Vers une politique alimentaire commune?

La dimension alimentaire n’est pas assez présente dans la PAC, qui se concentre plus sur la production que sur la consommation, selon IPES-Food. [Julia Sudnitskaya]

400 acteurs européens de l’agroalimentaire se sont rapprochés pour proposer une nouvelle architecture de gouvernance, dans l’espoir de créer une « politique alimentaire commune ».

« Une politique alimentaire commune pourrait entrainer une vraie transition vers des systèmes alimentaires durables, bien mieux que ne le pourrait le Politique agricole commune », estime Olivier De Schutter, coprésident du groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) et ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation.

IPES-Food a publié son rapport le 7 février. Le document a pour vocation de générer une nouvelle compréhension de ce qu’implique la production agricole dans le contexte du changement climatique, de la perte de biodiversité, de l’obésité croissante et d’exploitation durable, explique l’organisation.

Il se base sur les derniers conseils des organes scientifiques de l’UE et sur des idées de réformes entérinées par le Parlement européen, le Comité économique et social, le Comité des régions et de grandes coalitions de la société civile.

L’organisation a donc collaboré avec des agriculteurs, des entrepreneurs, des militants du secteur civil et des scientifiques, ainsi qu’avec des décideurs politiques. Le rapport est le résultat de trois années d’interactions entre ces acteurs.

Le 1e juin 2018, la Commission européenne a dévoilé sa proposition pour l’avenir de la Politique agricole commune (PAC). La PAC actuelle s’étend jusqu’en 2020. Agriculteurs et défenseurs de l’environnement ont réagi avec force aux coupes budgétaires, à la plus grande marge de manœuvre donnée aux États et au manque d’ambition sur les questions environnementales et climatiques de cette proposition.

La refonte de la PAC sous le feu des critiques

Avec un budget en baisse et une latitude plus grande donnée aux capitales, la nouvelle version de la politique agricole commune (PAC) a provoqué de vives réactions.

La publication du rapport coïncide avec une réunion de la commission parlementaire sur l’environnement, lors de laquelle les eurodéputés ont entendu deux spécialistes allemand et néerlandais présenter leur étude, « Analyse comparative des politiques agricoles dans le monde : leçons pour la future PAC ».

L’alimentation en premier plan

Le rapport part du constat que la dimension alimentaire n’est pas assez présente dans la PAC, qui se concentre plus sur la production que sur la consommation. Selon IPES-Food, cette situation entraine des conséquences négatives trop importantes sur les plans écologique, économique et social.

Le modèle agricole actuel promeut une production alimentaire très spécialisée, industrialisée, financiarisée, normalisée et concentrée sur l’exportation, estiment ses experts, qui ajoutent que ce modèle génère systématiquement des coûts cachés ou des effets externes non inclus dans les prix de vente, mais que les consommateurs payent quand même par d’autres voies.

Sauver la planète passe par notre assiette

L’alimentation est le meilleur levier pour améliorer la santé humaine et la durabilité de l’environnement, selon un groupe de scientifiques, qui estime qu’un bon régime alimentaire pourrait réduire de 20% la mortalité adulte dans le monde.

Pour que l’agriculture européenne soit à même de répondre aux défis écologiques, économiques et sociaux actuels, les institutions européennes doivent descendre de leur tour d’ivoire et changer radicalement leur stratégie de gouvernance, insiste l’organisation, qui pointe les contradictions auxquelles a mené le processus décisionnel en place.

« Nous avons d’ambitieuses stratégies anti-obésité, et en parallèle des politiques agroalimentaires qui rendent la malbouffe abondante et peu chère. Nous devons offrir des primes aux jeunes agriculteurs, parce que les subventions en place font grimper le prix des terres et entravent donc l’accès à la propriété. Et nous avons des normes environnementales strictes, mais les services d’aides qui permettraient aux agriculteurs de les appliquer sont sous-financés », regrette IPES-Food dans son rapport.

La politique alimentaire ne doit pas être une politique dictée par les élites, prévient l’organisation. « La vision à long terme de la Commission européenne pour l’application d’une stratégie de développement durable, discutée en ce moment, représente une nouvelle fenêtre d’opportunité. Le processus de réforme de la PAC en cours et la redéfinition des politiques de recherche et d’innovation sont autant d’occasions de mettre en œuvre une vraie réflexion sur un système alimentaire intégré et avancer vers une politique alimentaire commune », concluent ses spécialistes.

Une nouvelle CAP plus efficace et climato-compatible

La proposition de la Commission pour la Politique agricole commune post-2020 donne plus de flexibilité aux États membres dans l’application des règles et dans leur adaptation aux spécificités nationales.

 

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