La Commission veut restreindre les néonicotinoïdes

Les pesticides à base de néonicotinoïdes bientôt soumis à de nouvelles restrictions. [josé Fernandes/Flickr]

La Commission européenne projette de proposer davantage de restrictions sur l’utilisation des néonicotinoïdes. La lutte entre groupes de défense de l’environnement et producteurs de pesticides continue.

Les ONG de défense de l’environnement ont attaqué Syngenta, entreprise agrochimique et productrice de semences, qui ferait la promotion d’un modèle agricole « non durable » et contraire à la législation européenne.

Ces mêmes militants dénoncent également l’utilisation des néonicotinoïdes, un groupe de pesticides controversés, utilisé depuis les années 1990. Ces pesticides très courants contribuent à la destruction des abeilles et autres pollinisateurs.

Anca Paduraru, porte-parole de la Commission sur la santé et l’alimentation, a confirmé que la protection des abeilles était un sujet de biodiversité et d‘environnement important pour la Commission.

« Le collège des commissaires a discuté de la question le 29 mars et a décidé de continuer à agir dans l’intérêt des abeilles », explique-t-elle, ajoutant que de nouvelles restrictions étaient en préparation.

L’exécutif européen revoit en ce moment les restrictions d’utilisation de trois néonicotinoïdes (l’imidaclopride, la clothianidine et le thiametoxam). Les restrictions actuelles ont été mises en place en 2013, quand les substances ont été reconnues comme toxiques pour les abeilles et autres pollinisateurs.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) analyse à présent les nouvelles données collectées lors d’une consultation sur les restrictions. La consultation a rencontré un succès inattendu et a été étendue jusqu’au 30 novembre 2017, étant donné le volume de données à analyser et la complexité de la question.

Malgré les rumeurs qui ont circulé, les informations récoltées par Euractiv indiquent que la Commission ne semblerait cependant pas prête à imposer une interdiction totale sur les trois néonicotinoïdes.

L’UE se prépare à interdire les néonicotinoïdes

L’insecticide le plus utilisé au monde pourrait être bientôt interdit en Europe, selon un projet de réglementation de la Commission européenne auquel a eu accès notre partenaire, The Guardian.

Néonicotinoïdes et antibiotiques, même combat

Syngenta est le principal producteur de la substance thiamethoxam, un pesticide utilisé sur les semences avant la germination. « Il y a beaucoup de discussions portant sur des produits spécifiques, mais je pense qu’il est réellement important de faire un pas de côté et d’avoir une vraie discussion avec le gouvernement, les organisations non gouvernementales et des scientifiques sur ce qu’est une agriculture durable », a déclaré le président directeur général du groupe, Erik Fyrwald, qui insiste sur l’importance de mener un débat sur ce que la notion d’« agriculture durable » veut dire en termes de pesticides.

Pour lui, les pesticides aux néonicotinoïdes ne sont pas aussi dangereux qu’on le pense. « Nous ne voyons pas de déclin des colonies d’abeilles dans les endroits où le thiametoxam utilisé par rapport aux endroits où il ne l’est pas », assure-t-il, soulignant que l’impact de ces neurotoxiques sur la santé des colonies d’abeilles est « très mineur » par rapport à d’autres facteurs, comme le parasite varroa ou une mauvaise météo.

Erik Fyrwald rappelle également que son groupe a besoin d’abeilles pour produire des semences : « sans abeilles, notre entreprise n’existerait pas ». La société possède d’ailleurs 100 000 ruches, dont 10 000 en France. Son miel, coulé cette année dans la plaine de Versailles, est étiqueté Syngenta.

Les défenseurs de l’environnement contredisent cette version, estimant que les néonicotinoïdes devraient être purement et simplement interdits, étant donné la menace sérieuse qu’ils font peser sur la biodiversité.

La PAC laisse de côté les abeilles et les pollinisateurs

À l’occasion de la semaine de l’abeille, la question de l’inclusion des pollinisateurs dans la Politique Agricole Commune a été mise sur la table par les apiculteurs et les agriculteurs, qui estiment que des mesures spécifiques pourraient être mises en œuvre. 

Marco Contiero, directeur du département agriculture et nourriture chez Greenpeace, estime normal que Syngenta défende ses produits. « Ce que nous trouvons moins acceptable, c’est que ces produits soient présentés comme une solution durable », indique-t-il.

