L’UE a besoin « de plus et pas de moins » de produits en provenance d’Ukraine, selon les producteurs de denrées alimentaires utilisant du sucre, tels que Coca-Cola, Barilla et Lactalis — une déclaration en contradiction directe avec les demandes des producteurs de betteraves sucrières du bloc.
Suite à l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, l’UE avait décidé de mettre en place des « couloirs de solidarité » afin d’assurer les exportations de produits agricoles ukrainiens. Des produits qui ont ensuite inondé les marchés des pays voisins de l’Ukraine et ont fait chuter les prix et donc pénalisé les agriculteurs locaux.
Cette situation a entraîné des mouvements de protestation, notamment en Roumanie, où les agriculteurs et les transporteus ont bloqué temporairement la circulation à la frontière avec l’Ukraine.
Dans une déclaration, le Comité des utilisateurs européens (CIUS), une association représentant les utilisateurs de sucre du secteur de l’alimentation et des boissons, se dit « choqué par les appels au blocage des importations de sucre en provenance d’Ukraine ».
Cette déclaration intervient en réaction à l’appel des agriculteurs en faveur d’une limitation de l’afflux de produits de base en provenance d’Ukraine.
La Commission envisage de prolonger d’un an la libéralisation des importations de Kiev après son expiration le 5 juin 2024, selon des sources de l’UE. Les discussions sont en cours, et d’après les informations d’Euractiv, les points de vue du secteur de l’industrie et des agriculteurs divergent. L’objectif est toutefois d’adopter une proposition dans les plus brefs délais.
L’UE ne produit as assez de sucre, poursuit le CIUS, c’est pourquoi l’industrie a besoin de « plus de sucre en provenance d’Ukraine (et d’Europe et d’autres sources durables) — pas moins ! » et de « la certitude que l’Ukraine restera une source d’approvisionnement à long terme, étant donné que les sources alternatives sont très limitées ».
Selon les données de la Commission sur les marchés agricoles, les importations de sucre en provenance d’Ukraine ont augmenté de 40 172 tonnes en 20 212 022 à 406 777 tonnes en 2022-2023.
Cette situation a poussé les betteraviers européens à se joindre aux associations d’agriculteurs COPA et COGECA et à d’autres producteurs de denrées alimentaires pour demander au commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski de restreindre l’afflux de produits agricoles en provenance d’Ukraine.
Toutefois, les producteurs européens de produits de boulagerie, de chocolat, de confiserie, de boissons non alcoolisées, de fruits en conserve et de confitures estiment que l’augmentation des importations est nécessaire pour « réduire le déficit en sucre de l’UE » et « donner à l’industrie alimentaire de l’UE la capacité et la confiance nécessaires pour augmenter les exportations à forte valeur ajoutée, contribuant ainsi à la croissance économique de l’UE ».
Selon le dernier aperçu du marché de l’UE publié par la Commission, « le bilan mondial du sucre pour 2023-2024 devrait être déficitaire pour la quatrième année consécutive, en raison de la baisse de la production des principaux producteurs que sont l’Inde et la Thaïlande, principalement due à des conditions météorologiques défavorables causées par El Niño ».
La controverse sur la chaîne d’approvisionnement en sucre survient alors que la Commission s’efforce de trouver une solution équilibrée à l’afflux de produits alimentaires et de marchandises ukrainiennes sur le marché unique européen, qui entraîne une baisse de la rémunération des agriculteurs dans les pays voisins de l’Ukraine, à savoir la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la Roumanie, mais également la Bulgarie.
Lundi (15 janvier), le vice-président de la Commission chargé du Commerce, Valdis Dombrovskis, a rencontré les ministres polonais et s’est engagé à être « attentif aux préoccupations des agriculteurs polonais concernant les importations de produits agroalimentaires ukrainiens ».
Les agriculteurs polonais ont repris puis suspendu leurs blocages à la frontière avec l’Ukraine au début de l’année. En revanche, les agriculteurs roumains ont formé un front uni avec les chauffeurs routiers, reprenant ainsi le flambeau des protestations frontalières.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


