L’Allemagne repense le bien-être animal

La ministre fédérale de l'Alimentation et de l'Agriculture, Julia Klöckner (G) et la ministre fédérale de la famille, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse, Franziska Giffey (D) lors d'une réunion du cabinet Merkel IV à Berlin le 19 août. EPA-EFE/CLEMENS BILAN / POOL [Clemens Bilan/ epa]

Jeudi dernier, les ministres allemands de l’Agriculture ont annoncé une refonte du secteur de l’élevage. Parallèlement, l’instauration d’un label national sur le bien-être animal commence à se concrétiser. L’UE doit également s’entendre sur un projet similaire. Un article d’Euractiv Allemagne.

Jeudi 27 août, les ministres allemands de l’Agriculture se sont mis d’accord pour offrir un cadre juridique afin de mettre un terme aux pratiques de stabulation à l’échelle nationale, et ce, avant les élections parlementaires à l’automne. La ministre fédérale allemande de l’Alimentation et de l’Agriculture, Julia Klöckner (CDU), s’est engagée à mener une étude de faisabilité d’ici à la prochaine conférence au printemps, qui devrait présenter les moyens de financement d’un projet d’une telle envergure.

La « Commission-Borchert », nommée par Mme Klöckner en février 2019 afin de repenser l’élevage, est à la source de la décision prise au cours de la réunion des ministres de l’Agriculture ce jeudi 27 août. En juillet de cette année, le Conseil fédéral allemand avait finalement demandé qu’un projet soit élaboré à cet égard. « Je pense que nous avons franchi un grand pas », avait déclaré le ministre fédéral de l’Économie de l’époque, Jochen Borchert (CDU). Il y a six mois, il paraissait improbable que « nous nous attelions si rapidement à la mise en œuvre [d’un projet] si vaste ».

De nouvelles sources de revenus doivent être créées pour financer la reconversion des étables. Ainsi, l’application d’une taxe sur la valeur ajoutée plus élevée pour les produits animaux et l’octroi de subventions directes du budget fédéral sont en cours de discussion. D’après la Commission-Borchert, des investissements de trois à cinq milliards d’euros seront nécessaires annuellement. À cette fin, elle recommande l’instauration d’une taxe sur le bien-être animal, par le biais de laquelle les consommateurs seraient « grevés proportionnellement à leur consommation de produits animaux ».

Concrètement, les experts mettent en exergue une taxe de 0,40 € par kilogramme de viande et de saucisse ; de 0,02 € par kilogramme de produits laitiers frais et de lait ; et de 0,15 € par kilogramme de fromage, beurre et lait en poudre. Selon les calculs du ministère de l’Agriculture, chaque consommateur en Allemagne paierait en moyenne 35,02 € de plus par an. Le plan de relance économique relatif au coronavirus mis en place par le gouvernement allemand prévoit déjà d’investir 300 millions d’euros dans les étables soucieuses du bien-être animal en 2020 et 2021.

La nouvelle politique alimentaire de l’UE risque d’encourager l’agriculture non durable hors Europe

Les derniers efforts de la Commission pour rendre le système alimentaire de l’UE plus durable risquent involontairement d’encourager des pratiques agricoles non durables à l’étranger, ont signalé les ministres européens de l’Agriculture lundi 8 juin.

Seuls deux États membres ont un label de bien-être animal

L’amélioration de l’élevage dans le bloc est l’un des projets de la présidence allemande à la tête du Conseil de l’UE. En 2019, le Conseil de l’UE, dirigé par la Finlande, a demandé à la Commission européenne de dresser un cadre juridique pour un label européen uniforme de bien-être animal. Jusqu’à présent, seuls le Danemark et les Pays-Bas ont introduit un tel étiquetage national.

Par conséquent, lorsque les ministres européens de l’Agriculture se réuniront dans le cadre d’un Conseil informel ce lundi à Coblence, le label européen de bien-être animal sera mis à l’ordre du jour.

En Allemagne, le plus grand producteur porcin de l’UE, un label de bien-être animal est également en cours d’élaboration. Toutefois, dans un premier temps, il ne s’appliquera qu’au secteur porcin et sera laissé à la libre volonté de chaque éleveur. Le système en quatre étapes, déjà communiqué à la Commission européenne, classe l’élevage des animaux en fonction de la taille des étables et des conditions d’élevage. Selon la Commission Borchert, d’ici 2040, seuls les élevages à partir du niveau deux seront autorisés. Actuellement, les trois quarts de tous les animaux en Allemagne ne sont détenus que conformément à la norme minimale légale.

Les projets de Mme Klöckner sont contestés

Cependant, les projets de Julia Klöckner suscitent la controverse. Susanne Mittag, porte-parole des sociaux-démocrates pour la politique de protection des animaux, avait déjà annoncé que son groupe ne soutiendrait pas le label au Bundestag : « Nous avons besoin d’un label obligatoire de protection des animaux sur les emballages. Et il doit s’appliquer à tous les animaux de ferme. » De nombreuses organisations de protection des animaux protestent également contre le projet et le qualifient d’insuffisant, car d’une part, il n’est pas juridiquement contraignant et d’autre part, il continue à tolérer la coupe de la queue des porcelets, bien que cette pratique soit interdite dans l’UE depuis plus de dix ans. Selon Jasmin Zöllmer, de l’organisation Provieh, « aucun système d’élevage, qui continue à faire subir des amputations aux animaux, comme la coupe systématique de la queue des porcs, ne devrait être accepté, et encore moins soutenu financièrement ».

L’organisation de protection des consommateurs Foodwatch a également émis des critiques. « La promotion de nouvelles étables ne change rien au développement des exportations du secteur agricole allemand et à la concurrence brutale qui en résulte en matière de sécurité animale, environnementale et professionnelle », a déclaré Matthias Wolfschmidt, vétérinaire et directeur de la stratégie de Foodwatch. Davantage de dispositions légales devraient être prises à ce propos et devraient être contrôlées par l’État.

La réforme de la PAC et la filière biologique seront au cœur du programme agroalimentaire européen

À la suite du lancement de la nouvelle politique alimentaire européenne au printemps, les décideurs politiques se concentreront à nouveau sur la réforme tant attendue de la politique agricole commune (PAC), le pilier du secteur agricole européen.

Outre le label européen de bien-être animal, les ministres européens de l’Agriculture discuteront également lundi des enseignements tirés de la pandémie de COVID-19 et des règles plus strictes à adopter pour le transport des animaux vers les pays tiers. Par ailleurs, ils chercheront à obtenir une approche générale du Conseil sur la réforme urgente de la PAC d’ici à octobre, a soutenu Mme Klöckner. Les négociations se poursuivent depuis un an et demi, et les situations à traiter sont toutes aussi difficiles. Bien que le programme soit donc chargé pour les ministres à Coblence, la journée commencera en douceur avec une visite de la région viticole de Winningen (Rhénanie-Palatinat).

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