Dans le Languedoc, les viticulteurs s’adaptent déjà au changement climatique

[EPA-EFE/CESARE ABBATE]

En 30 ans, les vendanges ont avancé de trois semaines, le degré d’alcool du vin a pris quatre points… Face à des impacts du changement climatique déjà sensibles, les viticulteurs du Languedoc adaptent leurs pratiques et leurs cépages.

L’été dernier, Robin Williamson a perdu la moitié de sa récolte. Alors que le thermomètre grimpait jusqu’à 46°C, grappes et feuilles ont grillé dans les vignes de son Domaine de Saumarez dans l’Hérault.

Si elle est l’une des plus catastrophiques, 2019 n’est pourtant pas la première manifestation du changement climatique dans le Languedoc. « Certaines années, on vendange dès la mi-août, alors que les vendanges étaient habituellement en septembre », raconte le viticulteur.

Un constat confirmé par Jean-Marc Touzard, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) : la hausse des températures est responsable d’une avancée des vendanges de trois semaines en moyenne depuis les années 1980. La chaleur modifie également la nature des fruits qui contiennent plus de sucre et moins d’acides. Conséquence, des vins qui titraient autour de 11° d’alcool sont aujourd’hui à 14°, voire 15°.

Températures en hausse mais aussi fortes sécheresses, événements extrêmes plus fréquents (canicules, orages…) bouleversent ainsi la production viticole méditerranéenne. Depuis quelques années, Robin Williamson expérimente différentes techniques pour protéger sa vigne des stress en période estivale.

« J’augmente par exemple la matière organique dans le sol pour mieux garder l’humidité, en semant des légumineuses à l’automne entre les rangées de vigne pour les enfouir dans le sol au printemps », explique l’agriculteur. D’autres se tournent vers l’irrigation. Un procédé qui devrait être utilisé « en dernier ressort », selon Jean-Marc Touzard, afin de limiter l’irrigation en période de sécheresse.

 Nouveaux cépages

De multiples expérimentations sont menées sur les parcelles et dans les fûts. Certaines font la part belle aux pratiques manuelles, comme la taille en gobelet qui fait de l’ombre aux grappes, alors que d’autres sont plus technophiles (capteurs de température dans les vignes, dés-alcoolisation du vin avec des membranes ou corrections de l’acidité par électrolyse).

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La diminution des intrants tend à rendre la vigne plus robuste et permet de mieux exprimer le terroir dans l’arôme du vin, selon les experts. Le vignoble s’intéresse aussi à de nouveaux cépages, résistants à la chaleur et aux maladies.

Le choix des cépages entre aussi dans les stratégies d’adaptation. Certaines variétés, comme le Grenache ou le Carignan, résistent mieux que d’autres, comme le Syrah par exemple. Des cépages plantés dans des régions plus méridionales, en Italie, en Grèce ou en Espagne, commencent aussi à intéresser les viticulteurs français.

Robin Williamson a planté du Sangiovese, « un cépage italien qui a naturellement une acidité plus élevée et fait un vin moins alcoolisé ». « D’anciens cépages plus tardifs, comme le picpoul noir, redeviennent également intéressant. Ou au contraire de nouvelles variétés hybrides développées par l’Inrae », ajoute Jean-Marc Touzard.

Les appellations d’origine suivent le changement et autorisent certains cépages, bien qu’ils soient absents des recettes traditionnelles. L’AOC Languedoc accepte ainsi depuis l’année dernière que le vin contienne – à hauteur maximale de 10% du volume – de nouveaux cépages « à des fins d’adaptation ».

« Autant de solutions qui permettront une adaptation dans un scénario à plus 2° C d’ici à la fin du siècle, souligne Jean-Marc Touzard. Par contre, si la hausse moyenne des températures atteint les 4°, il est probable que la vigne disparaîtra de la région. »

Dès maintenant, les viticulteurs doivent faire face à une autre difficulté : contenter les amateurs de vin. « Les vins du Languedoc sont plus alcoolisés avec un goût de fruits murs, alors que la demande se tourne plutôt vers des vins plus légers et plus frais », remarque Jean-Marc Touzard.

Difficile aussi de parier sur l’accueil par le public des nouveaux cépages. « On a fait une cuvée haut de gamme avec le Sangiovese pour le faire goûter à nos clients. Les bouteilles partent bien mais cela reste un marché de niche, raconte Robin Williamson. Pour avoir un vin plus léger, on peut avancer les vendanges ce qui donne un vin pétillant, qui là encore n’est pas dans les habitudes. »

 

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. La présente publication reflète uniquement l’avis de l’auteur et la Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

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