En Allemagne, l’industrie agricole attend beaucoup du numérique

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Quelle innovation dans la PAC post-2020 ?.

Les entreprises allemandes espèrent des contrats de plusieurs milliards d’euros grâce à l’arrivé du numérique dans l’agriculture. Mais des problèmes de gestion et d’infrastructure se posent. Un article d’Euractiv Allemagne.

« Les moissonneuses d’aujourd’hui sont des laboratoires mobiles. Avec un GPS, elles peuvent être contrôlées avec une grande précision et collecter simultanément une grande quantité de données sur les plantes et le sol », explique Wolfram Eberhardt, responsable de la communication du grand constructeur allemand de machines agricoles Claas.

L’agriculture est en pleine mutation. Les systèmes de traite robotisés ou les drones aériens qui examinent les plantes et les infestations possibles de ravageurs se sont depuis longtemps implantés sur le marché agricole.

De grands espoirs reposent sur la numérisation. Elle devrait aider l’Europe à maintenir sa position sur un marché agricole de plus en plus mondialisé, à rendre ce dernier plus durable et à couvrir les besoins alimentaires mondiaux croissants.

Alors que les négociations sur la nouvelle PAC se poursuivent, la Commission a publié une déclaration sur un avenir numérique intelligent et durable, dans laquelle elle invite les États membres à prendre d’urgence des mesures supplémentaires en matière de numérisation de l’agriculture.

Qui contrôle le marché ?

Pour le secteur de l’ingénierie agricole, cela représente des milliards d’euros de contrats. Le secteur prévoit une croissance allant jusqu’à 12 %. Rien qu’en Allemagne, l’une des premières puissances sur le marché européen, 183 entreprises ont réalisé un chiffre d’affaires de plus de 7 milliards d’euros en 2017, selon la société d’audit EY.

L’Association des ingénieurs allemands (VDI) estime que près d’un tiers de cette croissance peut être attribué à l’électronique, aux logiciels et aux technologies des capteurs.

« La priorité n’est plus à l’optimisation des machines et à l’augmentation de leur puissance d’entraînement. Chez Claas, nous sommes plus intéressés par la recherche dans les processus connectés et intelligents », explique Wolfram Eberhardt.

L’industrie attend un «engagement clair» sur l’agriculture numérisée

Les fabricants de machines agricoles appellent les États membres à « s’engager clairement » dans la numérisation de l’agriculture européenne. Une option qui serait la seule manière, selon eux, de faire face aux défis environnementaux et économiques du secteur.

Les machines du futur communiqueront mieux entre elles. Les processus seront également mieux connectés, par exemple à l’aide d’un logiciel de gestion agricole. Tous les processus et machines, tels que les systèmes de traite, les tracteurs, la comptabilité ou l’épandage d’engrais, doivent donc être connectés. Pour l’Allemand, « cela permet à l’agriculteur d’économiser beaucoup de travail de recherche ».

Certains sont assez sceptiques de cette tendance. La montée en puissance d’énormes quantités de données pourrait permettre à de grandes entreprises comme Claas de se construire une position invulnérable sur le marché, préviennent-ils. En collectant des données sur le travail des agriculteurs à grande échelle, les fabricants de machines agricoles pourraient contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur ajoutée, y compris le marché des semences, des pesticides et des engrais.

Ce genre de critique n’est pas approprié, estime Wolfram Eberhard. « Nous ne collectons les données qu’à grande échelle. Dès que les données personnelles des agriculteurs sont en jeu, le consentement explicite de l’agriculteur est nécessaire. »

L'innovation pourrait créer des risques supplémentaires pour l'agriculteur

La Commission et les fabricants de machines agricoles ne cessent de vanter les mérites de la numérisation de l’agriculture. Mais les autres acteurs du secteur font montre de prudence, et pointent des risques non négligeables.

L’expansion du réseau entrave le progrès

La numérisation ne s’applique cependant pas à toutes les exploitations agricoles allemandes. C’est ce qui ressort clairement d’une enquête menée en 2016 par l’association numérique Bitkom. Seulement 12 % des agriculteurs ont déclaré qu’ils possédaient un système de gestion agricole. Dans le même temps, plus de la moitié des agriculteurs utilisent des solutions numériques, selon l’étude.

Hubertus Paetow, président de la DLG et lui-même agriculteur dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, est très sceptique à ce sujet : « Les solutions vraiment innovantes et numériques ne sont utilisées que par une petite fraction des agriculteurs. »

« Sans infrastructure appropriée, les agriculteurs ne peuvent pas mettre en œuvre de nouvelles technologies à grande échelle, même s’ils le souhaitent », commente quant à lui le Dr Josef Efken de l’Institut Thünen. « En fin de compte, cela nuit à la compétitivité de notre secteur agricole. »

Un manque d’idées, pas d’argent

Parallèlement à l’infrastructure, des obstacles structurels doivent être surmontés. La politique agricole dépend des « länder » en Allemagne : les demandes de subvention sont soumises au niveau local.

« En principe, nos développeurs doivent développer une solution différente pour la gestion des exploitations agricoles dans chaque « länder ». La standardisation du trafic de données est absolument nécessaire », déclare Wolfram Eberhard.

Hubertus Paetow de la DLG partage cet avis. Le fédéralisme allemand empêche l’Allemagne d’occuper une position de leader sur le marché international de la technologie agricole. Les dépenses administratives de la PAC doivent également être réduites à un « niveau supportable », selon Hubertus Paetow.

Pour cela, Wolfram Eberhard imagine une solution européenne dans laquelle tous les États membres auraient accès à la même plateforme. Ce n’est cependant pas envisagé dans le projet actuel de la PAC.

Au contraire, le système se veut plus ouvert et donne plus de liberté aux États membres dans l’élaboration de leurs stratégies agricoles nationales. C’est donc à eux de décider comment utiliser le budget de la recherche agricole, qui est passé à 10 milliards d’euros.

Le ministère allemand de l’Agriculture semble très ambitieux dans la préparation d’un avenir numérique. Au cours des trois prochaines années, 60 millions d’euros seront consacrés aux « terrains d’essai », qui devraient permettre de tester la pertinence pratique des technologies nouvelles et numériques dans les domaines concernés.

Hubertus Paetow se félicite de cette initiative. Jusqu’à présent, l’accent a toujours été mis sur la recherche fondamentale. « Exceptionnellement, pour une fois, l’argent ne manque pas. Pour cela, nous avons besoin de toute urgence d’esprits plus intelligents qui ont de bonnes idées structurées pour utiliser ces moyens financiers qui ont été mis à notre disposition. »

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