Le casse-tête de l’étiquetage volontaire du pays d’origine

L’étiquetage alimentaire est de plus en plus précis dans certains pays tels que l’Italie et la Grèce. [Shutterstock] [Shutterstock]

La formulation de la proposition législative sur l’indication d’origine des aliments sème la confusion. La Commission s’explique.

En janvier, la Commission européenne a soumis un projet de règlement sur l’étiquetage du pays d’origine sur les aliments afin d’obtenir l’avis des citoyens. Cependant, le titre de la consultation publique, qui faisait mention d’une indication « volontaire » du pays d’origine ou du lieu de provenance a semé une certaine confusion.

Le gouvernement canadien, par exemple, a déclaré qu’il était nécessaire d’obtenir davantage des éclaircissements sur la nature obligatoire ou volontaire du projet de la Commission. Le pays a également appelé l’exécutif à opter pour un étiquetage volontaire afin que les exploitants du secteur alimentaire aient le choix d’afficher cette mention ou non.

Un porte-parole de l’UE a déclaré qu’il était clair dans le texte que la mention serait obligatoire pour l’ingrédient principal si son origine était différente de celle du produit. Il a cependant insisté sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un projet de règlement.

Réagissant à cet article, le porte-parole a indiqué que le projet de la Commission impliquerait une indication d’origine volontaire. Toutefois, si le producteur choisit d’indiquer l’origine du produit et que son ingrédient principal vient d’un autre pays, cela devra obligatoirement être indiqué.

« Les exploitants du secteur alimentaire ont toujours la possibilité de divulguer la provenance de l’aliment. S’ils décident de la spécifier, ils devront obligatoirement étiqueter également l’origine de l’ingrédient principal si elle diffère du produit », explique-t-il.

Ingrédients principaux

La formulation d’indication d’origine est cependant également discutée.  La Commission estime ainsi que si le pays d’origine ou le lieu de provenance d’un ingrédient principal n’est pas le même que celui du produit alimentaire, celui-ci doit porter la mention « UE », « non-UE » ou « UE et non-UE ».

SAFE souligne cependant que si la distinction entre « UE » et « non-UE » est suffisante, la mention « UE et non-UE » est discutable si les proportions exactes du pourcentage « UE » « non-UE » ne sont pas indiquées.

Floriana Cimmarusti, secrétaire générale de SAFE, a également fait part de ses préoccupations à propos du règlement.

« Laisser la possibilité aux producteurs de déclarer que ‘cet ingrédient ne provient pas du pays identifié comme pays d’origine de l’aliment, sans préciser l’origine réelle dudit ingrédient, pourrait semer la confusion parmi les consommateurs », a déclaré Floriana Cimmarusti. « Cependant, le projet de règlement laisse aux exploitants le soin de décider du degré de précision géographique de l’origine de l’ingrédient principal. Ils ont donc la possibilité de ne pas divulguer cette provenance, ce qui risquerait de transmettre des informations partielles ou trompeuses ».

« Ce n’est pas toujours faisable et la mention ne renseigne que sur un niveau géographique plus élevé (‘UE’, ‘non-UE’ et ‘UE et non-UE’) », a estimé FoodDrinkEurope, l’association représentant les producteurs de boissons et d’aliments au niveau européen.

« En effet, pour certaines denrées (comme des produits en vrac qui sont commercialisés dans le monde entier et transformés par des processus de production en continu), la provenance de l’ingrédient principal change avec le temps, selon des facteurs tels que la disponibilité sur le marché, les saisons, la qualité, le prix, etc. Comme ils dépendent de facteurs extérieurs, ces changements ne peuvent pas être planifiés ». L’organisation ajoute que les matières premières de différentes provenances sont généralement mélangées de sorte qu’il serait extrêmement difficile de les classer en fonction de leur origine.

« Dans ces conditions, l’indication exacte de la proportion exacte d’ingrédients principaux d’un pays précis ne serait pas faisable et serait trop couteuse pour la plupart des sociétés (en particulier les PME) », ajoute-t-elle. « N’ayant pas la possibilité de le faire, les exploitants seraient forcés d’avoir recours à l’article du règlement d’application ([nom de l’ingrédient principal] provient/ne provient pas de [pays d’origine ou lieu de provenance de l’aliment] ou toute autre formulation similaire qui aurait le même sens pour le consommateur), qui est moins informatif pour les consommateurs. »

Un étiquetage alimentaire plus précis

L’étiquetage alimentaire est de plus en plus précis dans certains pays tels que l’Italie et la Grèce, qui soutiennent que les consommateurs ont le droit de connaitre l’origine des aliments qu’ils consomment.

En août dernier, l’Italie a ainsi décidé d’imposer un étiquetage obligatoire sur les emballages de pâtes et de riz indiquant les ingrédients principaux. L’origine du blé et du riz doit donc également apparaître sur les étiquettes.

L’industrie alimentaire a réagi vivement à cette décision et a appelé la Commission à annuler la mesure, estimant que celle-ci nuirait au marché unique européen.

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La décision de l’Italie d’imposer un étiquetage obligatoire sur les pâtes et le riz est contestée par l’industrie, qui a appelé la Commission à annuler la mesure.

La Grèce réfléchit également à adopter cette année des mesures similaires pour le lait.

Des consommateurs confus

Safe Food Advocacy Europe (SAFE), une organisation traitant des questions de sécurité alimentaire et de sécurité des consommateurs, a exprimé ses craintes quant à l’approche de la Commission concernant ce projet, estimant que les consommateurs seraient désorientés.

L’organisation affirme que « la nature volontaire » du texte de l’exécutif est contraire aux appels répétés du Parlement européen pour une obligation de l’étiquetage alimentaire, et qu’elle rend l’adoption du texte difficile dans le cadre législatif du règlement sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires.

Faisant référence au rapport du Bureau européen des consommateurs (BEUC), qui a révélé que les citoyens européens exigent des informations sur l’origine de plusieurs denrées, SAFE a déclaré que le projet de règlement de la Commission allait probablement décevoir les consommateurs car celui-ci pourrait déboucher sur des informations biaisées.

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