De l’agrivoltaïsme, oui, mais pas n’importe comment

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Installer des panneaux photovoltaïques dans les vignes et les champs peut minorer les conséquences des aléas climatiques et générer des revenus supplémentaires à l’agriculteur. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Préserver les cultures tout en produisant de l’électricité solaire. C’est la double promesse de l’agrivoltaïsme. Ce néologisme désigne l’installation de panneaux photovoltaïques dans les champs, les vignobles et les vergers. Porté par la société Sun’Agri, ce concept a plusieurs finalités. La production d’électricité par une source d’énergie renouvelable bénéficiant encore de tarifs d’achat intéressant. On peut mettre en œuvre une centrale de 700 kWc de puissance sur un hectare de culture. De quoi générer des revenus supplémentaires aux agriculteurs.

Microclimat et irrigation

Installer des structures fixes au-dessus de rangs de vignes ou d’arbres fruitiers doit aussi protéger les cultures de calamités (grêle) et de certains effets du réchauffement : sécheresse, canicule. Mieux, comme le rappelle le patron de Sun’Agri, Antoine Nogier, le dispositif aurait des valeurs agronomiques.

Voilà une décennie que les chercheurs de l’INRAE (anciennement INRA) évaluent l’état des sols, des plantes et la qualité des productions de parcelles cultivées sous panneaux. Et pour Yassine Elamri, le système est digne d’intérêt, notamment dans les régions méditerranéennes. En masquant une partie du rayonnement solaire, la centrale solaire aérienne « améliore » le microclimat régnant sur les cultures. Ce qui, en période de forte chaleur, favorise la croissance des plantes et réduit leurs besoins en eau (irrigation), confirme l’ingénieur de recherche de l’INRAE.

Depuis un an, une parcelle de 540 m2 du vignoble expérimental de Piolenc (Vaucluse) est surplombée d’une toiture de panneaux. Ce qui n’est pas pour déplaire aux vignes. Malgré les très fortes chaleurs de l’été dernier (des températures ponctuelles supérieures à 50 °C ont été relevées), les baies de grenache noir ont poursuivi leur croissance. La surface foliaire était plus grande que ceux des ceps non protégés. « Nous avons aussi consommé un tiers moins d’eau sur ces rangs », souligne Perrine Fortin. Tout aussi important pour les vignerons, le jus extrait des raisins est de belle qualité. « Malgré la sévérité du climat, on a vu augmenter le taux d’anthocyane et l’acidité », relève la responsable du pôle agro de Sun’Agri. Des gages de qualité du vin.

Une alliance européenne de recherche pour sortir des pesticides

Vingt-quatre organismes de recherche européens ont décidé de s’allier en vue d’une agriculture sans pesticide chimique. À l’origine du projet, présenté dimanche 23 février, l’Inrae et deux organismes allemands. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Pilotage obligatoire

Le système agrivoltaïque est d’autant plus efficace qu’il est pilotable. Montés sur des structures hautes de plusieurs mètres de haut, les panneaux sont fixés sur des rotules motorisées. Habituellement, ce « tracking » leur permet de suivre la course du soleil. En se positionnant à la verticale, les panneaux agrivoltaïques déploient aussi les filets anti-grêle (accrochés à leurs mâts). À l’horizontale, ils font obstacle aux vents violents. En partenariat avec la société montpelliéraine ITK, Sun’Agri développe des systèmes de pilotage automatisé, utilisant l’intelligence artificielle.

La chambre d’agriculture d’Auvergne-Rhône-Alpes veut transformer l’essai. Dans les prochains mois, elle mettra en place un démonstrateur sur 3 hectares de jeunes abricotiers et amandiers. « Nous voulons vérifier que la lumière intermittente n’influe pas défavorablement sur la croissance et la phénologie des jeunes plants », explique Sophie Stevenin, directrice de la station expérimentale fruits de Rhône-Alpes. Les arboriculteurs drômois veulent aussi tester les performances antigel des panneaux.

Universelle panacée, l’agrovoltaïsme ? Pas si simple, répond Antoine Nogier. « Ce système n’a de sens que s’il répond d’abord aux besoins des agriculteurs, que s’il favorise la résilience climatique de leurs cultures. Si les panneaux sont mal installés et mal pilotés, le système peut se révéler désastreux », estime-t-il. Fustigeant les développeurs qui stérilisent les surfaces agricoles avec des fermes photovoltaïques au sol, le fondateur du groupe Sun’R prépare, pour la fin de l’année, la publication d’un référentiel sur les bonnes pratiques du solaire agricole. Un ouvrage à distribuer aux rédacteurs de la prochaine politique agricole commune.

L’industrie photovoltaïque européenne enregistre un boom en 2019

Avec une progression de 104% en 2019, l’installation de panneaux solaires photovoltaïques européens est en plein essor selon des statistiques publiées le 10 décembre.

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