L’accès aux aliments locaux fait son chemin en Pologne

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Les circuits courts démarrent lentement en Europe.

En Pologne, le projet « Agricultueur local » permet l’accès à des produits de qualité à plus de 100 000 clients et la réduction de la pollution causée par le transport des produits alimentaires. Un article d’Euractiv Pologne.

Andrej Modic vient de Slovénie, mais s’est installé en Pologne, où il a rencontré sa femme Sylwia. Née en 2009, leur fille Zarji est alors confrontée à des problèmes de santé, lui demandant de suivre un régime de produits de bonne qualité. À ces derniers s’ajoute une allergie sévère aux conservateurs alimentaires. Ce qui l’empêche de consommer les produits biologiques produits en Espagne et en Italie, transportés sur des milliers de kilomètres en Pologne grâce à des conservateurs.

Désespérés, les deux parents se tournent vers les marchés locaux. Mais là encore, la déception est au rendez-vous : les commerçants ne sont pas toujours capables de leur expliquer d’où proviennent leurs produits et certains n’hésitent pas à tricher sur cette information. Face à cette impasse, Andrej et Sylwia décident alors d’aller chercher directement les producteurs. Une manœuvre qui pose également ses soucis sur les quantités d’achat.

Des coopératives alimentaires inspirantes

La solution trouvée par les deux parents a été celle de former un groupe d’achat, pour acheter en commun de plus grandes quantités de produits aux agriculteurs et transformateurs, puis partager les coûts. Une idée pas complètement nouvelle, des associations telles que la coopérative « Dobrze » (« Bon » en polonais) l’ayant déjà mis en application en Pologne.

Pour sa part, c’est de son pays d’origine, la Slovénie, qu’Andrej a trouvé son inspiration. Un tel groupe d’achat avait été formé par son père, qui n’a mis les pieds dans un supermarché qu’une fois dans sa vie et n’a pas apprécié l’expérience. Sylwia et Andrej ont donc formé un groupe similaire à Varsovie, et bénéficié pour cela de fonds de l’Union européenne, dans le cadre du programme « Économie innovante » mis en place en Pologne.

En mai 2014, une première version du site de l’initiative « Agriculteur local » est lancée, avec pour publics cibles des personnes en quête d’une alimentation saine, des passionnés de cuisine, ou encore des individus aspirant à une consommation plus responsable.

L’idée rencontre très vite le succès. « Aujourd’hui, nous nous approvisionnons auprès de 150 agriculteurs ou transformateurs », précise Andrej. « Nous avons accès à pratiquement tous les types de produits disponibles en supermarché, mais ceux proposés par notre service sont complètement testés et sains. (…) Notre service compte déjà 100 000 utilisateurs. »

En Pologne, d’autres projets de ce type ont percé, de plus en plus de Polonais aspirant à vivre et manger mieux et plus sain.

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Une étude réalisée par le gouvernement slovaque a constaté d’importantes différences de qualité entre des produits similaires vendus en Slovaquie et en Autriche.

L’achat au sein de coopératives est en plein essor dans différentes régions du pays, en particulier à Varsovie. La Coopérative alimentaire de Varsovie fait au moins une fois toutes les deux semaines des commandes collectives, adressées directement aux producteurs (agriculteurs, producteurs d’huiles végétales ou de tofu). En tant qu’association et non entreprise, la coopérative est ouverte à tous, les seules conditions pour la rejoindre étant le paiement de frais d’adhésion minimes et 90 minutes de son temps chaque mois pour aider aux achats collectifs.

La coopérative « Dobrze », qui agit également comme association, dirige quant à elle deux magasins coopératifs dans la capitale. Elle met en avant non seulement la qualité de la nourriture, mais aussi des idéaux derrière son initiative – à savoir l’égalité, la justice et le soutien aux moins privilégiés.

Pour « Agriculteur local », si de tels idéaux importent, l’approche est plus entrepreneuriale, et Sylvia et Andrej ont rapidement développé leur start-up également en dehors de la capitale. Six villes polonaises sont déjà concernées, à savoir Varsovie, Cracovie, Wroclaw, Katowice, Poznan, et Lodz. Le projet est également en cours réflexion dans une autre grande ville polonaise et l’initiative pourrait être étendue à d’autres pays européens voisins. « La distance Varsovie-Gdansk [ville du nord de la Pologne] et Varsovie-Berlin est assez similaire », explique Andrej Modic.

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Les circuits courts gagnent du terrain en Europe. Produire et consommer local est considéré comme un bon moyen de rémunérer de manière plus juste les agriculteurs et d’avoir des produits locaux de meilleure qualité.

 

Réduire les kilomètres assiette

Plusieurs principes président au projet « Agriculteur local », le premier étant que les produits soient frais et vérifiés. Tels des détectives, Andrej et Sylwia, visitent les agriculteurs et petites usines de transformation, vérifiant champs, étables, et lignes de production parfois plusieurs fois.

Tous les producteurs ou vendeurs ne peuvent pas avoir accès à leur service. « La philosophie des agriculteurs/transformateurs, et leur façon de produire sont pour nous cruciales » affirme Andrej. « Avec notre service, il n’est pas nécessaire pour les consommateurs de vérifier les étiquettes, car nous nous le faisons à leur place. Mais si quelqu’un veut aller chez un agriculteur et voir de lui-même à quoi ressemble l’exploitation, c’est possible. Chaque produit a pour nous le visage d’un producteur spécifique. »

Une autre règle importante du projet est la réduction des délais de livraison, ainsi que celle de la distance des produits jusqu’à l’assiette. La limite maximale pour cette dernière est de 100 km, mais plusieurs produits, en particulier les fruits et légumes, voyagent seulement 20-30 km.

« Notre objectif est non seulement de limiter le voyage des produits, et ainsi les « kilomètres assiette», mais également de réduire l’impact du transport sur l’environnement », détaille Andrej. « C’est pourquoi nous agissons à l’échelle non pas d’un pays ou d’un continent, mais d’une agglomération urbaine.  De plus en plus de personnes sont intéressées par notre service, mais nous ne voulons pas devenir une entreprise de masse. Nous voulons rester une niche ».

Plus de revenus pour les agriculteurs

Le troisième principe est le traitement équitable, tant des consommateurs que des producteurs. Un agriculteur qui met ses produits à la vente reçoit seulement 20-30 % du prix final payé par le consommateur en magasin. Avant que le produit n’arrive à ce dernier, le grossiste, l’usine de transformation et le vendeur prennent chacun leur marge, à laquelle s’ajoutent les coûts de transport.

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Les fournisseurs de l’initiative « Agriculteur local » reçoivent quant à eux jusqu’à 75 % du prix payé par le consommateur. Il n’y a pas par ailleurs pas de gaspillage, pas de retour de nourriture invendue.

Si au départ, le service de Sylwia et Andrej ne faisait que mettre en relation les agriculteurs et éleveurs avec des clients, il se double aujourd’hui d’un réseau de points de collecte, organisé par les deux initiateurs. In fine, le projet devra couvrir toute la chaine d’approvisionnement.

« Nous voulons que les producteurs fassent de leur mieux pour produire de bons aliments. Nous organiserons un écosystème convivial entre le producteur et le consommateur », conclut Andrej.

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