Céréales, réchauffement climatique, Ukraine : la France dévoile son plan de souveraineté et de résilience alimentaires

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Selon le ministre, le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité ou encore le non-renouvellement des générations d’agriculteurs imposent de mettre en place une stratégie française et européenne. Et ce, « au même titre que la sécurité ou la défense nationale », comme l’avait annoncé le Premier ministre Gabriel Attal le 21 février dernier. EPA-EFE/TERESA SUAREZ / POOL

La France se prépare à reconquérir sa souveraineté alimentaire ainsi que celle de l’Europe, à travers des plans de souveraineté et de résilience, a assuré le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau devant la Commission de la défense nationale de l’Assemblée nationale.

« L’erreur collective européenne est d’avoir désarmé le continent sur la question de la souveraineté alimentaire », alors que les Américains et même les Chinois se préparent depuis toujours, a reconnu le ministre Marc Fesneau devant les députés de la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale mardi 5 mars.

Alors que la souveraineté alimentaire est désormais au cœur de la stratégie française, le ministre a évoqué les lacunes qui doivent être comblées. Parmi elles, la dépendance aux importations dans de nombreuses filières telles que l’alimentation animale – largement importée du Brésil -, les fruits, les légumes ou encore la volaille.

Selon Marc Fesneau, le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité ou encore le non-renouvellement des générations d’agriculteurs imposent de mettre en place une stratégie française et européenne. Et ce, « au même titre que la sécurité ou la défense nationale », comme l’avait annoncé le Premier ministre Gabriel Attal le 21 février dernier.

Blé dur et réchauffement climatique

Dans ce cadre, Marc Fesneau a annoncé plusieurs plans de souveraineté, notamment sur les engrais. La dépendance de l’Europe envers la Russie sur les engrais minéraux est un « sujet stratégique » a insisté le ministre. Ces engrais étant constitués de gaz fossile en grande partie, il s’agira notamment de glisser de l’azote minéral vers l’azote organique.

« Il va falloir qu’on accepte d’implanter sur notre territoire des usines qui produisent des engrais azotés », a-t-il également prévenu, faisant référence à l’hostilité grandissante des riverains pour ce type de production industrielle.

Pendant le Salon de l’Agriculture, la France a également lancé un plan de reconquête de la souveraineté sur le blé dur.

Si la France reste le deuxième producteur européen derrière l’Italie, elle doit également exporter une grande partie de sa production vers l’UE et les pays tiers.

Attaqué sur ces exportations par les députés RN (extrême droite) et LFI (extrême gauche) qui y voient une contradiction avec le principe de souveraineté, le ministre a rappelé que peu de pays produisent cette céréale à la base de l’alimentation de nombreuses populations (pâtes, semoule…), notamment dans les pays du pourtour méditerranéen.

De la souveraineté énergétique à alimentaire : Agnès Pannier-Runacher rejoint le ministère de l'Agriculture

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« Nous avons des terres, un climat tempéré et des agriculteurs qui font cela depuis des siècles […] Nous sommes capables de produire pour ces pays », assume le ministre, pour qui la souveraineté consiste aussi à assurer la stabilité des approvisionnements pour les pays tiers.

D’autant plus que, selon lui, le réchauffement climatique va aggraver cette dépendance. « La baisse des rendements est devant nous […] Il y a des choses qui ne poussent plus à 40 degrés », insiste Marc Fesneau, prenant le cas de l’Égypte qui ne peut pas subvenir aux besoins de sa population en céréales à cause de la désertification.

D’un montant de 43 millions d’euros sur cinq ans, ce plan blé dur a tout de même pour objectif de satisfaire 45 % des besoins nationaux à l’horizon 2033 (au lieu de 35 % actuellement). Ces financements sont destinés à la recherche de variétés résistantes au changement climatique – notamment avec les nouvelles techniques génomiques (NGT) – et à la reconquête des parts de marché dans le monde, notamment pour contrer la Russie.

« L’année dernière, à cause des inondations en Italie et de la sécheresse en Espagne, l’UE a importé 40 millions de tonnes de céréales d’Ukraine et de Russie », déplore M. Fesneau.

Ukraine et résilience

La question russo-ukrainienne est un point fondamental de la reconquête de la souveraineté, a martelé le ministre.

Alors que Vladimir Poutine a bloqué les exportations ukrainiennes par la mer Noire, avant de rouvrir les ports, l’UE a mis en place des corridors de solidarité terrestres pour stocker et faire transiter les céréales. Mais ces produits très compétitifs restent trop souvent sur le continent et perturbent le marché européen.

À cela s’ajoute la « stratégie offensive de saturation » des marchés ukrainiens par la Russie – en Afrique notamment. Le ministre français appelle donc l’Europe à favoriser le plus possible les couloirs commerciaux pour faciliter l’exportation de céréales ukrainienne en dehors de l’UE.

Il accuse aussi la PAC de manquer de stratégie. L’alimentation étant devenue une arme, l’UE doit « sortir de sa naïveté » consistant à sacrifier la production agricole dans les négociations commerciales.

Alors que l’UE semble prête à engager des procédures d’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne, il faut par exemple une « stratégie claire » sur cette question. L’Ukraine a une « agriculture très compétitive » – coûts de production plus faibles – « sur un sol très compétitif » – les fameuses terres noires extrêmement riches.

« On a le Brésil à nos portes », avertit le ministre. Une stratégie de souveraineté consiste à ne pas laisser rentrer dans l’UE des produits qui ne respectent pas ses standards, sur le plan environnemental et même sur le modèle d’exploitations agricoles.

Il n’est « pas question », selon lui, que des fermes de 10 000 à 40 000 hectares touchent les aides de la PAC « dans les conditions qu’on connaît » aujourd’hui. Néanmoins, le pays doit être « un allié dans la bataille mondiale sur alimentation ».

À plus long terme, la France entend se pencher sérieusement sur un plan de résilience, afin de surmonter les crises d’ordre climatique, sanitaire ou géopolitique qui peuvent mettre en péril la chaîne alimentaire.

Il s’agira de sécuriser les engrais, les semences – dont la France est leader mondial -, ou encore l’accès à l’eau.

Marc Fesneau admet que le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, dont les travaux sur la résilience ont commencé pendant la crise du covid, « est peu rompu à l’exercice ». « C’est normal, nous avons vécu 80 ans sans penser aux ruptures de la chaine alimentaire, nous avons besoin de penser un modèle de résilience ».

Tout cela prendra du temps, avoue M. Fesneau. « La souveraineté c’est long à reconquérir ».

Le concept de souveraineté alimentaire au cœur d’une guerre idéologique et politique

Alors que le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé vouloir intégrer la souveraineté alimentaire dans la loi française, les opposants dénoncent un dévoiement de ce concept ancien, issu des mouvements paysans. Pouvoir exportateur pour les uns, autosuffisance alimentaire pour les autres : tout le monde défend le terme mais personne ne s’entend sur la définition.

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