistiques de la FAO, la Tanzanie est à nouveau le premier producteur africain de noix de cajou. En 2016, le pays était le 6e producteur mondial.

Le gouvernement compte s’appuyer à long terme sur les exportations de cajous. Rien que l’an dernier, la production de 265 000 tonnes de noix représentait entre 10 et 15 % des recettes en devises du pays.

Les agriculteurs bénéficient de 65 % de la taxe d’exportation. Le reste vient garnir les coffres d’un fonds étatique du cajou.

Dans le cadre du budget national, il a été proposé de modifier la loi pour augmenter la part de ce fonds. Une proposition à laquelle s’opposent les élus des régions de Mtwara et Lindi, comme Ahmad Katani.

« Les cultivateurs de ces régions ont besoin de chaque centime qui leur revient », insiste-t-il. « Les revenus de la culture de la noix de cajou sont la principale source de revenus de nombre d’entre eux. »

Après le rôtissage, un contrôle de qualité est effectué dans une usine de traitement des noix de cajou.

Afin de garantir les recettes actuelles, mais aussi de les augmenter à l’avenir, certains proposent de mettre en place une structure d’impôt favorable aux transformateurs locaux. À ce jour, seuls 10 % de la production africaine sont traités au sein du pays d’origine des noix.

Même en Tanzanie, la commercialisation des noix de cajou non traitées et qui seront transformées à l’étranger est largement absorbée par les acheteurs indiens. L’instauration d’un prélèvement fiscal sur les noix non traitées et d’une exonération pour les produits transformés pourrait soutenir l’industrie tanzanienne et rendre plus prévisibles les revenus de la récolte pour des agriculteurs comme Yusuf.

En outre, les pommes de cajou pourraient être mieux utilisées. Elles peuvent être transformées en boissons, en produits alimentaires tels que la farine de pomme ou en aliments pour le bétail.

Les petits agriculteurs comme Yusuf espèrent donc qu’à l’avenir davantage de fonds publics seront consacrés à l’aide aux producteurs et à la transformation de leurs produits, afin que la noix de cajou reste une source importante de revenus.

En swahili, kesho signifie « demain », explique Yusuf. « Pour moi, les noix de cajou sont l’avenir. »

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