L’UE a adopté une directive sur l’utilisation durable des pesticides, dans le but de réduire au maximum les risques pour l’environnement et la santé. Le représentant de Greenpeace va cependant plus loin, estimant que le principe de base de la lutte intégrée, ensemble de méthodes agricoles satisfaisant les exigences à la fois écologiques, économiques et toxicologiques, est que l’intervention chimique ne soit utilisée qu’en dernier ressort.

Dans ce type d’agriculture, la priorité devrait être la prévention (le soin des exploitations, des sols et de la biodiversité), puis la recherche de variétés et plantes plus résistantes explique Marco Contiero. Viennent ensuite les pratiques qui renforcent les plantes et leur environnement, comme la rotation des cultures. Et finalement, les mesures non chimiques, comme les phéromones, qui influencent le système de reproduction des indésirables, empêchant leur multiplication.

« L’utilisation de pesticides ayant été reconnus comme sûrs n’a de sens que si aucune de ces approches ne fonctionne et qu’il reste encore une pression sur la culture », poursuit-il.

Greenpeace compare donc l’utilisation de néonicotinoïdes de manière préventive sur des millions de semences à l’administration d’antibiotique à tous les humains, malades ou non. « Si nous utilisons les pesticides chimiques comme mesure préventive, qu’il y ait ou non de maladie ou de nuisibles, nous ne sommes pas dans une pratique durable, et donc en contradiction avec la législation européenne », conclut-il.

Les néonicotinoïdes menacés par une interdiction totale en Europe

Objets d’un moratoire européen partiel depuis fin 2013, deux néonicotinoïdes ont reçu mi-novembre des avis défavorables de l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour les usages encore autorisés. Un article de notre partenaire le JDLE.

Lors d’un entretien avec l’AFP, Erik Fyrwald, de Syngenta, a assuré que la filière bio utilisait « plus de terre agricole, plus d’eau et émet plus de gaz à effet de serre par unité alimentaire » que l’agriculture conventionnelle, pour « moins de rendement ».

« Pourquoi les ONG ne regardent-elles pas les pesticides bio et ne décident-elles pas ceux qui sont bons et ceux qui sont mauvais ? », s’interroge-t-il. Il prend l’exemple du cuivre, largement utilisé dans le bio, et surtout les vignes, comme fongicide : « le cuivre est un métal lourd, on en met beaucoup dans le sol. Est-ce que c’est bon pour le sol? Est-ce que c’est bon pour le consommateur, pour l’agriculteur? Je ne sais pas, mais les régulateurs doivent examiner toutes les technologies proposées et décider lesquelles sont durables ».

Une sortie qui a fait des vagues parmi les producteurs bio, qui accusent l’entreprise suisse de soutenir un « modèle industriel obsolète fondé sur les intrants ». « Syngenta est dans le déni face à l’impact de ses pesticides sur la biodiversité et la santé des agriculteurs », a réagi Eric Gall, de la fédération internationale des mouvements du bio pour l’Europe (IFOAM UE).

Selon lui, il est injustifié de juger les systèmes agricoles sur la base des émissions de gaz à effet de serre par unité de production, parce que ce point de vue cache toutes les conséquences négatives de l’agriculture intensive sur les écosystèmes, les ressources naturelles (l’eau, les sols, la biodiversité, etc.) et la santé des agriculteurs.

« Dans un monde où 30 % de la nourriture est gaspillée, le grand enjeu agricole n’est pas de produire toujours plus, mais de réduire l’utilisation des intrants et l’impact général de la production alimentaire sur les ressources de la planète », insiste-t-il, ajoutant qu’un nombre croissant de consommateurs et de spécialistes appellent à une transition vers l’agroécologie, un système qui se fonde sur des connaissances précises plutôt que sur un volume d’intrants conséquent.

En ce qui concerne la sortie d’Erik Fyrwald sur le cuivre, il rappelle que les agriculteurs bio tentent de réduire son utilisation au maximum, mais surtout que ce produit est bien moins nocif que les centaines de substances chimiques de synthèse utilisées dans les vignobles conventionnels.

« Un pays comme la France déploie tous les ans environ 60 000 tonnes de pesticides, aux dépens de l’environnement et de la santé des agriculteurs. De nombreuses études font un lien entre l’utilisation des pesticides et toute une série de problèmes de santé, comme le cancer, la maladie de Parkinson et d’autres maladies chroniques », conclut-il.

 

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