La pandémie de COVID-19, « la goutte d’eau » pour le secteur de la viande

Presque trois quarts des plus grandes entreprises de viande, de poisson et de produits laitiers au monde poseraient un risque pandémique « élevé » et ne pourraient prévenir l’apparition de nouvelles zoonoses, selon un rapport publié le 3 mai.

Le réseau international d’investisseurs FAIRR a analysé l’impact de la crise actuelle sur l’industrie des protéines animales, la capacité de résistance de celle-ci aux chocs potentiels et le rôle du secteur dans la propagation future de pandémies.

Le document conclut que le COVID-19 a mis le secteur en difficulté, et pourrait même être « la goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’industrie de la viande ». La crise sanitaire « démontre que l’élevage intensif des animaux risque sérieusement de créer et de propager une future pandémie », ajoute le rapport.

Les auteurs du rapport ont établi un « classement des pandémies » qui se base sur l’indice Coller-FAIRR des producteurs de protéines. Il a pour but d’évaluer la capacité d’adaptation de la chaîne alimentaire mondiale pour atténuer les conséquences de catastrophes futures et aider les investisseurs à prendre de bonnes décisions.

Ce classement définit sept critères jugés vitaux pour prévenir d’éventuelles pandémies déclenchées par des zoonoses. Ils portent notamment sur la sécurité des travailleurs et des aliments, la gestion de la déforestation et de la biodiversité, le bien-être des animaux et les antibiotiques administrés à ceux-ci.

L’étude, intitulée « une industrie infectée », met les investisseurs en garde sur l’industrie de la viande, qui sera soumise à une surveillance accrue et à une réglementation qui inclura probablement de nouveaux protocoles de biosécurité pour atténuer les épidémies.

« Un changement majeur et coordonné de la biosécurité, sur les plans de la formation, des mesures et du contrôle, s’avère nécessaire, en particulier sur les marchés émergents », indique le document. Les auteurs ajoutent que, sur la base des connaissances disponibles actuellement, « des modifications importantes de la réglementation et du marché » sont à prévoir.

Selon le rapport, le monde assiste actuellement à « l’ouverture d’une fenêtre politique inédite en réponse à la pandémie », tandis que les autorités examinent la meilleure façon de prévenir ou d’atténuer la prochaine crise. Des pourparlers ont déjà lieu à ce sujet en Europe et aux États-Unis, explique le document.

Cette fragilité apparente du secteur a poussé la banque d’investissement Goldman Sachs à placer le bétail en tête de liste des investissements risqués l’année prochaine, aux côtés du pétrole.

Depuis plusieurs semaines, le mode de fonctionnement du secteur de la viande suscite de plus en plus de critiques, entre autres après une série de contaminations dans des abattoirs aux États-Unis et, dans une moindre mesure, à cause de la paralysie de l’industrie européenne dans certaines régions.

Jeremy Coller, le fondateur de FAIRR et le directeur de l’entreprise d’investissement Coller Capital, affirme que l’élevage industriel est à la fois la victime et la cause des pandémies. « C’est un cycle d’autodestruction qui lui fait perdre de la valeur et met des vies en danger », juge-t-il.

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« Pour éviter une prochaine pandémie, l’industrie de la viande doit mettre fin au non-respect des normes de sécurité — tant pour les aliments que pour les travailleurs —, à la concentration des animaux [dans de petits espaces] et à la surutilisation des antibiotiques. Cela perturbera une chaîne d’approvisionnement qui commençait déjà à se rompre à cause de contraintes fondamentales liées à la terre, à l’eau et aux émissions », soutient Jeremy Coller.

L’eurodéputée Anja Hazekamp a partagé cet avis lors d’une conférence organisée le 2 juin par l’organisation Compassion in World Farming. « Cette pandémie montre, tout comme les épidémies précédentes, que le principal problème réside dans notre consommation d’animaux », indique la Néerlandaise, qui ajoute que la crise marque un « tournant » décisif.

Pendant la conférence, la commissaire européenne chargée de la sécurité alimentaire et de la santé, Stella Kyriakides, a déclaré qu’il fallait « faire davantage pour que nos systèmes deviennent plus résistants et que nos citoyens soient protégés ». Selon elle, les systèmes d’élevage hautement intensif posent des problèmes très préoccupants.

Paolo Patruno, le secrétaire général adjoint du Centre de liaison des industries transformatrices de viandes de la CEE (CLITRAVI), assure que « l’écrasante majorité des abattoirs de l’UE garantissent aux citoyens européens des aliments [produits] dans le plus grand respect de la santé et du bien-être des animaux, et qui appliquent des normes sanitaires élevées pour protéger la santé humaine ».

En ce qui concerne l’avenir de l’industrie, les recherches de FAIRR mettent en lumière les opportunités qu’offre le secteur des protéines alternatives, et notamment celui des protéines végétales, en pleine expansion.

« Alors que le COVID-19 continue de perturber la chaîne d’approvisionnement des protéines animales, de nombreuses alternatives végétales ont pu, pour la première fois, concurrencer celle-ci au niveau des prix », indique le rapport. D’après le document, les ventes de substituts de viande à base de plantes ont augmenté de 200 % cette année — la part de marché de l’entreprise Beyond Meat, en particulier, a progressé de plus de 80 %.

L’étude affirme que cette tendance se poursuivra sans doute, et que les détaillants et fabricants devront par conséquent investir davantage dans les protéines végétales pour minimiser les risques liés à la chaîne d’approvisionnement.

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