Les producteurs français de céréales demandent à l’UE de mettre en place des clauses de sauvegarde pour protéger la filière des importations ukrainiennes en Europe, à l’instar de ce qui a été fait pour la volaille et le sucre. Ils appellent la France à peser « de tout son poids » lors des prochains rendez-vous européens.
« Nous devons être solidaires avec l’Ukraine, mais après deux ans d’efforts, nous ne pouvons plus en supporter les conséquences seuls », alertent les syndicats de céréaliers français (AGPB et l’AGPM), mercredi 14 février dans un communiqué.
Alors que la Commission européenne vient d’accorder des clauses de sauvegarde pour limiter les importations ukrainiennes de volaille et de sucre en Europe et protéger les filières, les céréaliers réclament le même traitement.
Depuis juin 2022, Bruxelles a levé toute restriction – droit de douane et quotas – sur les importations de produits agricoles ukrainiens pour l’aider dans son effort de guerre. L’UE a ainsi fait rentrer 20 millions de tonnes de céréales ukrainiennes entre 2022 et 2023, soit deux fois plus qu’avant la guerre.
En France, si les importations de céréales restent relatives, elles ont tout de même atteint 13 000 tonnes en 2022-2023, contre moins de 1 000 en temps normal.
Pour les céréaliers français, il s’agit d’« une distorsion de marché insoutenable ». « Les coûts de production sont près de deux fois moins élevés et les exigences environnementales « moins-disantes », ajoutent-ils.
Ces revendications sont portées depuis plusieurs mois déjà par les pays voisins de l’Ukraine. En conflit avec Bruxelles depuis plusieurs mois, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie ont mis en place des restrictions unilatéralement. Dernièrement, les agriculteurs polonais et roumains ont bloqué eux-mêmes les frontières pour empêcher l’entrée de céréales dans leur pays.
En début de semaine, les représentants d’organisations agricoles de tous les pays d’Europe Centrale et de l’Est se sont réunis en Pologne pour alerter la Commission sur leur situation « désespérée », et menacent l’UE de nouvelles actions frontalières si aucune mesure n’étaient prises.
Volumes d’importations d’avant-guerre
Comme la Bulgarie récemment, la France demande donc a minima « une clause de sauvegarde automatique », au même titre que la volaille, le sucre et les œufs.
Bien que la Commission européenne considère que la concurrence de produits ukrainiens n’a pas encore eu « d’effet négatif sur la totalité du marché européen », elle a dernièrement concédé la mise en place de « frein d’urgence », et un rétablissement des droits de douane pour ces trois produits « sensibles » en cas d’importations supérieures au niveau moyen des années 2022 et 2023.
Une procédure autorisée dans le cadre des mesures commerciales autonomes (MTA) avec l’Ukraine qui courent jusqu’en 2025.
En plus d’inclure les céréales dans ces produits sensibles, les producteurs français demandent de prendre en compte « les volumes d’importations d’avant-guerre », c’est-à-dire avant 2022.
Cette revendication arrive à un moment où le prix des céréales s’effondre, du fait de la concurrence intense – entre l’UE, la Russie, la Chine – et de l’abondance des récoltes. Jeudi matin (15 février), le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau recevait l’interprofession pour régler un autre problème : l’acheminement des céréales par la Seine, compromis pendant les Jeux-Olympiques.
Dans ce contexte tendu, les producteurs rappellent que les exploitants non-salariés ont perçu en 2023 un revenu inférieur au salaire minimum, dans « 60 à 65% d’exploitations de grandes cultures ».
Ils appellent ainsi à la France « à peser de tout son poids » lors des prochains rendez-vous européens. Un sujet qui devrait être à l’ordre du jour du Conseil des ministres européens de l’Agriculture le 26 février.




