En Champagne, la nouvelle génération accélère le verdissement du vignoble

Sur cette parcelle de pinot noir, Paul Gosset pratique l'enherbement.

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le sujet environnemental rattrape le vignoble européen.

Dans la famille Gosset en Champagne, les vignes passent de main en main depuis le 16ème siècle. Aujourd’hui, le nouveau passage de rênes entre père et fils poursuit le verdissement de pratique.

Sur les coteaux d’Aÿ en Champagne, les vendanges viennent de se terminer. Le vignoble de la montagne de Reims s’épanouit encore sous le soleil de septembre. En cheminant dans ses différentes parcelles de pinot noir, chardonnay et pinot meunier, les trois principaux cépages de l’appellation Champagne, le jeune vigneron Paul Gosset détaille les changements opérés sur les différentes parcelles depuis 2016, année où il a commencé à travailler au côté de son père.

« Ici, j’ai planté de l’avoine entre les vignes de pinot meunier pour décompacter les sols. Ça permet aussi de faire du paillage sans concurrencer la vigne», explique-t-il. Une autre parcelle en jachère accueillera l’an prochain de nouveaux pieds de vigne, les premiers que Paul Gosset a sélectionnés lui-même.

Si le vignoble ne bénéficie pas de certification en biodynamie ou en agriculture biologique, la démarche de Paul Gosset pioche dans les différentes bonnes pratiques. Et s’astreint à prendre en compte certains facteurs qui ne figurent pas dans le cahier des charges de l’AB ou de la biodynamie, comme les émissions de gaz à effet de serre.

« La partie la plus polluante de notre métier c’est le transport du vin, mais aussi les bouchons et les étiquettes », explique le vigneron. « Donc on s’approvisionne en étiquettes en coton, moins polluantes, et en coiffe sans aluminium. Ce sont des détails qui ont leur importance. Je vais aussi essayer de vendre en majorité en France » détaille-t-il.

La première cuvée en nom propre de Paul Gosset sera prête pour 2020, et la pâte du jeune homme s’impose peu à peu dans le domaine. « Aujourd’hui, nous avons pu passer à un travail sans aucun désherbant ou insecticide », se félicite Paul Gosset. « Le niveau de ce bidon n’a plus bougé depuis 3 ans »  s’amuse le jeune vigneron, en pointant du doigt un vieux bidon de Round-up – l’herbicide décrié de Monsanto – sur une étagère.

La transmission d’une génération à l’autre est souvent l’occasion d’accélérer la mise en place de pratiques plus respectueuses de l’environnement, à l’image du domaine  de la famille.

Une réduction progressive des intrants

Mais le passage à zéro désherbant ne s’est pas fait en un jour. « C’est une avancée que j’ai pu mettre en place rapidement car mon père avait déjà fait une majorité du travail. On ne peut pas passer à une culture sans désherbant sur un vignoble qui n’est pas préparé », explique le jeune homme.

« J’ai repris le vignoble en 1981, à une époque où l’activité était déficitaire à cause de la crise pétrolière et de plusieurs mauvaises récoltes »,  explique Michel Gosset. Progressivement, l’exploitation familiale se développe et devient rentable, sous la houlette de Michel Gosset et de son frère Christian.

« Dans les années 80, on nous proposait des produits phytosanitaires qu’on utilisait sans vraiment savoir qu’ils étaient nocifs pour nous et pour l’environnement » se rappelle Michel Gosset.

Nombres de ces produits ont été progressivement interdits « Mais dès le début des années 2000, j’ai commencé à travailler les deux tiers de la surface du vignoble sans désherbant, en labour. J’avais vu mes parents s’épuiser avec le labour, ce n’était donc pas intuitif d’y revenir. À cette époque, j’étais un peu seul à faire ce choix », se rappelle Michel Gosset.

Résultat, l’utilisation des intrants diminue progressivement au sein de l’exploitation. Aujourd’hui, l’indice de fréquence de traitement (IFT) du vignoble est tombé à 5,6 en 2019 contre en moyenne 16 dans le vignoble champenois en conventionnel.

« Il m’arrivait de ne pas traiter et de prendre un risque, alors que la majorité des vignerons vont traiter pour se prémunir contre le risque de perte » poursuit-il. Un risque de perte qui peut s’avérer très coûteux pour les vignerons champenois, car en Champagne le kilo de raisin se vend à 7 euros, un montant sans égal dans le reste du monde.

Pour Michel Gosset, la diminution du nombre de traitements a avant tout été motivée par des raisons de qualité. « En fait nous n’avons jamais vanté nos pratiques environnementales, mais plutôt la qualité de notre travail du sol » explique-t-il.

Une réputation à double tranchant

Pour le très réputé vignoble champenois, réduire l’utilisation des phytosanitaires est une gageure. Dans  les 30 000 hectares du très prestigieux vignoble de la Champagne, les exploitations indépendantes doivent  résister à la pression des grands négociants qui rachètent à tour de bras. Et  gérer un prix de la terre qui atteint des sommets.

Ce prix du foncier est une des raisons qui complexifie la réduction de l’usage des phytosanitaires, surtout dans les petites exploitations plus exposées financièrement au risque d’une mauvaise récolte et qui craignent de se voir racheter par les grandes maisons, LVMH en tête, qui pèse déjà 22% des ventes mondiales de champagne.

En plein débat national sur les zones de non-traitement, le syndicat général des vignerons de Champagne s’est mobilisé contre l’instauration d’une bande sans traitement de 10 mètres à proximité des zones d’habitation.

Une mesure qui menacerait selon le syndicat 1 000 hectares de vignes dans le vignoble champenois, où le coût de la terre a augmenté de manière exponentielle pour atteindre environ 1,1 million d’euros pour un hectare.

« Il y a des solutions qui existent comme des pulvérisateurs confinés ou des cépages résistants aux maladies de la vigne, mais elles sont coûteuses et prennent du temps à mettre en œuvre  » explique Paul Gosset.

Parmi les cépages résistant au mildiou et à  l’oïdium, les deux plus redoutables champignons parasites, le Voltis par exemple pourrait être planté dans les parcelles de vignes proches des zones d’habitation. Une solution qui devra être acceptée par le très strict cahier des charges de l’appellation champagne.

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. La présente publication reflète uniquement l’avis de l’auteur et la Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

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