La crise sans fin du prix du lait européen

Manifestation des producteurs de lait, à Bruxelles, le 26 octobre. [Sam White/Euractiv]

Les producteurs de lait européens se sont rassemblés devant le siège de la Commission, à Bruxelles, pour exiger des mesures pour la sécurité de leurs revenus, face aux crises à répétition du secteur.

Lors de la manifestation, organisée par l’European Milk Board (EMB) dans le cadre de sa campagne « Le beurre n’est pas tout », des éleveurs et leurs représentants ont sommé la Commission européenne de mettre en place un programme de réduction des volumes. Un tel mécanisme, prévu par la Politique agricole commune (PAC), permettrait d’assurer que la production de lait européenne s’adapte à la fluctuation des prix.

Une mesure similaire a été appliquée en août 2016, fournissant 150 millions d’euros d’incitation aux producteurs de lait, afin qu’ils réduisent la production. Très rapidement, le volume de lait arrivant sur le marché s’est réduit, faisant décoller les prix. 44 000 éleveurs avaient alors volontairement réduit leur production pendant six mois, ce qui a allégé de quelque 852 000 tonnes le marché du lait.

Un porte-parole de la Commission indique que le prix moyen du lait dans l’UE est à présent 34 % plus élevé qu’en août 2016, et près de 10 % plus élevé que la moyenne des cinq dernières années.

Les producteurs assurent cependant que ces gains récents ne suffisent pas à contrer les pertes des années précédentes et à leur apporter la sécurité. Malgré une récente augmentation du prix du beurre, liée à une pénurie, la plus grande partie de l’argent ainsi généré n’a pas atterri entre les mains des producteurs de lait.

L’Europe risque une pénurie de beurre

Des pénuries de beurre sont à prévoir d’ici la fin de l’année. Une demande erratique et des déséquilibres au sein des marchés ont fait grimper les prix.

« La situation est intenable pour le dernier maillon de la chaine de production du lait, qui ne reçoit aucune considération dans les politiques », assure Romuald Schaber, président de l’EMB.

Dans son discours sur l’état de l’Union, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a admis qu’« il y a[vait] quelque chose de faussé dans un marché sur lequel un litre de lait vaut moins qu’un litre d’eau ». Des sources au sein de l’exécutif assurent toutefois que toute tentative de réguler la production reviendrait à réinstaurer les quotas, ce qui a été exclu.

« Depuis la décision de supprimer les quotas de lait en 2003, les États membres ont toujours été clairs : il s’agit d’une solution du passé qui ne pourrait fonctionner dans un marché ouvert et international », poursuit cette source. « Les quotas sont exclus. »

Profits « absurdes »

Une représentante de l’EMB accuse les entreprises de traitement de lait de profiter des éleveurs européens et de dégager « des profits absurdes, sans partager leurs marges avec le reste de la chaine de production ». Elle assure que ces entreprises paient les producteurs en fonction des prix sur le marché mondial, qui ne tient pas compte de la valeur ajoutée et des coûts de production élevés du secteur laitier européen. « Quand le prix du lait diminue, les profits des entreprises de traitement et des vendeurs augmentent. »

Les agriculteurs européens réclament une chaîne alimentaire plus équitable

Les coopératives agricoles appellent la Commission à accroître la transparence dans la chaine d’approvisionnement alimentaire. Et à promulguer une loi européenne pour protéger les producteurs alimentaires des pratiques commerciales déloyales.

Le porte-parole de la Commission indique que l’exécutif suit de très près l’évolution du marché des produits laitiers. « Le redressement des prix de tous les produits laitiers est une progression bienvenue pour les producteurs de lait qui ont connu des difficultés ces dernières années », ajoute-t-il. « Si la situation du marché laitier s’améliore, la complaisance n’est pas de mise. »

Les producteurs craignent toutefois une répétition d’un modèle en dents de scie. « L’augmentation du prix encourage la production, ce qui signifie que le prix finira donc par s’écrouler à nouveau », fait remarquer Christophe Herden, producteur de lait allemand de la région de Cologne, présent à Bruxelles lors de la manifestation du 26 octobre. « Nous voulons que l’industrie laitière adopte une perspective à long terme, qui manque à l’heure actuelle. »

La Commission a ouvert une consultation publique en ligne sur l’amélioration du fonctionnement de la chaine alimentaire. La consultation est ouverte jusqu’au 17 novembre.

Lancement d'une consultation européenne sur l'équité dans la chaîne alimentaire

L’exécutif s’interroge sur l’équité de la chaîne alimentaire, qui défavorise souvent les petits agriculteurs au profit des puissants intermédiaires comme Lactalis en France.

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