De la viande, mais à quel prix ?

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Les coûts environnementaux et sociétaux engendrés par la consommation de viande sont lourds.  Et l'addition devrait augmenter avec l'arrivée au banquet des pays en développement.

Dans leur rapport Meat Atlas (« Atlas de la viande »), les Amis de la Terre Europe et la fondation allemande Heinrich Böll, groupe de réflexion proche du parti des Verts, tentent de cartographier les coûts cachés liés à la consommation effrénée de viande dans le monde.

Chaque Européen consomme aujourd'hui 925 calories de viande par jour. Contre seulement 178 calories de viande par personne dans les pays les moins avancés. Ce qui laisse entrevoir une hausse de la consommation dans les prochaines décennies.

Or toute production a un coût, qui ne se reflète pas nécessairement sur le prix de vente, selon les ONG. Les membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui regroupe les 34 pays les plus riches, financent directement l'industrie de la viande sous forme de subventions : 13 milliards d'euros pour l’élevage bovin, 5,4 milliards d'euros pour celui porcin et 6,5 milliards pour la filière avicole en 2012.

La majeure partie des fonds sont dirigés vers le soutien aux exploitations agricoles intensives à grande échelle, indique le rapport. L'OCDE estime que ces exploitations jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement alimentaire des populations, dont le nombre est en constante augmentation.

Selon Magda Stoczkiewicz, directrice des Amis de la Terre Europe, les coûts cachés de à l'agriculture intensive éclateront tôt ou tard au grand jour. « Le système actuel industrialisé et dirigé par les entreprises est voué à l'échec. Nous avons besoin d'un changement en profondeur [des habitudes] alimentaires et de l'agriculture si nous voulons nourrir la population mondiale en croissance sans détruire la planète », indique-t-elle dans le rapport.

Coûts supplémentaires

Aux yeux des défenseurs de l'environnement, tous les coûts liés à la production de viande doivent être pris en compte lors de la fixation du prix.

« Le prix affiché sur un emballage de viande ne reflète pas les coûts réels de production des aliments : les coûts cachés sur l'environnement et les contribuables sont beaucoup plus élevés », révèle le rapport. « Si ces coûts étaient inclus, l'élevage de bétail enregistrerait probablement des pertes. »

« L'Union européenne verse des subventions pour le fourrage et contribue jusqu'à 40 % des investissements dans de nouveaux bâtiments d'élevage », peut-on lire dans le rapport.

Le coût de la production très industrialisée de viande pourrait également se répercuter sur les contribuables. « Ils paient les coûts des infrastructures de transport, comme les ports nécessaires à la gestion de commerce d’aliments pour animaux. Dans de nombreux pays, la viande est soumise à un taux réduit de TVA », peut-on lire dans le rapport.

La PAC protège toujours les grandes exploitations

La Commission européenne a tenté de se rapprocher d’un type d’élevage de bétail « plus vert » et à petite échelle.

Elle a ainsi accordé des sommes plus importantes aux pratiques plus respectueuses de l'environnement, comme la mise en jachère et le pâturage, dans sa réforme de la politique agricole commune (PAC) conclue à la fin de l'année dernière.

Selon les auteurs de « l'Atlas », ces mesures ne sont toutefois pas assez ambitieuses. « Tout d'abord, la Commission européenne pourrait arrêter de soutenir financièrement la construction d'ateliers d'engraissement intensif. […]

À la place, elle devrait encourager les petites et moyennes entreprises, situées dans des zones peu propices à l’élevage, à garder leurs animaux en pâture pendant la majeure partie de l'année. », écrivent-ils.

Les producteurs de viande passent un temps non négligeable à se plaindre de la baisse de production et du manque de soutien politique. Le secteur, « fragile » sur le plan économique, est en effet dépendant des choix politiques.

« Au vu du problème de sécurité alimentaire, la réforme est une occasion manquée. L'industrie bovine et ovine de l'UE est confrontée à une grave baisse de la production », explique à EURACTIV Jean-Luc Mériaux, secrétaire général de l'Union européenne du commerce du bétail et de la viande.

Changer nos modes de vie

Alors que les entreprises agricoles tentent de diminuer les prix de la production de viande, l'industrie a toujours été à la recherche de solutions à bas coûts, y compris en compressant un maximum les coûts salariaux. Selon les auteurs de l'Atlas, les bas salaires tout au long de la chaîne de production, surtout dans les abattoirs, peuvent être considérés comme une subvention « puisque les entreprises peuvent payer aussi peu à la seule condition que l'État n'impose pas un salaire minimum statutaire ».

Les pays en développement ont un budget restreint consacré à la production de bétail. De plus, ils ont recours à une main d'œuvre « low cost » , dont les conditions de travail sont proches de l’esclavagisme, Objectif : contenter les besoins du marché.

« Peu de pays peuvent accorder des subventions de cette manière. À la place, ils ont tendance à soutenir des lois qui permettent l'exploitation des gens et de l'environnement », indique le rapport.

Alors que la demande en viande stagne en Europe et aux États-Unis, elle augmente en Asie. Elle devrait y augmenter de 80 % d'ici 2022.

« Les populations dans les autres pays veulent adopter notre mode de vie [caractérisé par une forte consommation de viande] », a expliqué Adrian Bebb, coordinateur de la campagne sur l'agriculture des Amis de la Terre Europe, lors de l'évènement consacré au lancement du rapport le 9 janvier à Bruxelles. « Mais nous n'avons qu'une planète », a-t-il souligné.

Manger moins de viande

Réduire la consommation de viande dans le monde occidental et encourager un élevage plus durable de bétail constituent une partie de la solution, selon les auteurs du rapport.

« Alors que les gouvernements dans les pays développés doivent changer radicalement de politique et lutter contre le pouvoir des lobbys agricoles, les pays en développement peuvent éviter, de leur côté, de répéter les erreurs commises ailleurs », affirme Barbara Unmüßig, la présidente de la fondation Heinrich Böll.

« Si [la population des pays en développement] était au courant des effets de la production intensive de viande, elle pourrait prévoir un type de production orienté vers l'avenir et responsable sur le plan social, éthique et environnemental », conclut-elle.

La politique agricole commune (PAC) est le système de subventions et de programmes agricoles de l'UE. Selon la Commission européenne, il coûte environ 30 centimes d'euros par citoyen et par jour.

S'élevant à environ 53 milliards d'euros par an, la PAC représente actuellement quelque 40 % du budget à long terme de l'UE pour 2007-2013, contre près de 71 % en 1984. Ce chiffre devrait tomber à 36 % dans le cadre de la réforme pour l'après 2013.

La majorité des dépenses de la PAC (plus de 70 %) consiste en des paiements directs aux agriculteurs, tandis qu’environ 20 % du budget porte sur des mesures de développement rural. L'argent restant est distribué aux entreprises agroalimentaires sous la forme de subventions à l'exportation.

Les propositions de la Commission mettent également l'accent sur les mesures environnementales, par l'attribution de 30 % des financements aux agriculteurs qui diversifient leur production, alternent leurs cultures ou maintiennent des pâturages permanents.

Les défis à relever pour l'agriculture européenne concernent notamment la nécessité de doubler la production alimentaire mondiale d'ici 2050 afin de nourrir la population croissante et les consommateurs plus riches qui consomment plus de viande, dans le contexte du changement climatique qui entraîne une perte de la diversité, la détérioration des sols et de la qualité de l'eau.

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