Commission et agriculteurs veulent croire au verdissement de la PAC

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La Commission et certaines associations professionnelles se disent optimistes sur le fait que la réforme de la politique agricole commune (PAC) puisse « verdir» l'agriculture.  Selon certains, la réforme pourrait même stimuler la demande et la production d'aliments naturels.

Entre 2014 et 2020, plus de 100 milliards d'euros seront investis pour permettre au secteur agricole de surmonter les défis en matière de qualité des sols et de l'eau, de biodiversité et de changement climatique. Quelque 30 % des paiements directs seront associés à trois pratiques agricoles, toutes respectueuses de l'environnement.

Les nouvelles mesures environnementales comprennent le maintien des prairies permanentes, la diversification des cultures et les zones d'intérêt écologique visant à préserver la biodiversité.

Au lieu d'obtenir un financement pour la production de certains aliments, les agriculteurs recevront les paiements s'ils mettent en place les mesures en question.

Les éleveurs de bétail qui mettent en œuvre les mesures de verdissement recevront le même financement qu'un producteur de soja ou de betteraves utilisant des pratiques similaires.

« Budgétairement, un tiers des paiements directs et un tiers des programmes de développement rural vont permettre d'investir dans la durabilité environnementale de l'agriculture européenne », a indiqué Dacian Ciolo?, le commissaire en charge de l'agriculture et du développement durable lors d'un discours au sein d'un groupe consultatif à Bruxelles.

« À l'échelle européenne, en mobilisant des millions d'agriculteurs, des mesures concrètes seront mises en œuvre pour lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité, améliorer la qualité des sols et de notre environnement en général », a-t-il ajouté.

Aliments naturels

Selon Bernard Deryckere, président de l'Association des producteurs européens d'aliments naturels à base de soja (ENSA), les organismes de surveillance devraient « rééquilibrer » leurs mécanismes de soutien pour les « aliments naturels », comme le soja. Il estime que ce type de produits est meilleur pour l'environnement que les aliments d'origine animale.

Le soja et les produits laitiers représentent respectivement 2 % et 15 % de l'industrie alimentaire. Leur financement se reflète largement sur la taille du marché. Bernard Deryckere aimerait que son industrie reçoive une partie de ces paiements pour ses substituts de lait.

« Nous ne sommes pas autorisés à l'appeler "lait de soja", même si c'est une autre solution au lait. Nous devons le qualifier de "boisson au soja". En d'autres termes, nous sommes actuellement dans le vide complet […] Dans certains pays, le lait est moins taxé que les aliments d'origine végétale et parfois nous sommes associés aux boissons sans alcool », ajoute-t-il.

À ses yeux, les aliments d'origine végétale doivent être produits pour nourrir les animaux, qui retournent ainsi dans la chaîne alimentaire. Ils ont donc des conséquences négatives moindres sur l'environnement. Selon des estimations, les pâturages et les cultures représentent respectivement deux tiers et un tiers des terres agricoles.

« Nous estimons que le soja et les aliments d'origine végétale peuvent être une solution étant donné qu'ils enregistrent de meilleurs scores que les produits d'origine animale en termes d'émissions de CO2, de l'utilisation des sols et des eaux », affirme le président de l'ENSA.

« Nous ne sommes pas opposés aux protéines animales. C’est juste une question de rééquilibrage de l'ensemble [du système] », ajoute-t-il.

Bœuf écolo

Les producteurs de bœuf et de lait estiment qu'ils peuvent respecter les objectifs environnementaux de l'UE pour le secteur agricole.

Le Scotland's Rural College (SRUC) a publié en août 2013 un rapport sur les conséquences d'une PAC plus verte sur les exploitations de bovins et d'ovins. Il en ressort qu'ils seront peu affectés par la réforme.

« La plupart des élevages bovins et ovins dépendent grandement des paiements de soutien agricole. Pour ces élevages, le passage […] à un paiement forfaitaire régional aura de plus grandes répercussions sur les bénéfices agricoles qu'une adoption des mesures de verdissement », selon le rapport.

En vertu de la réforme, les agriculteurs reçoivent des paiements par hectare au contraire de l'ancienne méthode qui se fondait sur les chiffres de production antérieurs.

Certains producteurs écossais de produits laitiers et éleveurs de bovins obtiennent de bons résultats selon la définition européenne de l'agriculture « verte ». Ils disposent en effet de vastes prairies entourées d'arbres.

« Les exploitations intensives de bœuf font figure d'exceptions : les paiements de base pour le verdissement de la PAC y ont un impact très légèrement négatif », indique le rapport.

Les exploitations intensives pourraient également recevoir des financements si elles appliquent d'autres mesures de verdissement.

Contexte

La politique agricole commune (PAC) est le système européen de paiements directs pour les agriculteurs et les subventions. Ce volet budgétaire coûte à chaque citoyen européen 30 cents par jour, selon la Commission européenne.

La PAC dispose d'un budget de 53 milliards d'euros par an, et est de fait le programme le plus coûteux de l'Union. Elle représente 37,8 % du budget 2014-2020, contre près de 71 % en 1984.

La majorité des dépenses de la PAC (plus de 70 %) consiste en des paiements directs aux agriculteurs, tandis qu’environ 20 % du budget porte sur des mesures de développement rural.  L'argent restant est distribué aux entreprises agroalimentaires sous la forme de subventions à l'exportation.

La réforme de la PAC met également l'accent sur les mesures environnementales, par l'attribution de 30 % des financements aux agriculteurs qui diversifient leur production, alternent leurs cultures ou maintiennent des pâturages permanents.

Prochaines étapes

  • 1er janvier 2014 :  la réforme de la PAC entre en vigueur
  • 2015 : mise en place de la PAC, à la suite d'un retard dans les négociations sur le budget de la PAC

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