Des clauses miroirs pour éviter la concurrence déloyale en agriculture

La France est le premier producteur européen de viande bovine, « avec un modèle d’exploitation familiale, un modèle herbager » où les vaches mangent majoritairement de l’herbe, a fait valoir Marine Colli, d’Interbev. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

L’Union européenne doit obliger les produits agricoles importés à respecter les mêmes normes environnementales que ceux produits en son sein pour éviter toute distorsion de concurrence, demandent jeudi la Fondation Nicolas Hulot (FNH) et l’interprofession de la viande, interbev.

Actuellement, les produits alimentaires importés dans l’Union européenne ne respectent pas toujours les mêmes normes que celles appliquées dans l’UE, souvent plus contraignantes, relèvent l’ONG et l’interprofession dans un rapport rédigé avec l’institut Veblen.

Ils demandent un règlement européen sur les importations pour introduire des mesures-miroirs, ou clauses-miroirs, « c’est-à-dire de règles environnementales aux produits importés sur le territoire européen équivalentes à celles en vigueur dans l’UE », selon un communiqué. Cette réforme est « à porter dès maintenant pour une adoption en 2022, à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne », soulignent les trois organismes.

« Des denrées rentrent sur le territoire européen de manière légale mais sans correspondre aux critères environnementaux de traçabilité et de bien être animal », a dénoncé Samuel Léré, de la Fondation Nicolas Hulot, lors d’une conférence de presse en ligne.

Il s’agit de « répondre à un triple enjeu : la sécurité alimentaire, la crise environnementale et pouvoir rémunérer les agriculteurs et les éleveurs », a-t-il poursuivi. Il s’agit aussi d’éviter « un abaissement des normes » au sein de l’UE et au contraire d’inciter les partenaires commerciaux de l’Europe à s’aligner sur des standards plus élevés en termes de pesticides, de bien-être animal et d’exigence sociale, explique Samuel Léré.

La FNH, Interbev et l’institut Veblen ne sont pas opposés au commerce international, mais « les trois organisations défendent une régulation de la mondialisation qui mette le commerce international au service de la transition agroécologique et d’une juste rémunération des agriculteurs en Europe, tout comme chez nos partenaires », expliquent-elles dans le communiqué.

Lentilles et viande bovine

La France est le premier producteur européen de viande bovine, « avec un modèle d’exploitation familiale, un modèle herbager » où les vaches mangent majoritairement de l’herbe, a fait valoir Marine Colli, d’Interbev, lors de la conférence de presse.

« Ni la France ni l’Europe, ne nous donnent les moyens de protéger ce modèle. Au contraire, on nous laisse nous confronter de manière frontale à des modèles complètement différents au niveau mondial », avec des fermes usines ou des animaux nourris aux farines animales, a-t-elle regretté.

Réforme de la PAC : la peur des éleveurs bovins français d’être rayés de la carte

Question de « survie », disent-ils : les éleveurs bovins français défendent le maintien de leurs subventions européennes, alors que le gouvernement français envisage d’en redéployer une partie au profit des producteurs de protéines végétales.

Les trois organisations prennent deux exemples concrets pour illustrer les problèmes causés selon elles par la situation actuelle « du deux poids deux mesures », avec la lentille et la viande bovine.

« Moins chère et bourrée de pesticides interdits en Europe, la lentille canadienne supplante petit à petit les lentilles européennes », déplorent-elles. Ceci s’explique, selon le rapport, par l’usage du « Sencoral, un pesticide interdit depuis 2014 par la Commission européenne » car perturbateur endocrinien suspecté, et du « droit de recourir au glyphosate jusqu’à 4 jours avant la récolte ».

Dans le cas de la viande bovine d’aloyau, « la plus rémunératrice pour les éleveurs européens » car considérée comme la partie la plus noble du boeuf, « les accords de libre-échange déjà conclus ou en cours de négociation, supposeraient l’importation supplémentaire de 200 000 tonnes de viandes américaines, canadiennes et brésiliennes », à un prix moins élevé, selon Interbev. Avec à la clé 50 000 emplois menacés, selon l’interprofession.

La différence de coût de production de cette viande s’explique par le recours à des farines de sang et de gélatine pour nourrir les ruminants, selon le rapport, ou encore l’absence de réglementation pour le transport des animaux au Brésil.

« La non-réciprocité de l’exigence de normes sanitaires pour les produits importés accentue les risques sanitaires pour les consommateurs européens », avec l’absence de traçabilité des animaux de leur naissance à l’abattoir, s’inquiètent les trois organisations.

Pour FNH, Interbev et l’institut Veblen, de telles clauses-miroirs seraient compatibles avec les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et l’idée d’un règlement européen est soutenue par d’autres acteurs dans l’UE.

Annulation de l'étiquetage de l'origine du lait obligatoire : une décision "à contre-courant de l'histoire"

L’annulation de l’obligation d’étiquetage de l’origine du lait par le Conseil d’Etat il y a deux semaines ne cesse de susciter de l’indignation en France. Dans une lettre ouverte, l’eurodéputée Jérémy Decerle appelle à la « responsabilité » du groupe Lactalis.

Supporter

Measure co-financed by the European Union

Le contenu du présent rapport ou de la présente publication reflète uniquement la position de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. La Commission européenne n’assume aucune responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait des informations qu’il/qu’elle contient.

From Twitter

Subscribe to our newsletters

Subscribe