La Commission tente de rassembler sur le glyphosate

Le glyphosate est l'herbicide le plus vendu au monde. [Mike Mozart/Flickr]

La Commission européenne tente de rassembler les États sur la réautorisation du glyphosate, l’herbicide le plus répandu dans le monde. Et ce malgré l’opposition de la France.

La France a récemment confirmé son opposition au glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde, notamment utilisé dans le Round Up de Monsanto. Après les réactions des agriculteurs français, qui s’inquiètent d’une interdiction immédiate et de l’absence d’alternatives bon marché et immédiates, Paris a toutefois indiqué qu’elle ne s’opposerait pas à une période de suppression progressive du produit de cinq ans.

Suite aux avis positifs, si contestés, rendus par l’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA), et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), la Commission avait proposé la réautorisation de la substance pour dix ans, étant donné l’opposition de certains pays.

La Copa-Cogeca, qui représente les agriculteurs européens, appelait quant à elle à une réautorisation de 15 ans, la procédure classique dans les cas similaires. L’exécutif européen estime cependant que sa proposition sur dix ans est un « point de départ » pour davantage de discussions.

Paris réaffirme son opposition au glyphosate

La France a réaffirmé son opposition au renouvellement de l’autorisation de vente du glyphosate proposé par Bruxelles. Mais agriculteurs et ONG dénoncent la « cacophonie » du gouvernement sur le sujet.

« La Commission a proposé de réautoriser le glyphosate pour dix ans. C’est une durée trop longue compte tenu des incertitudes qui subsistent sur ce produit et la France votera contre cette proposition, comme elle l’a clairement indiqué dès le mois de juillet », a déclaré le Premier ministre français, Édouard Philippe, le 25 septembre.

Après des déclarations contradictoires de plusieurs membres du gouvernement, le Premier ministre a également expliqué que le gouvernement avait demandé aux ministères de l‘Environnement et de l’Agriculture de présenter un programme de sortie du glyphosate « compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs », ce qui indique que Paris est ouverte à une élimination progressive.

La semaine dernière, la Commission avait par ailleurs souligné la possibilité d’intégrer une clause pour la biodiversité dans sa proposition de renouvèlement de l’autorisation de vente du pesticide, si les États membres le demandaient.

Les agriculteurs français s'opposent à Hulot sur le glyphosate

La volonté de Nicolas Hulot de s’opposer au renouvellement de la licence du glyphosate dans l’UE suscite une levée de boucliers chez les agriculteurs, qui jugent ce produit essentiel pour les cultures, mais aussi pour l’agroécologie, l’environnement et le climat.

Rencontre le 5 octobre

Euractiv a voulu savoir si une réduction de la durée de l’autorisation était envisageable pour l’exécutif. « La Commission travaille avec les États membres pour trouver une solution qui soit soutenue par le plus grand nombre de capitales possible, avec une protection adéquate de la santé humaine et de l’environnement, conformément à la législation européenne et aux données scientifiques disponibles », a répondu un porte-parole.

Celui-ci souligne également que la décision doit être prise dans les six mois suivant la réception de l’opinion de l’ECHA par la Commission, soit officiellement avant le 16 novembre, et certainement avant la fin de l’année. « Les 5 et 6 octobre, un nouveau cycle de discussion est prévu avec les représentants des États membres, dans le cadre du comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale.

L’Italie peu convaincue

Selon les informations obtenues par Euractiv, la France ne serait cependant pas le seul obstacle au glyphosate. Ainsi, l’Italie n’a pas encore pris de décision officielle, mais devrait s’abstenir, voire voter contre le renouvèlement.

Alors que la période électorale approche sur la péninsule, le Parti démocrate (PD), de centre gauche, s’inquiète de « pertes politiques non nécessaires » que pourrait engendrer un affrontement sur le glyphosate avec le Mouvement 5 étoiles (M5S), de Beppe Grillo. Étant donné l’importance qu’a prise la question de l’herbicide dans les médias nationaux, le mouvement ne raterait en effet pas cette occasion de s’attaquer publiquement au gouvernement.

La situation est plus complexe en Allemagne. Suite aux résultats des élections,les négociations de coalition devraient durer jusqu’à la fin de l’année. Certains observateurs estiment donc que Berlin devra s’abstenir, étant donné les grandes divergences d’opinion sur le sujet au sein de la coalition sortante.

Étant donné que son parti, le SPD, ne fera pas partie du prochain gouvernement, Barbara Hendricks, la ministre actuelle de l’Environnement, pourrait tenter le tout pour le tout pour éviter une approbation allemande à l’UE.

Il semblerait également que la Suède envisage de s’opposer au glyphosate, alors que le Luxembourg est dans une position comparable à celle de l’Allemagne, avec un désaccord profond entre les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement.

Lors du vote de l’année dernière, la Grèce faisait partie des pays qui s’étaient abstenus. Étant donné les liens forts qui unissent Athènes au gouvernement Macron, les Grecs ne devraient pas devenir le prochain champion du glyphosate non plus.

La France tente de trouver des alliés contre le glyphosate

Les Etats membres doivent décider début octobre du futur du RoundUp, et la France semble pour l’heure isolée dans son opposition.