Comment l’UE exporte sa crise du lait vers l’Afrique  

Les effets collatéraux de la politique agricole commune sur l’agriculture africaine inquiètent les eurodéputés. Les exportations de lait en poudre ont explosé ces dernières années, menaçant la filière africaine.

La Politique agricole commune ne rend pas service à tous les agriculteurs. Si les Européens bénéficient, de la politique de soutien mise en place par l’UE, les dommages collatéraux dans les pays en développement sont parfois bien réels.

A l’occasion d’une réunion commune des commissions développement et agriculture au Parlement européen, les eurodéputés ont auditionné plusieurs experts sur les effets de la PAC sur les pays en développement.

Un sujet sensible à l’heure où les législateurs européens travaillent à la réforme de la prochaine PAC pour 2020. « Nous souhaitons que la PAC tienne compte des besoins des pays en développement », a rappelé Gabriella Zoana,  présidente de la commission agriculture.

Selon les résultats d’une étude présentée par la chercheuse en économie de l’agriculture à l’Université technique de Madrid, Maria Blanco, « la PAC actuelle est davantage compatible avec les objectifs de développement ».

« La fin des subventions à l’exportation ou  la consolidation des paiements découplés ont  rendu la PAC plus compatible » a soutenu la chercheuse,  qui a cependant pointé du doigt « les soutiens couplés volontaires toujours octroyés par les États membres ».

Berlin veut écouler le lait européen en Afrique

Le ministre allemand de l’Agriculture veut accélérer les exportations de produits laitiers européens vers l’Afrique pour sortir le secteur de la crise. Les ONG dénoncent une approche dangereuse pour la filière laitière des pays en développement. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Ces aides qui peuvent être accordées à toute filière agricole  « en difficulté économique », représentent 10% des paiements directs totaux de la PAC, et peuvent engendrer des déséquilibres lourds de conséquences pour les pays en développement.

Le lait européen à l’export

La logique des aides européennes a particulièrement été pointée du doigt dans le cas de la filière laitière. « Il y a un véritable dumping du lait européen sur le marché africain » a dénoncé Adama Diallo, le président de l’Union nationale des mini-laiteries et Producteurs de Lait local au Burkina Faso (UMPL-B) .

Depuis la suppression des quotas laitiers, mais aussi dans la foulée de la baisse de  la consommation  de lait en Europe, la filière recherche de nouveaux débouchés, en Asie, mais aussi en Afrique.

Côté européen, la fin du régime des quotas 2015, a laissé chaque éleveur libre de fixer son niveau de production. Une liberté qui a entraîné une volatilité plus forte du marché et une concurrence plus dure. Mais aussi  des surplus de production, en dépit des mécanismes de soutien mis en place par Bruxelles.

Résultat, le lait européen se retrouve sous forme de poudre de lait à des prix défiant toute concurrence en Afrique. Un produit qui vient concurrencer directement la production locale. Depuis 2009, les exportation de poudre de lait écrémé été multipliée par 3, selon une étude publiée par Oxfam et SOS Faim.

 

« Qu’est-ce qui se passe en Afrique ? On exporte le lait en poudre sous lequel on croule en Europe et on tue l’agriculture locale ! » a dénoncé l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella.

« Notre vrai problème c’est le lait en poudre dégraissé, puis réengraissé à l’huile de palme, qui est beaucoup moins cher que le lait local et qui tue la production » explique Adama Diallo.  Les coûts d’approvisionnement en lait en poudre européen sont nettement moindres qu’en lait local, qui exige transport et traitement.

Accord de Partenariat économique

Entre 1996 et 2013, les importations ouest-africaines de lait n’ont cessé d’augmenter, passant de de 0,6 à 2,1 millions de tonnes équivalent lait. Et la dégradation de la balance commerciale pourrait encore s’accentuer, avec la mise en œuvre des Accords de Partenariat Economique (APE), a prévenu Adama Diallo.

Sur le volet commercial, ces accords négociés entre l’Union européenne et les différentes régions africaines prévoient une libéralisation des marchés africains contre un accès libre au marché européen.

Le partenariat économique entre l'UE et l'Afrique de l'Ouest se précise

L'UE et les pays d’Afrique occidentale ont finalement trouvé un compromis pour un accord de libre-échange et d'aide au développement après 10 ans d'atermoiements. En revanche, du côté de l'Afrique orientale et australe, les négociations s'enlisent.

Une fois en vigueur, l’accord conclu entre l’UE et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont fait partie le Burkina, devrait faire tomber les dernières barrières douanières qui protègent encore la production locale de lait.

« Aujourd’hui, les importations de lait européen sont seulement taxées à 5%.  S’ils venaient à voir le jour complètement les APE donneraient lieu à une taxation de 0% » amis en garde Adama Diallo.

Pour le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, les craintes concernant la fin des barrières douanières ne sont pas justifiées, puisque les gouvernements africains ont les mains libres pour instaurer des tarifs douaniers plus protecteurs sur certains produits.

« Le gouvernement du Burkina pourrait fixer un droit de douane qui pourrait permettre à sa filière lait de se développer », a expliqué le commissaire irlandais. «  Je comprends que certains États ne le fassent pas pour des raisons de sécurité alimentaires, mais ce n’est pas de la responsabilité de l’UE » a-t-il rappelé.

 

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