Édition génomique : des citoyens européens s’opposent à une dérèglementation

Le 7 février 2023, à Bruxelles, une coalition de plus de 50 organisations de 17 États membres de l'UE a remis à la Commission européenne une pétition demandant que la nouvelle génération d'organismes génétiquement modifiés reste "réglementée et étiquetée". [Friends of the Earth Europe]

Une coalition d’organisations, soutenue par des eurodéputés écologistes et socialistes, a présenté une pétition signée par plus de 420 000 citoyens demandant à la Commission européenne de ne pas assouplir les règles relatives aux techniques d’édition génomique, alors que l’exécutif européen doit bientôt présenter sa proposition sur le sujet.

La pétition, qui a été présentée aux représentants de la Commission par des groupes écologistes devant le Parlement européen mardi (7 février), a été signée par 420 000 citoyens européens et demande que tous les organismes génétiquement modifiés (OGM) restent « réglementés et étiquetés » — y compris les nouvelles techniques génomiques (NGT) — dans le cadre de l’actuelle directive européenne sur les OGM.

Les NGT, ou nouvelles techniques d’amélioration des plantes (NBT), décrivent un certain nombre de nouvelles méthodes utilisées pour modifier les génomes dans le but d’introduire par génie génétique certaines caractéristiques dans les plantes, comme la tolérance à la sécheresse.

La pétition a été déposée avant la proposition très attendue de la Commission sur l’assouplissement des règles de l’UE relatives aux nouvelles techniques génomiques, prévue pour le deuxième trimestre de 2023.

Les signataires exhortent l’exécutif européen à maintenir des contrôles de sécurité obligatoires, ainsi que des exigences de traçabilité et d’étiquetage pour toutes les cultures modifiées génétiquement mises sur le marché.

Selon les organisateurs, qui comprennent les groupes de campagne SlowFood Europe et Friends of the Earth, exclure les NGT de la loi empêcherait les agriculteurs, les producteurs alimentaires, les détaillants et les citoyens d’opter pour des choix sans OGM, ce qui est particulièrement important pour l’agriculture biologique.

« Nous sommes vraiment inquiets des impacts sur le secteur du bio, car il ne peut pas payer pour tous les tests, pour tous les nettoyages de machines ou pour conserver de bonnes distances avec le champ voisin », a déclaré Mute Schimpf, responsable de la campagne alimentaire aux Friends of the Earth Europe.

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Toutefois, en réponse à la pétition, Klaus Berend, chef de l’unité « pesticides et biocides » de la DG SANTE de la Commission, a souligné que « les nouvelles techniques génomiques ont le potentiel d’apporter quelque chose que les OGM conventionnels n’ont pas apporté jusqu’à présent ».

M. Berend a reconnu qu’à l’exception de la tolérance aux herbicides, « les techniques OGM classiques n’ont pas donné grand-chose », mais il a maintenu que l’édition génomique présente un certain potentiel, soulignant les essais en cours en Espagne, où les nouvelles variétés produites par les techniques NGT se sont révélées plus tolérantes à la chaleur et à la sécheresse.

Ce n’est pas la première fois que la Commission laisse entendre qu’elle est favorable à cette technologie.

Plus récemment, une lettre adressée aux députés européens et une étude sur la sécurité alimentaire ont laissé entendre que la Commission chercherait à dérèglementer les NGT pour contribuer à la réalisation de ses objectifs climatiques et environnementaux.

Entre-temps, M. Berend a souligné que « la Commission s’est engagée à soutenir l’agriculture biologique » et que les deux « ne s’excluent pas mutuellement ».

« Il devrait être possible d’avoir une liberté de choix pour ceux qui veulent ou ne veulent pas utiliser d’OGM », a-t-il conclu.

Augmentation ou réduction des pesticides ?

Mais, pour l’eurodéputé écologiste Thomas Waitz, la dérèglementation « n’a rien à voir avec le climat » et constitue plutôt une « opportunité commerciale pour l’industrie des pesticides ».

De même, Eric Andrieu, député européen socialiste et ancien président de la commission d’investigation sur le processus d’évaluation des pesticides en Europe (PEST), a déclaré que les États-Unis, par exemple, cultivent différents OGM mais que cela « n’a pas du tout contribué à résoudre le problème des pesticides, mais a plutôt augmenté l’utilisation des pesticides ».

Les groupes de campagne ont également fait valoir qu’il n’existe actuellement aucune preuve suggérant que les NGT réduiront l’utilisation des pesticides, car ceux-ci sont encore en phase de test et ne sont pas encore sur le marché.

Ivan Mammana, de la Coordination européenne Via Campesina, a mis en garde contre la « naïveté », soulignant que, dans les pays où l’organisation est présente, la dérèglementation des OGM a entraîné « une augmentation de l’utilisation des pesticides, une concentration du marché, une hausse des prix des semences et une violation systémique des droits des agriculteurs ».

De même, Madeleine Coste, responsable politique du groupe de campagne alimentaire Slow Food, a souligné que la même industrie qui produit ces semences produit également des pesticides.

« Dans leur modèle économique, il est beaucoup plus logique de semer des graines tolérantes aux herbicides et ensuite l’herbicide qui va avec », a-t-elle ajouté.

L’eurodéputée conservatrice Christine Schneider a également défendu cette technologie lors d’une table ronde organisée mardi sur les projets de l’exécutif européen de réduire de moitié de l’utilisation et les risques liés aux pesticides d’ici 2030, affirmant que « les objectifs de réduction [des pesticides] pourraient être atteints si nous autorisons de nouvelles techniques de sélection des plantes et si nous promouvons l’agriculture numérique ».

Dans le même ordre d’idées, les agriculteurs européens ont réitéré à plusieurs reprises que l’accès à des technologies de pointe était nécessaire afin de les aider à garder une longueur d’avance et à atteindre les objectifs environnementaux de l’UE.

« L’agriculture européenne doit accéder aux avantages de l’innovation pour être plus durable et atteindre l’ambition telle que définie dans le Pacte vert européen [Green Deal] », a déclaré l’association des agriculteurs de l’UE COPA-COGECA dans un communiqué mercredi (8 février), ajoutant qu’ils « attendent avec impatience » la prochaine proposition de la Commission sur les NGT.

L’édition génomique pour atténuer les effets du plan de réduction des pesticides

Une lettre adressée aux eurodéputés, consultée par EURACTIV, indique que la Commission espère apaiser les opposants à la révision du cadre de l’UE sur les pesticides en proposant une éventuelle libéralisation des nouvelles techniques génomiques (NGT).

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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