De nombreuses filières agricoles continuent de travailler à perte

Les prix des produits alimentaire ne couvrent toujours pas les coûts de production des agriculteurs.

Si les prix agricoles ont légèrement augmenté en 2017, nombre de filières agricoles continuent de travailler à perte, selon l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires.

La rémunération des agriculteurs est toujours en berne. Selon le septième rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, dévoilé le 19 juin, les prix à la production agricole ont augmenté de 3% en 2017, après des années de baisse (2014-2015) et de stagnation (2016).

Mais en dépit de cette hausse légère, les prix payés aux agriculteurs sont toujours  inférieurs  « à la réalité des coûts de production »,  explique Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire. Ainsi, les prix des produits agricoles « n’ont pas couvert la rémunération du travail et du capital, et cela même en tenant compte des aides européennes », rappelle-t-il.

Parmi les produits qui ont profité de la remontée des prix agricoles, la viande porcine affiche une hausse de 6% en 2017, le lait de vache (13%) ou encore le blé tendre (4,6%). Mais si les prix remontent, le rapport entre les prix de marché et les coûts des agriculteurs est toujours négatif dans un certain nombre de filières, comme la viande bovine ou la filière laitière. « Résultat, la variable d’ajustement c’est la rémunération du producteur » explique Philippe Chalmin.

L’augmentation des prix des aliments ne profite pas aux agriculteurs

La seule façon de faire baisser le prix de l’alimentation est de rendre la chaine d’approvisionnement transparente et d’octroyer aux agriculteurs une meilleure part du marché, prévient un représentant de la Commission.

Le politique s’est récemment attaqué à cette structuration des marchés qui se fait au détriment des producteurs. Dans la foulée des États généraux de l’alimentation, un projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agroalimentaire a été mis sur la table et est en cours d’adoption.

« Les résultats  de l’Observatoire démontrent toujours un fort déséquilibre des relations commerciales. C’est tout l’enjeu de la nouvelle loi », a rappelé Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, à l’occasion de la présentation des résultats du rapport le 19 juin.

Réagissant à cet observatoire, les Chambres d’agriculture ont constaté « que la modeste amélioration des prix agricoles ne permet toujours pas de rémunérer décemment les agriculteurs ».

Si les prix agroalimentaires sont pointé du doigt, les habitudes de consommation sont également responsables de l’érosion des revenus des agriculteurs.

« On mange de moins en moins de produits agricoles et de plus en plus de services. Cela a donc un effet structurel sur la valeur ajoutée rapporté à l’agriculture.  Le goût des consommateurs va de plus en plus vers les produits de plus en plus transformés, ou la part agricole est assez réduite », explique Philippe Chalmin. Résultat, l’agriculture n’apporte que 6,5% de valeur ajoutée des produits alimentaires.

Les consommateurs gagnants

Les prix bas bénéficient avant tout au consommateur, selon Philippe Chalmin. «S’il y en a un qui s’en met plein les poches, c’est le consommateur, qui n’a jamais mis aussi peu d’argent dans son alimentation et eu une alimentation de bonne qualité. Le problème c’est qu’il ne s’en rend pas compte. », explique-t-il.

De fait, les consommateurs sont relativement protégés de variation des prix des matières agricoles, peu ou prou répercutées sur les prix à la consommation des produits alimentaires. Au cours de l’année 2017, ces derniers ont d’ailleurs progressé d’un peu plus de 1 % seulement, en dépit des variations des cours des prix alimentaires. Le beurre est le seul produit dont le prix au consommateur a réellement été modifié  par la hausse des prix mondiaux, avec une hausse de  5,71 %.

Le coût caché de la nourriture discount allemande

Si les Allemands aiment faire leurs courses dans les supermarchés discount, les frais indirects engendrés par ces produits discount sont énormes, et c’est la société tout entière qui en paie le prix. Un article d’Euractiv Allemagne.

Autre exemple, les variations de prix de la viande porcine ne se sont pas retrouvées sur l’addition du consommateur final, alors que le prix du kilo de carcasse a fluctué de 1,25 à 1,70 euro entre 2016 et 2017, avant de rechuter à 1,35 euro sous le coup du recul des achats chinois.

Cette stabilité des prix des produits agricoles de grande consommation tels que le lait UHT, les yaourts, le steak haché ou le jambon cuit est particulièrement frappante au regard des « variations de prix de leur matière première », explique le président de l’Observatoire. Mais la grande distribution «  a fait de ces produits et de leurs prix des marqueurs de leur compétitivité, quitte à ne répercuter, comme on l’a vu pour le beurre en 2017, que de manière limitée les hausses des marchés » explique-t-il.

Les marges de la grande distribution confortées

Mais, même lorsque le prix de la matière première augmente, la distribution parvient à préserver ses marges. Pour le poulet, la marge brute des la grande et la moyenne distribution a progressé de 17 centimes pour atteindre 1,70 euro. Et malgré la baisse des prix payés aux producteurs des légumes (-5%),  la marge brute des distributeurs  a elle affiché une hausse 6 % en 2017. Au global, la marge nette de la grande distribution a progressé entre 2016 et 2017, conclu l’Observatoire, en passant de 1,3% avant impôt à 1,7 %.

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