De la cantine au restaurant, l’origine des viandes désormais obligatoire en France

Cette obligation concerne toute la restauration hors domicile, c'est-à-dire les cantines scolaires, des entreprises, hôpitaux ou Ephad, comme les restaurants commerciaux. [Tetiana Chernykova / Shutterstock]

Savoir si son blanc de poulet vient d’Ukraine ou de France dans son bistrot de quartier : à compter du 1er mars, la mention de l’origine des viandes servies hors domicile en France devient obligatoire, allant au-delà des exigences européennes.

Vingt ans après l’étiquetage imposé pour le boeuf dans la restauration, héritage de la crise de la vache folle, cette obligation s’étend à la viande de volaille, d’ovin et de porc, selon un décret paru jeudi 27 janvier au Journal officiel.

« On attendait ce décret depuis deux ans et demi. Les citoyens ont envie de savoir d’où vient la viande qu’ils mangent au restaurant, et quand c’est français, ça les rassure », a réagi Anne Richard, directrice d’Inaporc (interprofession du porc).

« C’est une des rares réglementations qui nous tombent dessus depuis deux ans que nous allons appliquer avec enthousiasme », a renchéri Hubert Jan, président de la branche restauration de l’UMIH (métiers et industries de l’hôtellerie), dans un communiqué.

Cet étiquetage devra mentionner le pays d’élevage et celui d’abattage. Il s’applique aux « viandes achetées crues par les restaurateurs et non aux viandes achetées déjà préparées ou cuisinées », selon le décret.

Cette obligation concerne toute la restauration hors domicile, c’est-à-dire les cantines scolaires, des entreprises, hôpitaux ou Ephad, comme les restaurants commerciaux.

C’est une petite révolution dans les assiettes : en visite à l’Ecole nationale supérieure des métiers de la viande, à Paris, les ministres Julien Denormandie (Agriculture et alimentation) et Jean-Baptiste Lemoyne (tourisme et PME) se sont félicités d’une avancée majeure pour la traçabilité, demande légitime des citoyens, de nature à sensibiliser davantage à la qualité de la nutrition et à renforcer les circuits courts.

« Un poulet brésilien ou ukrainien n’a rien à voir avec un poulet français, ce qui est valable pour toutes les viandes d’élevage », a déclaré Julien Denormandie, rappelant qu’actuellement, « plus de 50% de la viande dans les cantines est de la volaille importée ».

Prochaine étape, les nuggets ?

« Nous sommes pionniers », a renchéri M. Lemoyne, espérant « ouvrir la voie pour que demain l’Europe soit à l’unisson avec la France ».

L’obligation n’est pour le moment applicable que jusqu’au 29 février 2024, pendant une phase d’expérimentation négociée avec la Commission européenne. Cette dernière travaille sur une révision de la réglementation au niveau européen, qui n’impose pas systématiquement la mention de l’origine des denrées alimentaires, a-t-on précisé au ministère.

Les filières se réjouissent d’une décision qui va permettre de « mettre en avant la viande française et de lutter contre les importations », affirme Anne Richard, à un moment où la filière du porc traverse une crise aiguë contraignant les éleveurs à vendre à perte du fait de la hausse des coûts de production depuis un an.

La volaille, qui a mieux résisté et a profité de la période des fêtes, fait aussi face à une très rude concurrence.

« En France, un poulet sur deux est importé et dans la restauration cela s’élève à 60%, et pratiquement à 80% en comptant les produits transformés », a rappelé Yann Nédélec, directeur de l’interprofession de la volaille de chair Anvol, alors que la filière française défend une offre de qualité, avec « 20% de volailles élevées en plein air, contre maximum 5% dans les pays voisins ».

Des arguments entendus par le ministre de l’Agriculture, qui milite pour la souveraineté alimentaire du pays au sein d’une Europe qu’il veut voir adopter des mesures protectrices d’un certain standard de qualité contre des produits moins chers mais moins disants du point de vue nutritionnel comme environnemental.

« Dans les pays d’Amérique du Sud, ils continuent à utiliser des antibiotiques de croissance, donc l’apport nutritionnel est différent et cela concerne directement le consommateur », a-t-il expliqué.

Ce « combat pour la qualité » est à la fois « économique et gastronomique », souligne-t-il.

Et ce n’est qu’une première étape, assure le gouvernement.

« Un prochain décret concernera les produits transformés, comme les nuggets », a promis M. Denormandie, sans donner de date.

Le syndicat agricole majoritaire FNSEA attend « la publication rapide » d’autres décrets concernant « les viandes transformées et élaborées » et « l’origine du miel ».

La « dynamique va s’amplifier », a promis M. Lemoyne, annonçant un texte similaire « d’ici quelques mois » sur « le brassage des bières ».

Les consommateurs de l'UE souhaitent un étiquetage obligatoire sur les denrées génétiquement modifiées

Selon un rapport récent d’Ipsos, une majorité de consommateurs européens souhaite que l’étiquetage des produits alimentaires contenant des cultures génétiquement modifiées soit obligatoire, mais pour les acteurs de l’industrie sa mise en œuvre est impossible.

Supporter

Measure co-financed by the European Union

Le contenu du présent rapport ou de la présente publication reflète uniquement la position de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. La Commission européenne n’assume aucune responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait des informations qu’il/qu’elle contient.

From Twitter

Subscribe to our newsletters

Subscribe