« Célébrés » par le gouvernement, les agriculteurs français dénoncent le « malaise agricole »

Les agriculteurs de Coordination Rurale ont manifesté contre des "fermes qui ferment" à Paris jeudi (4 mars). [Ian Langsdon/epa]

Suicides, pauvreté, faillite : des agriculteurs ont manifesté jeudi (4 mars) à Paris pour dénoncer le « malaise agricole » alors que le ministre de l’Agriculture multiplie les messages pour « célébrer » celles et ceux qui nourrissent la France. Zoom sur un Salon de l’Agriculture pas comme les autres.

« Le Salon de l’Agriculture a toujours été une vitrine d’excellence mais on n’y parle de l’agriculture qu’à travers ces tracteurs flambants neufs, ces drones et toutes les innovations qui ne changeront rien aux vrais problèmes des agriculteurs. » Telle est la conviction de Bernard Lannes, président de la Coordination Rurale (CR), deuxième syndicat agricole de France qui a appelé les agriculteurs à gagner les rues de Paris ce jeudi.

« Le mal-être dans les campagnes ne doit plus être tabou », martèle-t-il. « Nous n’en pouvons plus des prix bas et de cette écologie bête et méchante qui impose des normes toujours plus contraignantes, tout en laissant rentrer sur notre territoire des produits qui sont très loin de les respecter ! »

Avec deux suicides d’agriculteurs par jour, de centaines de faillites par an, des revenus « parmi les plus bas de la société » et « des dettes exorbitantes qui s’accumulent », les agriculteurs seraient en proie à un « sentiment d’isolement grandissant » alors même que la pression sociétale sur eux se ferait « de plus en plus forte », selon un communiqué de la CR.

Néonicotinoïdes : la ré-autorisation d'insecticides "tueurs d'abeilles" au cœur des clivages

Les ministres de l’Agriculture et de l’Alimentation ainsi que de la Transition écologique ont à nouveau autorisé l’emploi de néonicotinoïdes dans la filière des betteraves. Une décision contestée qui soulève à nouveau la question des alternatives à ces produits dans le long terme. Décryptage.

La mobilisation est intervenue alors que devrait se tenir à l’heure actuelle le Salon de l’Agriculture à Paris. Plus grand évènement agricole de l’année en temps normal, il aurait dû avoir lieu du 27 février au 7 mars cette année mais a été annulé en raison de la pandémie du coronavirus.

« La plus grande ferme de France manque à toute une profession ainsi qu’à des millions de Français », a fait savoir le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation dans un communiqué cette semaine. Raison pour laquelle il a annoncé une série de dispositifs « accessibles à tous » pour « inviter l’agriculture dans [nos] salons », « valoriser les agricultures » et « célébrer les femmes et les hommes qui la font ».

Au menu, notamment, l’exposition Portraits d’agricultrices et d’agriculteurs, installée sur les grilles du Palais Bourbon à Paris mais aussi accessible virtuellement. Autre dispositif de ce Salon alternatif et virtuel, une campagne menée par le ministère pour la nouvelle plateforme fraisetlocal.fr, lancée le 12 janvier 2021 et qui doit permettre de « faciliter la recherche de produits frais et locaux » et « renforcer la visibilité des producteurs de proximité ».

Mais alors que le ministre de l’Agriculture  Julien Denormandie multiplie ces derniers jours les déplacements sur le terrain pour « aller à la rencontre de ceux qui nous nourrissent », chantant les louanges des agriculteurs et appelant à leur soutien au nom de la souveraineté alimentaire française, le « malaise agricole », visiblement, perdure.

Accord UE-Mercosur : la France veut des garanties « concrètes » et « vérifiables »

De « simples engagements politiques » ne suffiront pas à ratifier l’accord mixte entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, a déclaré Franck Riester le 2 mars, lors du Conseil informel des affaires étrangères en format commerce.

Dans une action « genou à terre », les 70 agriculteurs de la CR qui se sont réunis à Paris hier ont tenu à rappeler que dans la profession, nombreux sont ceux qui ne « voient pas le bout du tunnel », selon un article dans Capital.

Devant l’urgence climatique et la demande croissante des consommateurs pour des produits plus écoresponsables, l’agriculture est sommée à se verdir. En même temps, les éleveurs français craignent les répercussions de l’accord UE-Mercosur. Vivement contesté en France, cet accord pourrait ouvrir la vanne à l’importation massive de viande bovine du Brésil – où les normes sanitaires et environnementales sont moins élevées que pour les producteurs français.

D’autre part, négociations commerciales annuelles – lors desquelles les producteurs et la grande distribution française fixent les prix des produits agricoles – se sont une fois de plus enlisées cette année. Les agriculteurs contestent une « déflation en cascade » qui continuerait à les appauvrir alors même qu’ils s’étaient avérés essentiels pour nourrir la population française pendant la pandémie.

Auditionné par la Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi Climat et Résilience mercredi (3 mars), Julien Denormandie a appelé à faire « cesser cette guerre des prix qui tire tout le monde vers le bas ». Il a également rappelé que « la création de valeur environnementale doit être associé à la création de valeur pour l’agriculteur ». Des chantiers ambitieux, donc, mais évidemment loin d’être accomplis.

La "guerre des prix" entre producteurs et grande distribution se poursuit

Les négociations annuelles entre la grande distribution et ses fournisseurs ont officiellement pris fin hier (1er mars). Mais la « guerre des prix » qui aura encore une fois attisée les tensions cette année est loin d’être terminée.

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