Emmanuel Macron: « On doit protéger les agriculteurs et réussir la transformation »

[EPA-EFE/JEAN-FRANCOIS BADIAS / POOL Pool MAXPPP OUT]

À la veille du Salon de l’agriculture de Paris, Emmanuel Macron fait le tour des questions agricoles et annonce dédier 30 millions d’euros à la recherche de techniques de culture plus écologiques. Une interview de notre partenaire, Ouest-France.

Le président de la République a reçu des représentants de la presse française mercredi 19 février à l’Élysée, pour échanger sur les questions agricoles sensibles, à quelques jours de l’ouverture du Salon international de l’agriculture de Paris.

Vous allez visiter le salon de l’agriculture, samedi, dans un contexte très particulier. Les agriculteurs français se sentent mal aimés, se disent victimes d’« agribashing ». Les comprenez-vous ?

Nous sentons aujourd’hui une tension forte dans la société et il faut à la fois protéger les agriculteurs contre les stigmatisations dont ils sont l’objet et réussir la transformation du modèle agricole. Les tensions, on les sent sur l’élevage et le bien-être animal, sur l’agriculture et l’utilisation des pesticides. Je ne tolérerai aucune violence à l’encontre des agriculteurs. C’est pour cela que nous avons mis en place une cellule dite « Déméter » avec un numéro spécial de secours, car on ne peut pas accepter que des citoyens viennent agresser des agriculteurs ou effectuer des intrusions dans des élevages.

Mais les militants, notamment anti-pesticides, disent que cette cellule de la Gendarmerie a pour but de confisquer le débat. Est-ce vrai ?

Il y a une perte de repères chez certains qui veulent se faire justice eux-mêmes. Mais la République, ce n’est pas cela ! Qu’il y ait des lanceurs d’alerte, c’est une chose ; mais on ne peut pas accepter cette forme d’activisme violent.

Vous placez l’acte II de votre quinquennat sous le signe de l’écologie. Est-ce conciliable avec le maintien d’une agriculture, plutôt intensive, telle qu’on l’a connue jusqu’ici ?

Nous avons à accomplir une révolution aussi profonde que celle qui fut accomplie dans les années 1960 lorsque nous avons bâti une agriculture pour nourrir les Français. Notre modèle doit progressivement changer. Tout d’abord, il faut que le revenu des agriculteurs s’améliore pour qu’ils puissent effectuer cette transition dans de bonnes conditions. C’est l’objectif des États généraux de l’alimentation, la loi Egalim, les plans de filière.

Ensuite, il faut avancer filière par filière. Ainsi, la filière volaille a beaucoup travaillé. On l’a accompagnée, en coopération avec l’Allemagne, pour sortir du broyage des poussins mâles et développer le sexage par sélection génétique. Sur la viande bovine, la filière s’est organisée autour d’un acteur dominant, qui veut essentiellement acheter de la viande hachée et ne veut pas que les prix montent. Je me suis mobilisé pour développer l’exportation en Chine, les éleveurs travaillent à une meilleure organisation.

À ce propos, le glyphosate doit être interdit en 2021, ce qui inquiète le monde agricole. Faut-il assouplir les délais ?

J’ai toujours indiqué que nous ne laisserions pas les agriculteurs sans solution. Le gouvernement a saisi l’Anses et l’Inra pour identifier les alternatives viables et pour organiser une sortie du glyphosate sur des bases objectives. D’ores et déjà l’Anses n’a pas renouvelé 36 demandes sur 69 produits autorisés. D’ici à la fin de l’année, l’Anses aura déterminé les usages et les doses autorisées afin de sortir du glyphosate dès lors qu’il y a des alternatives viables pour nos agriculteurs.

Sur la base des travaux déjà réalisés, il est possible d’envisager une réduction très importante des quantités utilisables en viticulture ou en arboriculture, nous aurons prochainement les éléments pour les grandes cultures. Les impasses identifiées par l’Inra en 2017 seront prises en compte : terrains non mécanisables, agriculture de conservation des sols, cultures légumières sous contrat.

Pourquoi la France n’arrive pas à réduire l’usage des pesticides ?

Alors qu’elle ambitionne de réduire de 50% l’usage des pesticides, la France a vu les ventes de produits phytosanitaires exploser en 2018.

