L’incompréhension des industriels persiste sur la question des nouveaux OGM

Dana Bolden,vice-président du département « agriculture » de DowDuPont. [Sarantis Michalopoulos]

La justice européenne a estimé que les organismes issus des nouvelles techniques de sélection des plantes étaient des OGM. Une décision qui provoque l’incompréhension chez les l’industriels du secteur.

Les clients de Dana Bolden, vice-président du département « agriculture » de DowDuPont, l’entreprise née de la fusion de Dow Chemical et DuPont, Corteva Agriscience, ne comprennent pas l’arrêt de la Cour de justice européenne (CJUE) jugeant que les organismes issus des nouvelles techniques de sélection des plantes tombent dans la catégorie des OGM.

« Si vous me demandiez de décrire la réaction à cette décision, surtout au sein de notre clientèle, je dirais ‘incompréhension’ et ‘frustration’ », assure-t-il.

« Les États membres pourraient encore trouver l’occasion d’approuver les technologies de modification génétique telles que CRISPR, parce que les agriculteurs disent en avoir besoin pour répondre à la demande des consommateurs pour des produits plus sains et plus durables », ajoute-t-il.

« La décision [de la Cour de justice] a lancé un dialogue dans le monde entier. Nous pensions que la communauté scientifique estimait qu’il n’y avait aucun problème », ajoute-t-il.

Washington tacle les règles de l’UE sur les nouveaux OGM

Le gouvernement américain a accusé le verdict de la justice européenne sur les nouveaux OGM de ne pas être fondé sur la science et d’entraver l’innovation.

Confusion dans les États membres

En juillet 2018, la CJUE a jugé que les organismes obtenus grâce aux nouvelles techniques de sélection des plantes (NTSP), via mutagenèse, sont des organismes génétiquement modifiés, et tombent donc sous le coup de la directive sur les OGM. Le terme NTSP décrit une série de méthodes d’amélioration des plantes, afin de favoriser des facteurs spécifiques, comme la résistance à certains nuisibles ou à des éléments comme une sécheresse.

L’industrie et les agriculteurs estiment que ce jugement est un coup dur pour l’innovation au sein de leur secteur et préviennent qu’il aura des conséquences à la fois économiques et commerciales.

De leur côté, les ONG de protection de l’environnement se sont réjouies d’un arrêt qui empêchera l’arrivée d’« OGM cachés » sur le marché européen.

« Nous sommes satisfaits du débat qui a été lancé autour de cette question », indique Dana Bolden, qui souligne que les États membres peuvent décider de manière individuelle de l’application de la technologie CRISPR, qui permet une modification relativement aisée au génome, même s’il regrette une certaine confusion au niveau national. « Les États ne savent pas ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire. »

« Nous rassemblons des scientifiques, chercheurs, défenseurs de l’environnement et consommateurs pour faire comprendre aux gens que ces techniques sont un processus complètement différent [de celui des OGM], puisqu’il n’y a pas d’introduction d’ADN étranger », insiste-t-il.

Potentiel en Asie

Le vice-président de Corteva explique que selon les données officielles, c’est l’Asie qui détient le plus grand potentiel agricole. Le continent devrait faire un saut de géant en la matière dans les trois ou cinq ans à venir, selon lui. « C’est probablement en Asie qu’il y a le plus d’occasions agricoles, en termes de potentiel, d’augmentation de la production, d’exploitation des sols et de rendement. »

« La Chine, par exemple, dépense des milliards dans ses infrastructures, ce qui permet aux agriculteurs d’avoir accès à des équipements plus efficaces et donc de vendre à un meilleur taux », poursuit-il. L’entreprise estime que les pays asiatiques pourraient tripler, voire quadrupler leur production dans les dix prochaines années.

Soin à la terre

Il écarte les critiques émanant notamment des spécialistes de l’environnement, selon lesquelles les agriculteurs ne se soucient pas de la santé de leurs sols. « Partout dans le monde, il y a cette idée complètement fausse que les exploitants ne prennent pas du tout soin de leurs terres. Allez parler aux agriculteurs, ils vous diront tout ce qu’ont fait les générations avant eux pour protéger la santé de leurs sols. Un agriculteur n’a aucun intérêt à se montrer irresponsable au niveau de l’environnement et de l’utilisation de ses produits », assure-t-il.

L'UE fait cavalier seul sur les nouveaux-OGM

La majorité des pays préfèrent garder les mains libres avec la technique des organismes modifiés par mutagenèse. L’UE fait figure d’exception en l’assimilant aux OGM classiques.

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