En Allemagne, le réchauffement climatique perturbe les arômes du Riesling

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le sujet environnemental rattrape le vignoble européen.

Malgré la sécheresse, 2018 était un excellent cru pour le vin allemand. Mais les températures toujours plus chaudes chamboulent la croissance du Riesling, le vin favori des Allemands. Un article d’Euractiv allemagne.

Sec et sucré à la fois, construit autour d’une belle acidité qui souligne sa fraîcheur, le Riesling est le vin préféré des Allemands. Mais l’avenir de ce cépage doré demeure incertain. « Nous subissons désormais les effets du réchauffement climatique. Les températures enregistrées lors de la période de croissance du Riesling, d’avril à octobre, ont augmenté en moyenne d’un degré Celsius. Cette hausse perturbe donc le caractère du vin », explique Ernst Bürscher, œnologue et porte-parole de l’institut du vin allemand (DWI).

Le Riesling apprécie le froid, car il lui faut du temps pour mûrir et former tous ses arômes. Depuis 1988, toutefois, les vignerons allemands de nombreuses régions viticoles, notamment du Rheingau, enregistrent des étés de plus en plus chauds. À ce phénomène s’ajoutent des précipitations atmosphériques toujours plus violentes qui peuvent entièrement détruire une récolte.

L’année 2018 a tout de même été formidable pour le secteur viticole allemand, même si les précipitations n’ont atteint que 54 % de leur moyenne annuelle et qu’une vague de chaleur a traversé le pays pendant l’été. Les vignobles ne sont généralement pas arrosés artificiellement, car les quantités d’eau nécessaires seraient trop importantes. « Toutefois, jusqu’à présent, le Riesling ne ressent pas réellement les effets de la sécheresse, étant donné que ses vignes sont profondément enracinées dans la terre. L’année dernière encore, les vignerons étaient quelque peu ébahis, de voir jusqu’où les racines des vignes s’étendaient pour puiser l’eau », a indiqué Enrst Bürscher.

Des vignes qui souffrent de coups de soleil

« La chaleur a des effets positifs sur la production de vins liquoreux, comme le vin Riesling Auslese », affirme l’œnologue. Toutefois, ce n’est  pas vraiment le cas pour le Riesling. Certes, la chaleur accélère sa croissance, mais le cépage est très sensible aux rayons UV et dans les cas extrêmes, il attrape, comme l’homme, des coups de soleil ».

De plus, les raisins mûrissent trop tôt, avant de pouvoir développer ce goût frais et si particulier au Riesling. Le fruit devient plus sucré, « la teneur en sucre est aujourd’hui bien plus élevée qu’auparavant. À certains endroits, nos analyses montrent qu’elle a doublé par rapport aux années 1960 et 1970 », soutient Otmar Löhnertz, professeur de géologie à la Hochschule Geisenheim Unversity, spécialisée en viticulture.

Plus de sucre dans le raisin signifie également un vin plus alcoolisé, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle : « L’alcool est un vecteur de goût. Lorsque le vin n’est plus à 11 %, mais à 13 ou 14 %, le goût n’est plus le même, le processus de vinification non plus — nous parlons ici d’un style de vin tout à fait différent », indique le professeur. Le réchauffement climatique changera-t-il donc le goût du Riesling ? Le chercheur en est sûr et certain.

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Le Riesling ne sera donc plus 

Jusqu’à présent, les vignerons travaillent d’arrache-pied grâce à des mesures viticoles ciblées pour que la croissance du célèbre cépage soit la plus longue possible. Par exemple, éloigner les feuilles les unes des autres réduit la production de sucre et planter les vignes dans une direction différente peut prévenir des coups de soleil. En théorie, la plante pourrait aussi être génétiquement modifiée, mais elle ne porterait plus l’appellation Riesling.

Pour les vignerons, il ne reste plus qu’à attendre les mutations naturelles de la vigne, qui amélioreraient sa résistante aux intempéries ou la feraient mûrir plus tard. Mais, ces changements ne se font pas un jour. Il faudra attendre au moins 20 ans avant que la plante mutée soit commercialisable.

« Comment adapter la croissance de la vigne afin de produire des vins sous des températures plus chaudes qui auraient le goût et la fraîcheur du Riesling ? Telle est la question qui nous taraude à l’Institut », a déclaré Otmar Löhnert. Une plante de vigne possède une durée de vie de 30 ans, adapter une telle culture est donc un défi de taille. « Ou alors, on oublie le Riesling et cultive d’autres appellations. Toutefois, le consommateur voudra toujours que son Riesling provienne des terres du Rheingau, car la consommation de vins reste ancrée dans les traditions ».

Le Riesling est cultivé depuis 500 ans et est le vin préféré des Allemands. Environ un quart du territoire viticole allemand lui est destiné, ce qui représente environ la moitié de la production mondiale. Le cépage doré n’est pas donc pas seulement un pan de la culture européenne de la boisson, c’est un véritable facteur économique.

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Des vignes dans le Schleswig-Holstein

Ce qui se révèle problématique pour les vignerons du sud est un nouveau marché pour ceux du nord. En effet, depuis 2016, de nouvelles régions viticoles apparaissent dans le Schleswig-Holstein, la Basse-Saxe et le land de Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, quoique lentement, car l’Allemagne n’autorise que 0,3 % de nouvelles superficies viticoles chaque année en raison des restrictions imposées par l’UE, des restrictions qui empêchent ainsi une surabondance de vin.

Aux yeux d’Ernst Bürscher, il n’est pas exclu des régions viticoles apparaissent dans le nord de l’Allemagne, mais entrer sur le marché du vin n’est pas une sinécure, car la concurrence y est rude. « La viticulture est un domaine spécial, qui demande énormément de connaissances, de technologies, mais qui engendre aussi d’immenses coûts d’acquisitions ».

Cependant, les régions traditionnellement productrices demeurent certaines qu’elles continueront à produire du Riesling dans un avenir proche.

Ernst Löhnertz voit aussi des opportunités pour le marché allemand du vin : « la viticulture allemande est en quelque sorte gagnante sur le plan climatique. Nous ne savons cependant pas comment le temps va changer au cours des prochaines décennies. La question est de savoir combien de temps ça va durer ».

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. La présente publication reflète uniquement l’avis de l’auteur et la Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

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