Les producteurs de lait tchèques réclament le retour des quotas

Trois ans après l'abolition des quotas laitiers, la surproduction tire les prix vers le bas. [Brenda Carson/Shutterstock]

Suppression des quotas de lait, sanctions contre la Russie et Brexit ont mis à mal le marché laitier en Europe. Des spécialistes tchèques préconisent le retour aux quotas. Un article d’Euractiv République tchèque.

Trois ans après la suppression des quotas de lait, le marché européen est confronté à une surproduction chronique, qui tire les prix vers le bas. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande ou encore l’Italie ont tous augmenté leur production depuis 2015, dans l’espoir de trouver de nouveaux marchés en Chine, en Russie et ailleurs dans le monde.

Pour différentes raisons, ces marchés à l’exportation ne se sont cependant pas matérialisés. Au sein de l’industrie agroalimentaire, des voix s’élèvent donc pour la réinstauration des quotas.

Miroslav Koberna, directeur de la Fédération des industries agroalimentaires de République tchèque, regrette la surproduction qui a découlé de l’abolition des quotas dans la plupart des pays de l’UE. « Cette situation met l’exportation et les prix sous pression. Elle est responsable de l’instabilité au niveau de la production primaire, à cause de la stagnation de la consommation dans l’UE. »

La fin des quotas laitiers dans l'UE divise le monde agricole

La suppression des quotas laitiers dans l’Union européenne, effective depuis le 1er avril, provoque des réactions contrastées chez les producteurs européens, certains y voyant une occasion en or de s’étendre, d’autres une menace pour leur survie.

Un marché sous surveillance européenne

Après l’abandon des quotas, un nouveau système a été mis en place pour superviser la production laitière. Les volumes de lait cru de vache de chaque pays européen sont contrôlés tous les mois.

Selon Miroslav Koberna, cela n’a pas changé grand-chose pour les producteurs. Ils sont confrontés à une charge administrative allégée. « Mais la croissance de la production sans vraies mesures favorisant l’exportation a mis une pression élevée sur les prix dans le marché tchèque et sur les importations. »

En République tchèque, le prix du lait est à peu près égal au coût de production, ce qui laisse des marges microscopiques pour les producteurs.

Entre 1984 et 2014, des quotas laitiers instaurés au niveau européen régulaient la production et stabilisaient les prix. La République tchèque a rejoint ce système en 2001. Elle n’a dépassé les quotas qu’une fois, entre 2005 et 2006. Durant cette période, 450 millions de litres de lait, soit environ un cinquième de la production nationale, ont été exportés depuis la République tchèque.

La menace russe

La fin des quotas n’est pas le seul facteur qui a mené à la situation actuelle. Il y a aussi eu la décroissance de la demande chinoise, une désintégration du marché nord-africain et les conséquences des sanctions européennes imposées à la Russie après l’annexion de la Crimée.

Tous ces événements ont entrainé un déséquilibre et des pertes économiques importantes pour les producteurs européens de produits laitiers.

« Les gros producteurs, comme l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas, exportaient surtout vers la Russie. Après la fermeture de ce marché, les nouveaux pays européens se sont retrouvés sous pression », explique Miroslav Koberna.

« Nous perdons des centaines de millions au niveau des marchés laitiers nationaux et des millions au niveau de l’exportation », poursuit-il.

Le représentant de l’industrie a aussi prévenu que la Russie pourrait bientôt devenir un pays exportateur, et donc concurrencer les Européens sur les marchés mondiaux.

Le Brexit pourrait aussi avoir un impact, puisque le Royaume-Uni importe actuellement beaucoup de lait européen, conclut-il.

«Le paquet d'aide ne doit pas introduire des quotas laitiers indirects»

Le paquet d’aide prévu par l‘UE ne sera utile aux producteurs de lait que s’il n’est pas conditionné par une réduction des quantités, avertit Bernhard Krüsken du syndicat agricole allemand Deutscher Bauernverband.

 

 

 

 

 

 

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