Dans l’Hérault, les circuits-courts tirent leur épingle du jeu

Malgré la fermeture des marchés pendant les deux mois de confinement, les agriculteurs de l’Hérault organisés en circuits-courts ont réussi à poursuivre la vente directe. Avec la réouverture de tous les points de vente, certains ont même du mal à faire face à la demande.

 Sur un marché de Montpellier, Véronique et Antoine servent la file de clients masqués qui attendent leur tour sous le regard d’un agent de surveillance de la voie publique.

Ce couple de maraîchers est sur les rotules. Avec le système de paniers mis en place pendant le confinement et la réouverture de tous les points de vente en juin, 24h par jour ne suffisent plus pour répondre à la demande.

« Pendant le confinement, une nouvelle clientèle de voisinage est venue acheter directement sur notre exploitation. Aujourd’hui, elle s’ajoute à celle des marchés et, comme c’est le pic de la production, ça devient même difficile de faire face à la quantité de travail », explique Antoine. La saison est donc – contre toute attente – bien remplie.

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L’annonce de la fermeture des marchés pendant deux mois avait pourtant plongé les producteurs locaux dans le désarroi : inquiets mais aussi frustrés de ne pouvoir répondre à la forte demande.

Certaines rares municipalités avaient réussi à maintenir un marché. Comme à Murvielle, une petite commune de l’agglomération de Montpellier, où « les étals étaient dévalisés dès 10h », selon la maire Elisabeth Touzard.

« Drives fermiers »

La perte de vente redoutée n’a donc pas eu lieu pour une grande partie des producteurs organisés en circuits courts. Vente directe à la ferme, livraisons, drives organisés sur des parkings, les producteurs ont trouvé leur public.

« Pour certains de nos producteurs, c’est même difficile d’alimenter tous ces circuits », confirme Bénédicte Firmin du Civam Bio34, une association pour le développement de l’agriculture biologique dans l’Hérault. Son association est membre du collectif InPACT 34 (Initiatives pour une agriculture citoyenne et territoriale), qui, deux semaines après le confinement, avait mis en place quatre « drives fermiers » hebdomadaire sur la seule commune de Montpellier.

Après avoir passé commande sur Internet, les gens venaient chercher leurs légumes, fromages, viandes, vins… auprès des producteurs réunis sur les points de distribution autorisés par la mairie. « Le bilan des deux mois est un franc succès avec plus de 1 800 commandes pour une quarantaine de producteurs », se félicite Bénédicte Firmin.

Le tissu associatif local dédié au développement des circuits courts a ainsi été réactif pour trouver des solutions. Et le relais a été pris par les acteurs institutionnels, chambre d’agriculture, métropole, département, qui ont tous fait circuler les annuaires des producteurs locaux, en invitant la population à les contacter directement.

Le succès des nouveaux circuits de vente directe pourrait bien se prolonger. Dans une enquête auprès des clients des drives, 147 personnes se sont ainsi déclarées prêtes à reprendre en main le système de précommande sur leur quartier, selon InPACT 34.

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La stratégie européenne qui voulait favoriser les circuits courts est décalée à plus tard. Mais la crise accélère l’orientation du secteur agricole vers l’autonomie alimentaire.

Et selon une deuxième enquête, régionale cette fois, réalisée en juin 2020 par Interbio Occitanie, 20% des 324 producteurs bio interrogés pensent changer durablement leur mode de commercialisation à la suite de la crise du Covid-19.

L’étude régionale permet également de rappeler les disparités économiques selon les productions. Un peu plus de la moitié des producteurs interrogés déclarent avoir eu un revenu stable ou en augmentation pendant la crise liée au Covid-19.

Les maraîchers ont en particulier bien tiré leur épingle du jeu. Mais parmi ceux qui ont vu une baisse de leur vente, certains ont perdu plus de la moitié de leur chiffre d’affaire.

Avec la fermeture prolongée des restaurants, les viticulteurs ont notamment vu leur recette chuter. Même difficulté chez les éleveurs, en particulier ceux organisés en circuits-courts pour la restauration collective locale. La fermeture de toutes les cantines a arrêté net leur principal débouché et la vente directe n’a pas suffi à prendre le relais.

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Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. Cette publication (communication) n’engage que son auteur et la Commission n’est pas responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qui y sont contenues.

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