 

L’objectif de 2021 est-il tenable ?

Il ne sera pas tenable sur la totalité des exploitations.

Concernant les zones de non-traitement, doit-on aller vers plus de tolérance ?

Les zones de non-traitement ne sont pas un choix souverain du Président de la République, c’est un problème de santé publique documenté par l’Anses. Et surtout, c’est une décision de justice, du Conseil d’État, qui a en quelque sorte condamné le gouvernement à fixer des règles.

On va accompagner les agriculteurs concernés. Il faut que les chartes locales permettent de renouer le dialogue, de mettre en place des mesures discutées au plus près du terrain. Nous avons aussi décidé de mettre en place un dispositif d’aide exceptionnelle de 25 millions d’euros pour accompagner les agriculteurs dans ces situations. Il y aura une tolérance sur les semis de printemps dans les conditions prévues par les textes.

Est-ce que les conclusions de la Convention citoyenne ne risquent pas de froisser davantage le monde agricole ?

Il faut accepter de changer nos habitudes de toutes parts. Accepter de changer nos pratiques agricoles et accepter aussi de changer nos habitudes de citoyen et de consommateur. Je crois aussi beaucoup à la science et à l’accompagnement. L’accompagnement par l’investissement public, c’est le plan d’investissement agricole de 5 milliards. Nous allons aussi investir dans l’accompagnement par la recherche publique, avec la création de l’Inrae. Nous avons lancé un programme de recherches, doté de 30 millions d’euros pour cultiver et protéger autrement afin de développer des pratiques innovantes.

La loi Alimentation, qui promet de rémunérer les agriculteurs en fonction de leurs coûts de production, ne tarde-t-elle pas à produire les effets escomptés ?

La loi commence à produire des effets. La clé de tout ça, c’est bâtir des indicateurs puis organiser le dialogue dans la filière. Cela suppose aussi que tous les acteurs de la chaîne soient responsables. Je salue Lidl par exemple, qui contractualise, donne du prix et de la visibilité.

Nous avons multiplié les contrôles. Résultat : 4 millions d’euros d’amendes ont été prononcés envers les distributeurs pour non-respect des règles. Nous avons assigné Leclerc. La grande difficulté que nous rencontrons, ce sont ceux qui essayent de contourner la loi avec leurs centrales d’achats en Belgique ou ailleurs. Ce ne sont pas des tendres, moi non plus, ça tombe bien.

Les droits de douane risquent d’augmenter après le Brexit, comment pouvez-vous agir ?

Nous ne pouvons pas accepter un modèle où la Grande-Bretagne décide de diverger sur le plan réglementaire, de faire du dumping social et environnemental. Je veux dire à nos pêcheurs que je me battrai pour eux. Si nous n’obtenons pas les mêmes accès qu’aujourd’hui, nous chercherons des compensations. Je ne laisserai pas nos pêcheurs être touchés par le vote britannique auxquels ils ne peuvent rien.

Les viticulteurs sont eux victimes des sanctions américaines. Allez-vous accepter de mettre les produits agricoles dans la négociation globale comme vous le demande Donald Trump ?

L’agriculture française a été ciblée. Ce que je souhaite désormais obtenir, c’est un fonds de soutien pour les agriculteurs qui sont touchés par ces mesures. J’en ai fait la demande à la Commission européenne. Sur le paquet global : il n’y a pas de négociation possible parce que les normes sanitaires, les normes phytosanitaires et les normes environnementales ne sont pas les mêmes. On ne peut pas enclencher des négociations commerciales avec une puissance économique qui a décidé qu’elle ne respecterait pas les accords de Paris.

Les Pays-Bas ont ratifié le Ceta il y a peu. Vous avez dit que vous ne signeriez pas le Mercosur. C’est toujours le cas ?

Dans le Mercosur, il y a le Brésil. Le Brésil a indiqué qu’il ne respecterait pas les accords de Paris. Ce pays a une politique de déforestation assumée. Donc, je ne signerai pas un accord avec un pays qui a ces pratiques. Pour le Ceta, c’est très différent.

L’ambassadrice canadienne fustige l'attitude de la France sur le CETA

L’ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon, a haussé le ton mercredi et fustigé le « Canada bashing » entendu selon elle lors du débat parlementaire sur l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (Ceta) qui n’a pas encore été ratifié.

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