Emmanuel Macron annonce la création de l’assurance récolte française

Alors que les agriculteurs sont aujourd’hui « les premiers à vivre les conséquences du changement climatique », Emmanuel Macron promet la mise en place d'un nouveau système assurantiel avant la fin de son quinquennat. [LUDOVIC MARIN/epa]

A l’occasion d’un déplacement dans les Alpes-de-Haute-Provence vendredi dernier (10 septembre), le président a promis de créer un nouveau système d’assurance récolte, doté de 600 millions d’euros par an et qui sera plus réactif, simple et rapide.

Une « annonce historique », une réforme « fortement attendue par les agriculteurs » : les Jeunes Agriculteurs et la FNSEA, principaux syndicats agricoles de France, n’ont pas caché leur enthousiasme suite aux dernières annonces d’Emmanuel Macron. En déplacement à Corbières-en-Provence pour assister à la fête agricole « Terres de Jim » vendredi (10 septembre), le chef de l’État a annoncé la réforme du système français de l’assurance récolte.

Alors que les agriculteurs sont aujourd’hui « les premiers à vivre les conséquences du changement climatique » et que ce dernier « continue à s’accélérer », le président a soutenu qu’ « on ne peut pas continuer à vous demander de nous nourrir en gardant la qualité qui est la notre, de vous adapter pour faire face aux défi climatique alors même qu’on est touché par les conséquences et qu’on ne change pas le système ».

Ce dernier a en effet démontré ses limites au printemps, alors qu’une vague de gel inédite venait de frapper les agriculteurs à travers tout le pays : face aux coûts très élevés des assurances récoltes, de nombreux agriculteurs français ne disposent d’aucune couverture assurantielle. Comme l’a rappelé M. Macron, à peine 30 % des exploitants agricoles sont aujourd’hui assurés. En arboriculture, ils ne sont même que 6 % à recourir à une assurance, et 1 % uniquement pour les éleveurs, selon le président.

Et si le régime des calamités agricoles – pris en charge par l’État – permet de soutenir des producteurs non assurés en cas de coup dur (comme ça a été le cas au printemps), « on sait que les délais sont trop importants », a affirmé M. Macron. Ainsi, il faudrait en moyenne attendre neuf mois avant le versement des aides : « ça fait qu’on se tape une sécheresse terrible un été et on a à peine la compensation dans la trésorerie quand l’été suivant survient ».

Un nouveau système fondé sur la « solidarité nationale »

Face à ces difficultés, le chef de l’État promet un nouveau système assurantiel sur la base de trois piliers : « D’abord, la solidarité nationale », selon M. Macron, solidarité qui permettra de financer le système d’assurance récolte à travers des fonds de l’État et de l’Europe pour un montant de 600 millions d’euros par an en moyenne.

Ensuite, le président promet une simplification du système assurantiel à travers la mise en place d’un interlocuteur unique pour chaque exploitant agricole (au lieu d’une multitude d’interlocuteurs du côté des assurances, des banques et des chambres d’agriculture).

Enfin, le futur système doit devenir plus accessible, réactif et rapide. Le but : inciter des producteurs à souscrire à une assurance à travers des subventions pour la prise d’assurance, mutualiser les risques en créant un « pool de co-assureurs » et permettre d’avoir « la réponse la plus rapide possible » en cas de calamité agricole en s’appuyant sur les réseaux et le savoir-faire des professionnels du secteur assurantiel.

Une annonce saluée par les producteurs français

« Projet indispensable à la profession », selon les Jeunes Agriculteurs, cette annonce « réponde à une demande de longue date de notre syndicat ». La FNSEA salue, elle aussi, une « réforme ambitieuse » qui offrira plus de visibilité aux agriculteurs confrontés aux conséquences du réchauffement climatique.

Au sein de la filière fruits également, très touchée par le gel printanier, « nous sommes très contents de cette annonce », déclare Françoise Roch, présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) à EURACTIV.

Si la future assurance récolte ne sera pas obligatoire, elle devrait permettre à un nombre croissant de producteurs d’y adhérer, rendant les charges de moins en moins chères pour chacun, espère Mme Roch.

Toutefois, il faudrait garder en tête qu’ « une assurance ne remplace jamais une récolte » : malgré les annonces du président, il resterait donc essentiel de continuer à se protéger contre les extrêmes météorologiques en amont, explique Mme Roch. L’assurance devrait, quant à elle, continuer à être destinée aux « gros coups durs exceptionnels ».

Après les annonces d’Emmanuel Macron, reste à savoir si et à quel point l’Europe pourra co-financer le futur dispositif, notamment dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Le ministre de l’Agriculture devrait présenter un projet de loi avant la fin de l’année, en vue d’un examen à l’Assemblée nationale début 2022. Le chef de l’État s’étant engagé à faire aboutir la loi avant la fin de son quinquennat, celle-ci pourra entrer en œuvre dès 2023 – affaire à suivre.

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